Said Sadi à Barcelone et Marseille
Publié: 01/04/12
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Said Sadi désormais libre de toute responsabilité organique est sollicité dans divers débats pour faire état de ses analyses et expériences. Le 30 mars il était l’invité du président du gouvernement de la Catalogne en compagnie du premier ministre libyen Mahmoud Djibril, d’Ahmed Hariri secrétaire général du Mouvement du Futur et d’autres personnalités égyptiennes, tunisiennes et marocaines pour faire le bilan un an après les premières révolutions. Un panel de personnalités européennes (députés, conseillé de l’UE, Journalistes) sont ensuite intervenus dans les débats.
Le lendemain, 31 mars, Said Sadi a animé une conférence avec Jean Louis Bianco, ancien SG de L’Elysée sous François Mittterand et député, à Marseille dans le colloque organisé par le magazine Marianne et le quotidien El Khabar sur le thème « un Etat moderne doit-il être laïc ».
Nous donnons le texte introductif de la conférence débat de Barcelone.
ROLE DES LIBERAUX ET DES DEMOCRATES UN AN APRES LE PRINTEMPS ARABE
Pour être bien appréhendés, le rôle passé, actuel et à venir des démocrates dans les pays musulmans méritent que l’on s’attarde sur une donnée historique qui n’a pas été suffisamment analysée. Hormis le cas édifiant de l’Iran dont le rite chiite a toujours porté un sentiment identitaire très fort, il n’y a pas, dans le monde musulman, de courant religieux qui ait initié, structuré et fit aboutir un combat émancipateur. Dans l’histoire contemporaine, les islamistes ont toujours attendu que les démocrates ou les rationalistes animent, organisent et, le cas échéant, fasse aboutir les luttes pour sortir de l’ombre. La chose qui était vraie pendant le mouvement de décolonisation s’est vérifiée à l’occasion du printemps arabe. En Afrique du nord, les indépendances des trois pays Maroc, Algérie et Tunisie furent amorcées et guidées par des hommes formés aux valeurs universelles et, notamment, la révolution française.
Les raisons à cette stratégie qui amènent les islamistes à coupler l’esquive et la récupération sont connues. Les démocrates sont, par définition, niés par les oligarchies qui ont pris le relais du colonisateur. Partout le parti unique ou en tout cas la pesée unique, antinomique de la démocratie, a disqualifié l’arbitrage citoyen qui suppose transparence et alternance. A l’inverse, les despotes ont encouragé, quand ils ne les ont pas suscités, les courants fondamentalistes pour, d’une part les opposer aux forces démocratiques et, en cas de turbulences, les présenter comme un péril qui les donnent comme sauveur ou en tout cas comme un moindre mal. Le cas de l’Algérie est exemplaire de cette stratégie qui ne laisse pas d’autres choix que la peste et le choléra. L’intégriste n’est réprimé que lorsqu’il revendique l’exercice du pouvoir. A l’inverse du démocrate qui est à priori disqualifié et combattu dans son existence même, l’islamiste se voit toléré dans l’éducation, les médias, la justice et dispose des lieux de culte à sa guise. Le jeu n‘est pas sans risque car, à terme, l’entrisme finit toujours par créer une situation où d’agent de pollution social, le manipulé, occupant des espaces sociaux et institutionnels de plus de plus vastes, finit par menacer son géniteur. Les rares cas où les islamistes peinent à imposer leur ordre moral et leur idéologie quand ils ont accédé au pouvoir renvoient à des pays comme la Tunisie où un despote éclairé a, malgré ses tentations autocratiques, veillé à ne pas déserter les enjeux sociétaux.
De fait, les démocrates avaient et ont un triple problème à résoudre. Ils doivent ébranler des ordres politiques oligarchiques qui abandonnent la société aux archaïsmes qu’ils sont les premiers à devoir affronter dans un deuxième temps. L’islamisme qu’ils contribuent à installer au pouvoir est un passage obligé de l’alternance puisqu’il est impossible d’affronter simultanément deux frères siamois. Troisième handicap, ils doivent survivre dans un univers d’indifférence, les pays démocratiques, pour diverses raisons (culpabilité post coloniale, intérêts économiques voire pur cynisme géopolitique qui fait le pari de la soumission des populations concernées pour tirer le meilleur profit du sous-développement…) s’interdisent de soutenir les causes démocratiques comme le fait l’internationale islamiste pour ses relais nationaux.
Un an après le printemps arabe, nous pouvons dire que :
1) Le passage de l’islamisme au pouvoir est un préalable à l’abolition des oligarchies militaro-maffieuses qui annihilent toute mise en perspective d’un avenir ouvert sur le monde;
2) Les nouvelles technologies, permettant l’émancipation de la jeunesse des slogans et des dogmes islamo-staliniens est, à moyen terme, un rempart sérieux contre l’enkystement des pays sous gouvernement islamiste ;
3) L’avortement démocratique de la décolonisation appelle de nouvelles solidarités internationales qu’il faut savoir construire entre le nord et le sud qui doivent inventer des rapports à la fois décomplexés et crédibles pour déminer les démagogies meurtrières de la haine de l’occident sur laquelle s’appuient les tyrans qui ont à la fois besoin d’isoler leur peuple et de cultiver la haine des autres, faute de pouvoir leur offrir un projet où le citoyen agit et arbitre.
Une année après les premières manifestations, et contrairement à ce que l’on entend ici et là, les évolutions ne sont pas aussi négatives que d’aucuns le disaient. En Afrique du nord la Tunisie et le Maroc ont, chacun à sa façon, négocié une période transitoire, certes délicate, mais qui prend l’option de tester l‘islamisme dans l’épreuve de réalité qui l’extrait de l’incantation où il a longtemps embrasé les imaginations par des chimères. L‘Algérie reste dans une congélation politique qui l’expose à des spasmes aux conséquences difficilement prévisibles. La Libye doit réinventer une nouvelle matrice nationale, le problème du fédéralisme, même posé en termes prosaïques, est en débat. L’Egypte qui a le plus macéré dans le national-arabisme paiera, la relation est mécanique entre ces dogmes et la régression étant mécanique (voir le cas de la Syrie), le prix le plus élevé à sa rénovation nationale. Il faudra suivre avec attention les mutations qu’imprime le Qatar au Golfe persique et au-delà à tout le monde musulman ; l’expérience n’est pas sans intérêt.
Une chose est certaine : le monde musulman est sorti du nivellement des unanimismes ténébreux. Les démocrates en terre d’islam seront les grands acteurs de cette nouvelle période historique. Ils sont les premiers concernés mais ils ne doivent pas être trop longtemps esseulés car ce qu’ils entreprennent engage la paix d’un nouveau monde.
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