VINGT AVRIL 80: L?ESPRIT ET LA LETTRE
Publié: 15/05/07
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Il y a, dans le printemps amazigh, deux aspects qui en ont fait un acte fondateur dans les revendications d?mocratiques en Alg?rie et auxquels les observateurs ne semblent pas donner l?importance qu?ils appellent. Je parle de la qualit? de la formation militante et de la dimension dynamique et pacifique du mouvement.
Quand nous avions d?cid? de r?agir ? l?interdiction de la conf?rence de Mouloud Mammeri, nous avions d?j?, pour certains d?entre nous, quelques longues ann?es de lutte et de formation politique et culturelle malgr? un environnement domin? par l?usure des anciens, le trouble d?une guerre de lib?ration confisqu?e ou, plus simplement, le peur d?un r?gime qui avait tout fait pour couper les g?n?rations des rep?res sur lesquels s??tait construit le Mouvement national. C?est cette patiente maturation des approches et des parcours qui avait permis ? avril 80 de durer et de mener une contestation qui avait, non seulement, encadr? un mouvement populaire mais produit une mise en perspective d?une alternative au r?gime qui alimente le d?bat national aujourd?hui encore. Le printemps amazigh ?tait tout sauf une improvisation. Une fois de plus l?explication du coup de tonnerre dans un ciel serein a ?t? prise en d?faut comme elle le fut en 1954.
La deuxi?me donn?e dans l??lan de 1980 concerne la perception d?une g?n?ration sur son propre combat. Il ne fut jamais question de sacraliser une lutte ni de la figer dans la nostalgie. Et les comptes rendus que l?on peut lire ? chaque anniversaire, quand il ne visent pas ? disqualifier l??v?nement de fa?on d?lib?r?e, surprennent les auteurs m?me de l?initiative : ?20 avril c?l?br? dans l?indiff?rence ? ou ? printemps amazigh comm?mor? dans la division?? annoncent comme des rituels jubilatoires des anniversaires dont on se demande si ils g?nent par ce qu?ils r?veillent les mauvaises consciences ou s?ils apeurent ? cause d?une alternative que beaucoup, en v?rit?, redoutent car avril 80 a introduit une ?quation politique qui ?chappe aux accommodements syst?miques dans lesquels bien des reconvertis ? la cause d?mocratique voudraient installer le pays.
Du changement oui mais dans le r?gime. Et de pr?f?rence avec notre tuteur. Cela se traduit par des propos, analyses ou comportements qui tendent tous ? disqualifier l??mergence d?une d?marche non sponsoris?e par un homme estampill? par une identit? politique du s?rail. Et il n?y a pas que l?anti berb?risme, avec tout ce que cela comporte comme subjectivisme, qui g?n?re cette ambigu?t? qui voit des observateurs se d?soler du manque de couleur dans la c?l?bration du 20 avril tout en condamnant les d?clinaisons politiques, culturelles voire philosophiques qu?il a produites. Car enfin, avril 80 ne s?est jamais con?u comme une formule ?ternelle face au glacis qui avait congel? la vie nationale. Il ne fut une r?ussite que par ce qu?il a rassembl? des ?nergies et des exp?riences diff?rentes dans un univers moul? ? l?unicisme et qu?il a cr?e ou r?v?l? une autre culture politique populaire et pacifique.
Si aujourd?hui beaucoup de personnes assument leurs revendications dans des luttes publiques sans brutalit?, cela est du avant tout au m?rite de militants qui ont su pr?munir leur combat des violences dont ils ont h?rit?es et qu?ils ont subies. La question n?est pas de savoir si le 20 avril est marqu? une marche, une gr?ve, des conf?rences ou des productions th?oriques. Certes, il s?agit de savoir prot?ger la r?alit? des faits pour ne pas voir le charlatanisme brouiller un moment important de l?Alg?rie d?apr?s-guerre. Mais l?essentiel est que la lib?ration des ?nergies provoqu?es par avril 80 se perp?tue et s?amplifie selon les probl?mes de chaque ?tape. Cette vertu de l?adaptation est l??me du printemps amazigh.
Hier il fallait produire une culture dans la clandestinit?, aujourd?hui il s?agit de mettre ? la disposition des ?lites les moyens de l?Etat pour un ?panouissement culturel digne de ce nom. Ce qui pr?occupe pr?sentement, ce n?est pas l?absence de marche ou de gr?ves qu?il sera, du reste, toujours possible de remettre au go?t du jour si n?cessaire. Ce qui pose probl?me et ce ? quoi il faut rem?dier au plus vite, c?est que depuis une quinzaine d?ann?es la chanson amazigh v?g?te, que la qualit? de la production litt?raire n?ait pas connu l?essor qu?elle m?rite et que les universit?s de Tizi-Ouzou, Bgayet ou Tubirett, pour ne parler que de celles l?, aient r?gress? ? ce point sans que cela n?ait soulev? ni d?bat ni, m?me, inqui?tude. Pour le reste, et s?agissant des d?monstrations de rue qui semblent manquer aux amateurs de folklore kabyle, il peuvent se rassurer. Sur ce registre la r?gion a autant de r?serve que d?avance.
Ce n?est pas par ce que le Congr?s de la Soummam ou ses auteurs ne sont pas formellement honor?s chaque ann?e que leur impact sur le pr?sent et l?avenir est moindre. Nous n?avons pas choisi de faire na?tre avril 80 dans les prisons et la r?pression. Cela nous fut impos?. Pour ce qui me concerne, je ferai tout pour que notre jeunesse puisse en perp?tuer l?esprit dans la libert?, la paix et la tol?rance. Pour le plus grand bien de la Kabylie et de l?Alg?rie d?mocratique.Par Said Sadi (in la revue La R?gion)
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