Elections tunisiennes: Alger redoute ses repliques
Publié: 28/10/11
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La Tunisie vient de connaître son premier scrutin libre depuis son indépendance avec un taux de participation record. La communauté internationale qui a pu superviser en toute liberté cette élection s’accorde à dire que, mis à part quelques incidents mineurs, le vote a été régulier. Le RCD salue cette avancée démocratique dans son organisation et son expression et souhaite au peuple frère de Tunisie une évolution qui le conforte dans la voie de la paix, de la justice, de la liberté et du progrès.
Pour des raisons historiques et géopolitiques, chaque changement survenant dans un de nos pays provoque des répercussions immédiates sur ses voisins.
Depuis le début des révolutions qui se succèdent dans notre région, le pouvoir algérien n’a eu de cesse de spéculer sur les suites chaotiques que ne manqueraient pas d’engendrer des mouvements de libération qui ne sont en fait que la réparation historique des détournements des sacrifices consentis par nos peuples pour venir à bout du colonialisme. C’est avec un cynisme non dissimilé que les relais du système se sont saisis de la victoire du parti islamiste En-nahdha pour essayer de relancer la rengaine dictatoriale qui veut que seul l’autoritarisme permet d’assurer la stabilité d’un pays ou d’une région.
Qu’en est-il réellement aujourd’hui du cas tunisien et même libyen ?
Le régime tunisien a sévi depuis 1956 avec un despotisme sans limite. Mais, à l’inverse de son homologue algérien, il a veillé à préserver le système éducatif et le statut personnel des marchandages politiciens. Cet investissement, couplé à la surveillance internationale massive et qualifiée, a payé et se trouve à l’origine du civisme qui a fait, qu’en dépit des fraudes précédentes, neuf citoyens sur dix se sont acquittés de leur devoir électoral.
Ces acquis ont également fait que malgré un lourd passif dont se nourrissent les populismes, les islamistes ne disposeront que d'environ d'un tiers des sièges à l‘assemblée constituante. Mieux, sentant la précarité de leur succès - que d’aucuns assimilent à un hold-up électoral - les responsables du parti vainqueur ne cessent de jurer qu’ils ne remettront pas en cause le statut de la femme et qu’ils n’attenteront pas aux libertés publiques. Faut-il être dupe de ces promesses ? Certainement pas. Il suffit de prendre connaissance des déclarations antérieures de Ghannouchi pour savoir quelle direction il prendrait si un rapport de force politique devait le lui permettre. Mais il est capital qu’un mouvement intégriste sortant vainqueur des urnes se sente obligé de donner des gages de bonne conduite à une société qu’il sait rétive et vigilante.
Du côté libyen les choses ne sont pas aussi compromises que semble le souhaiter le pouvoir algérien. Sitôt la déclaration, pour le moins maladroite, du président du CNT qui, se substituant à la volonté populaire, annonçait de sa ville d’origine Benghazi que la chariâa inspirerait toutes les lois, d’autres membres du CNT ont aussitôt pris publiquement la parole pour lui signifier que le peuple libyen ne s’est pas battu pour remplacer une dictature par une autre et qu’en tout état de cause, ses propos n’engageaient que sa personne.
Dans un proche avenir, il est possible que pour des raisons comparables, les islamistes arrivent en tête au Maroc lors des législatives prévues en novembre.
Le comble serait que le régime algérien se saisisse de ces secousses pour pousser l’outrecuidance jusqu’à se présenter comme l’ultime rempart contre l’intégrisme, lui qui en fut le précurseur dans la région.
Si laborieuses que soient les mutations à venir, les Tunisiens ont raison de se réjouir de l’élection du 23 Octobre. Néanmoins, ils savent qu’ils doivent être en alerte permanente pour protéger un pacte sociétal dont l’écrasante majorité des citoyens, au premier rang desquelles les femmes tunisiennes, connait la valeur. Par ailleurs, la comparaison avec l’AKP à laquelle s’essaient quelques observateurs ne saurait rassurer la classe politique tunisienne instruite de ce qu’une constitution adossée depuis près d’un siècle à une laïcité assumée, n’empêche pas les islamistes turcs de pousser leurs pions à chaque fois que la conjoncture le permet.
Comment peut-on analyser l’expérience algérienne au regard des évolutions régionales en cours ? On se souvient des injonctions et oukases qui se succédèrent en 1991 avant même la proclamation des résultats : changement d’habitudes alimentaires et de tenues vestimentaires, menaces d’affréter autant de bateaux qu’il le faudrait pour évacuer tous « les mécréants » qui refusent la soumission, éradication d’une région si tel était le prix nécessaire pour instaurer une théocratie, installation des tribunaux populaires… Faut-il, enfin, rappeler que le texte qui minore à vie la femme algérienne a été imposé à l’Algérie bien avant l’avènement officiel du courant fondamentaliste ? On le voit, on est loin des intentions affichées par les islamistes tunisiens, qui plus est, n'ont pas pris les armes avant même les élections. Dans le pire des cas, et le pire n'est pas fatal, loin s'en faut, Tunis ne fera que ce que fait Alger depuis 20 ans.
L’amalgame dont joue le système pour assimiler la Tunisie post révolutionnaire à l’Algérie de 1991 n’est pas pertinent. En vérité, le régime algérien devrait être le seul acteur à se réjouir de la victoire d’En-nahdha dès lors qu’il a anticipé depuis longtemps tout ce qu’il feint de redouter pour la Tunisie et la Libye ; autant de restrictions que, pour l’heure, les islamistes tunisiens s’interdisent de commettre.
En octobre 2011 la Tunisie entame, avec les risques inhérents à toute révolution, une période qui autorise tous les espoirs. Au même moment l’Algérie, prenant le chemin inverse, s’enferme dans une régression où il n’y a pas besoin de partis se revendiquant officiellement de l’intégrisme pour voir la théocratie ronger l’Etat.
Le chantage à l’islamisme dont les dirigeants algériens inondent les media est obscène. Le système FLN a administré la preuve qu’en étouffant les voix des démocrates et en offrant les institutions à l’islamisme, la dictature mène inévitablement à la théocratie.
Les évènements qui bouleversent notre région confirment que la solution de l’équation algérienne passe par le changement d’un système qui a fait du pays le plus moderniste de l’Afrique du nord la nation la plus rétrograde.
Alger, le 28 octobre 2011
Le RCD
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