Allocution d’ouverture du congrès des jeunes progressistes

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Mesdames et Messieurs les invités,

Chers amis militantes et militants,

Azul Fellawen, Bienvenus.

C’est un immense plaisir pour moi que d’ouvrir officiellement les travaux de votre congrès, le congrès des jeunes progressistes. Je mesure l’honneur que vous me faites et j’en apprécie d’autant la valeur par le nombre et la diversité de votre représentation. Peu de partis, chez nous ou ailleurs, peuvent se targuer de pouvoir mobiliser autant de jeunes cadres sur la base de la conviction et du  dévouement. En ce sens votre congrès est déjà un grand acquis pour la démocratie.

Comme vous le savez tous, notre parti vient de tenir son cinquième congrès, marqué par des débats intenses mais aussi par la décision d’instituer des organismes dédiés, notamment pour la jeunesse et pour les femmes.

Il n’échappe à personne que l’alternative démocratique pour laquelle se bat le RCD depuis sa création ne peut être viable si elle n’est pas portée, d’abord, par un mouvement progressiste incarné par la jeunesse et les femmes de ce pays.

Chers amis,

Le statuquo mortifère infligé à l’Algérie par un système politique bâti autour de la police politique et de la répression, génère aujourd’hui des mutations maffieuses, y compris dans les sphères licites de l’économie et de la vie sociale en général.  Cette orientation qui tend à inhiber toute vie publique, à quelques mois de l’élection présidentielle, est dangereuse pour le pays et pour la continuité des missions de base de l’Etat lui-même. Elle l’est d’autant plus dans un système mondial dominé par la finance autour d’élites mondialisées et une économie globalisée.

L’absurdité dans les décisions du gouvernement autour du commerce extérieur et des concessions (terres, automobiles, intrants…) ne peuvent pas obéir à de simples constats internes. Ils sont le produit de l’interaction des intérêts inavouables domestiques mais aussi étrangers. La faible légitimité des institutions, aggravée par l’absence d’un arbitrage fort à cause de l’incapacité physique du chef de l’Etat laissent le champ libre aux « soutiens » intérieurs et extérieurs du régime pour peser dans l’octroi de contrats voire de positions monopolistiques pour nombre de produits.

La nouvelle loi sur le système de santé, votée par les partis du pouvoir et leurs supplétifs, ne peut être l’œuvre d’une administration soucieuse de réhabiliter les structures publiques de santé et un accès plus large aux soins aux populations. Sous le slogan éculé de la médecine gratuite, ce texte de loi institue une médecine à deux vitesses. L’accès aux structures publiques de santé est déclaré gratuit avec l’orientation au privé pour des explorations approfondies ; c’est-à-dire qu’en dehors de la consultation, le malade est orienté vers le privé dans la mesure où les structures publiques ne sont plus tenues- c’est la substance du nouveau texte- d’assurer la prise en charge du patient. L’autre décision de cette loi est l’ouverture des structures (blocs opératoires) au secteur privé qui facture les actes médicaux pour les patients sans pour cela que le secteur public soit en mesure de répondre aux problèmes de ceux qui ne peuvent payer les prises en charges chez le privé.

Chers amis,

En ce mois de mai, nous ne pouvons pas ne pas évoquer les lois antisociales de ce gouvernement et les atteintes à la liberté de la presse. La dégringolade du pouvoir d’achat des travailleurs, le chômage massif et la répression des mouvements sociaux font, aujourd’hui, écho à l’intervention illégale du ministre du travail et des affaires sociales pour rendre publique une liste de syndicats déclarés « hors la loi ». C’est un précédent grave que de voir l’administration se substituer à la justice pour interpréter la loi. La célébration officielle du 1er mai qui rappelle la soumission de l’UGTA devant les clans dominants et maintenant le FCE, participe de ce délitement institutionnel accentué par l’absence du chef de l’Etat. Le RCD considère que la vie économique a besoin d’un patronat qui défend l’entreprise libre créatrice de richesses et la vie sociale doit être animée par des syndicats autonomes et représentatifs des travailleurs algériens.

A ce propos le scandale du dossier CEVITAL coûtera cher au pays avant d’handicaper l’opérateur lui-même. Le patronat qui jure, matin et soir, vouloir encourager l’investissement n’a pas soufflé mot sur un abus d’autorité caractérisé. Le syndicat maison, trop occupé à réitérer son allégeance, ne se sent pas concerné par les menaces qui pèsent sur des milliers d’emplois pendant que le chef de l’Etat, officiellement alerté à trois reprises, s’emmure dans un silence qui vaut encouragement sinon complicité avec une mafia contre laquelle il invite les médias à dénoncer les abus. Seul le pouvoir algérien ignore les effets délétères de cette sinistre affaire. Même s’il n’est pas connu avec précision, nombreux sont les opérateurs étrangers et nationaux qui ont renoncé à investir ou qui ont orienté leurs projets vers les activités de spéculations en lieu et place de la production.

Sur un autre plan, le rétrécissement des libertés jette les journalistes et les professionnels de la presse dans le désarroi et la précarité. Le pouvoir fait fausse route et croit museler la parole à l’heure des réseaux sociaux et des innovations technologiques dans les supports de l’information. A l’occasion du 03 mai, journée internationale de la liberté de la presse, nous avons le devoir de rendre hommage à tous ceux qui ont lutté et milité pour que les Algériennes et les Algériens conquièrent le droit à l’information et la liberté de la presse. Devant les mutations technologiques qui tendent à démocratiser l’accès à l’information, votre organisation est le lieu idéal pour mobiliser les moyens adéquats afin de redonner espoir et regrouper les jeunes pour l’alternative démocratique.

En assumant cette charge et en honorant ce devoir, vous rendez hommage aux milliers de victimes, pour la plupart des jeunes, qui sont tombées sous les balles du colonialisme français lors des événements du 08 mai 1945. Vous partagez le même idéal d’une Algérie de démocratie, de droit et de progrès.

Vous le savez, à chaque fois que l’Algérie a marqué l’Histoire, c’est sa jeunesse qui a été le fer de lance du changement et de la libération citoyenne.

Chers amis,

La situation, dans laquelle nous a plongé le régime, menace notre pays, y compris dans son existence même, avec une conjoncture régionale et mondiale où le terrorisme est de plus en plus instrumentalisé et capable de faire voler en éclat l’unité de nations.

Le pouvoir politique a disparu de notre pays. Les institutions officielles, sans pouvoir effectif, sont marginalisées et leur rôle se limite à de la figuration sur une façade démocratique.

L’Algérie est devenue une entité sans ambition par la faute de dirigeants de plus en plus inconscients de leur non gestion politique et dont les tergiversations font perdre au pays beaucoup de temps et d’argent.

Depuis quelques semaines, la rengaine à la mode est de glorifier le bilan de Bouteflika. Ce bilan comptable, dont le poids des réalisations structurantes est d’une indigence affligeante, oblige les animateurs de la cour à présenter la stagnation du prix du repas dans les restaurants universitaires comme un acquis majeur de cette gouvernance. La confusion sciemment entretenue, entre bilan politique et bilan comptable, réduit les éléments de langage de cette opération à l’énumération de constructions d’infrastructures dont une majorité n’est même pas achevée et qui ont englouti déjà des budgets colossaux avec de continuelles rallonges.

Pour les Algériennes et les Algériens le bilan de vingt ans de règne autoritariste n’a nul besoin d’être déclamé. Ils le vivent au quotidien. En vérité, la panique du quadruple premier ministre devant un Etat mis dans l’impossibilité de payer ses fonctionnaires sans le recours à la fabrication de billets de banque, en réalité de faux billets du fait qu’ils n’ont aucune contrepartie de production, suffit à caractériser ce bilan.

C’est aussi des dizaines de milliards de dollars dilapidés, une économie incapable de décoller malgré les sommes colossales injectées grâce à des prix du baril jamais égalés, un chômage endémique des jeunes malgré le recours aux emplois précaires, des lois liberticides, une scène politique verrouillée et dominée par les impostures de tout genre.  

Ce n’est pas tout !

Les chaines interminables d’étudiants devant le centre culturel français pour obtenir un visa et quitter le pays – ils seront 23 000 à être retenus cette fois-ci pour grossir les 65 000 jeunes algériens qui poursuivent leurs études dans les universités françaises en vue d’une insertion professionnelle en Europe – complètent ce bilan. Les milliers de jeunes haragas qui quittent le pays au risque de leur vie sont l’autre face de ces fameuses réalisations. 

La défiance des citoyens vis-à-vis des institutions, la crise de la représentation politique, comme soulevée dernièrement par nos concitoyens de la wilaya de Tamanrasset, l’abstention massive lors des différents scrutins ou l’absence de conditions de la compétition politique loyale et le recours systématique à la répression ne sont pas les moindres des signes d’un pouvoir qui a perdu le sens de la responsabilité.

Chers amis,

Plus que jamais, l’Algérie a besoin d’un président, un président qui fixe le cap et ouvre des perspectives et non d’un président qu’on exhibe épisodiquement pour leurrer l’opinion sur sa bonne santé, un président qui actionne son gouvernement pour la mise en œuvre de grandes réformes dans des domaines divers.

Un président qui saura convaincre les Algériens sur les objectifs vers lesquels ils doivent se diriger ensemble en s’adressant à eux par lui-même et non par des lettres et messages lus par des tiers à l’occasion de dates symboliques dans la vie de la Nation.

Un président qui veille à la mise en œuvre de la constitution et au respect des équilibres des pouvoirs et non un président qui viole la constitution.

Un président qui puisse représenter l’Algérie sur la scène internationale et défendre ses intérêts devant nos partenaires. Un président qui puisse par ses décisions veiller à l’intégrité territoriale du pays en ces moments de grandes incertitudes dans la région et qui puisse répondre du destin de la Nation.

Ce président, seul le peuple souverain pourra le choisir ! Ce président, seul le peuple souverain devra le choisir ! Ce président, seul le peuple souverain saura le choisir ! Ce président ne peut être issu d’un système qui a tout raté et tout gaspillé.

J’ai choisi des mots crus pour décrire l’impasse politique dans laquelle nous sommes aujourd’hui, non pas pour faire peur mais pour affirmer que sans l’implication dans la lutte des segments sains et des énergies saines de notre peuple il sera très difficile d’inverser le cours des événements à court et à moyen termes.

Vous le savez tous, et l’histoire le démontre, c’est l’irruption de la jeunesse sur le terrain des luttes démocratiques et sociales qui permet d’ouvrir des perspectives salutaires et de relancer l’espoir. La mission de la jeunesse, le rôle de la jeunesse, le devoir de la jeunesse aujourd’hui c’est de se faire entendre pour l’avènement de ce nouveau destin car les solutions de demi mesures ont échoué, ce sont ces fausses solutions qui ont fait de l’Algérie un pays du désespoir, de la misère, de la violence et maintenant un pays qui devient la risée du monde.

Il faut tout faire en même temps et le système en place est inapte pour répondre aux défis.

Vous pouvez agir ici mais aussi avec vos amis et voisins de notre sous-continent et de l’émigration. Ne vous laissez pas impressionner, ne vous laissez pas emprisonner dans des slogans dans des peurs et des interdits. Pour construire le pays il faut être libre des entraves. Vous avez le droit de demander la formation que les dirigeants réservent à leurs enfants, vous avez le droit de découvrir les pays où ils envoient leurs enfants et vous avez le droit de bénéficier des loisirs qu’ils réservent à leurs enfants.

Chers amis,

Aujourd’hui l’échec du système et les ingrédients du chaos sont là. Notre mission, votre mission, et nous devons insister là dessus, c’est de réunir le plus grand nombre autour de la nécessité de changer les paradigmes de la gouvernance.

Vous avez les moyens de le faire parce que votre parti, le RCD, dispose de références de luttes et d’un programme politique bâti sur les libertés démocratiques, l’alternance au pouvoir, la solidarité et la tolérance.

Vous devez le faire car il s’agit avant tout de votre présent et de votre avenir.

Vous pouvez le faire car il appartient désormais aux jeunes progressistes de réinventer l’Algérie.

Merci de votre attention et bonne courage dans vos travaux

Mohcine Belabbas

Président du RCD

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