LOI DE FINANCES 2012 : TITANIC II
Publié: 12/10/11

  • La dégradation des comptes nationaux poursuit sa pente inexorable.
    En Algérie, l’analyse des lois de Finances révèle des aberrations qui valent tous les discours quant aux objectifs du régime. La dynamique du pouvoir ne se dément jamais. Tel l’équipage du Titanic qui dansait sur le pont, pendant que le navire coulait, les dirigeants algériens dilapident le Trésor public dans le dopage d’un système qui ne survit que par l’hypothèque de la cohésion nationale.
    Dans l’étude qui suit, nous nous livrons à l’examen des dépenses publiques prévues pour 2012. Tragi-comique.
    Le projet de loi de Finances 2012 vient d’être rendu public et comme il fallait s’y attendre, des parlementaires RND se sont précipités pour saluer le contenu de ce projet, alors que le bureau de l’APN n’en avait pas encore pris connaissance.
    Par rapport aux lois de Finances précédentes, le projet n’apporte d’ailleurs aucun changement significatif quant au fond. Retenons dans cette étude quelques postes concernant les dépenses publiques. Ces dépenses, au total, sont en augmentation de 7,4% par rapport à 2011 ; leur croissance est de 4,7% plus rapide que celle prévue pour le PIB. Ceci ne tenant pas compte des revalorisations salariales programmées après la dernière tripartite ni de l’effacement de 80 millions de dinars de dettes des entreprises. Conséquence : un déclin de la productivité, puisque les rémunérations portent sur des fonctions non productives. Et cette contrainte n’est évaluée nulle part.
    Le budget s’élève à 4608 milliards de dinars pour des effectifs de 1.500.000 fonctionnaires soit un coût de fonctionnement par personne de 3 millions de dinars par an!
    En fait, la rémunération moyenne annuelle ne dépassant pas les 500.000 dinars ; un simple calcul montre que les frais de logistique se montent à 2500.000 dinars par an et par personne, indépendamment des dépenses d’équipement de l’armée.
    Examinons quelques postes pour saisir l’hérésie d’une telle structure budgétaire.
    Les dépenses pudiquement appelées de sécurité vont encore augmenter par rapport à l’année dernière : 723 milliards de dinars pour la Défense nationale et 622 milliards pour l’Intérieur.
    Sous prétexte de ‘’secret défense’’, le budget d’équipement de l’armée n’est toujours pas rendu public, bien que tout notre armement soit importé. Signalons d’ailleurs, que ce secret ne vaut que pour l’opinion nationale.
    Pour la police, le budget qui lui est alloué n’est pas individualisé au sein des dépenses du ministère de l’Intérieur. Il serait intéressant de connaitre son volume par rapport à ce qui est dévolu à l’administration territoriale.
    Concernant les autres dépenses de ce ministère, aucun décompte n’est fait au sujet des sureffectifs des administrations ; aucune mesure n’est prescrite pour entamer un processus de leur rentabilisation.
    Soit dit en passant, le régime de Ben Ali ne se basait pas sur l’armée –très réduite au demeurant- mais sur de gros effectifs de la police estimés à 60.000 personnes pour une population de dix millions d’habitants !
    En comparaison, le régime algérien dispose de 200.000 policiers pour 36.000.000 d’habitants…Notre pays est à la norme tunisienne…Une armée pléthorique en sus.
    Comme si le bâton ne suffisait pas, l’Algérie va aussi augmenter les dépenses affectées aux affaires religieuses, zaouïas comprises.
    La loi de finances 2012 n’échappe pas à la sacro-sainte règle fondatrice du système algérien qui affecte toujours plus de fonds aux fonctions de pouvoir au détriment du développement.
    L’Education nationale qui fera les frais de cette conception voit son budget régresser : il se monte à 544 milliards de dinars.
    Suivons d’un peu plus près cette comptabilité. Avec un taux d’encadrement d’un enseignant pour 30 élèves, un salaire de l’ordre de 400.000 dinars par an et par enseignant, une population scolarisée de 8.000.000 d’élèves qu’encadrent moins de 300.000 enseignants, le volume de dépenses pédagogiques est inférieur à 120 milliards de dinars. Les dépenses globales du secteur peuvent être portées à 150 milliards en intégrant les dépenses annexes qui pésent 25% selon les normes.
    Simple soustraction : 544 - 150 = 396. On découvre avec effarement que le volume de dépenses non affectées est de 400 milliard de dinars ! Un tel écart exige un minimum d’explications ! Quant à l’ensemble des dépenses de formation (éducation, enseignement supérieur, formation professionnelle), elles totalisent 870 milliards de dinars pour 10 millions d’apprenants environ. Les pouvoirs publics ne manquent aucune occasion de s’enorgueillir de cet ‘’effort’’ sans jamais le rapporter à d’autres expériences. Nous avons eu à dénoncer ici la supercherie de cette propagande. Rappelons, une fois de plus, quelques données : pour le même effectif d’apprenants, les pays avancés consacrent environ 100 milliards d’Euros soit, 10.000 milliards de dinars…12 fois plus. Aucun retard ne peut être rattrapé tant que les écarts aussi importants sont structurellement assumés dans la loi de finances.
    Abordons maintenant le chapitre de l’intervention économique de l’Etat. Son volume a augmenté de 11% par rapport à 2011, passant de 455 à 500 milliards de dinars. A cela s’ajoutent 237 milliards pour la couverture éventuelle des dépenses se rapportant aux régimes indemnitaires et statuts particuliers et « une provision groupée de 220 milliards de dinars » dont nul ne connait ni la signification ni la destination.
    La paix sociale sera achetée. Elle le sera au détriment des dépenses d’investissement qui connaitront une chute de 29% passant de 4000 milliards à 2800 milliards de dinars (chiffres arrondis) sans aucune explication sur les éventuels projets abandonnés ou différés. Il n’y a même pas une estimation du volume d’emplois crées… il est vrai que le Premier ministre a déjà affirmé que le chômage était éradiqué. Suivons ce responsable dans sa logique : quand il n’y a pas de sous-emploi, on peut légitimement rogner sur le poste investissement pour ne pas alourdir les déséquilibres budgétaires. La réalité c’est qu’il n y avait pas d’autres alternatives tant les déséquilibres sont insoutenables. A leur décharge et pour une fois, les rédacteurs du projet de loi de Finances ont avoué cette contrainte.
    Malgré tous les artifices de cadrage des comptes, la vérité ne peut plus être masquée et on revient à la vieille recette du bâton et de la carotte. Un peu plus de fonds pour la carotte, beaucoup plus pour le bâton. Au détriment de l’investissement humain et matériel. On pourra tout dire, mais nul ne pourra nier au système algérien une constance : la suivie du régime s’impose à la cohésion nationale. La loi de Finances 2012 vient de confirmer cet oukase.