Discours de Mohcine Belabbas à la conférence de Tunis sur les défis du devellopement et du progrès en Afrique du Nord

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Mesdames et messieurs bonjour,
Permettez-moi d’abord de saluer Monsieur Mohsen Merzouk, président du parti Mechrou Tounes pour son accueil chaleureux. Je tiens aussi à souligner la rapidité avec laquelle il a réagi pour donner une suite concrète à la déclaration d’Alger que nous avons lancée à l’occasion du cinquième congrès de notre parti le Rassemblement pour la culture et la démocratie. J’aimerai également insister sur la pertinence des thématiques programmées à savoir les défis sécuritaires, économiques, socio-politiques, de la transition démocratique ainsi que la relation entre la politique et la religion dans la région nord-africaine.
Ces sujets nous permettront à nous responsables de partis politiques progressistes de mieux percevoir des enjeux de la construction d’un ensemble nord-africain et de mieux nous imprégner des réalités de nos pays respectifs. Permettez-moi aussi de saluer les leaders des partis algériens, marocains, tunisiens, libyens, mauritaniens, ici présents, et qui sont venus s’impliquer et contribuer à donner plus de résonnance à une initiative longtemps attendue par nos peuples.
Nous avons fondé notre parti sur les revendications démocratiques, le respect des droits de l’homme, la séparation du culte et de la politique, le recouvrement de notre identité multimillénaire et le progrès et le développement.
Dès le départ nous avons clairement inscrit notre action dans un cadre nord-africain. Dans la clandestinité les militants qui ont fondé le RCD avaient déjà tissé des liens avec des militants de cette région dans l’émigration en particulier avec nos frères marocains. Pour nous, nos pays respectifs ne peuvent durablement prospérer que dans le cadre d’une Afrique du nord démocratique.
Il n’est pas normal que les problèmes que nous affrontons et qui sont souvent de nature semblables nous soient communiqués par la presse occidentale et il n’est pas normal, non plus, que nos partis entretiennent des relations plus suivies avec ceux du Nord de la Méditerranée ou du Moyen Orient alors que nos destins sont liés.
J’aimerais rappeler ici qu’avant nous et alors même que l’Algérie était encore en guerre, la Destour tunisien, l’Istiqlal marocain et le FLN algérien, portant alors les aspirations de nos trois peuples, avaient tenu une réunion à Tanger en avril 1958. Les recommandations issues de ces débats sont encore d’actualité. Il était en effet affirmé que le parachèvement naturel des indépendances des trois pays devait se concrétiser dans la construction d’une fédération des Etats nord africains. Nous sommes restés fidèles à cet engagement. Et l’une de nos actions communes pourrait être de republier les actes de cette réunion pour les vulgariser auprès de nos militants qui à leur tour pourront organiser des débats avec nos concitoyens.
A l’occasion d’une convention nationale que nous avons organisée le 29 juin 2013 autour d’un projet de constitution que nous avions élaboré et soumis à débat et auquel des experts de Tunisie, du Maroc et de la Mauritanie avaient été associés, il est ressorti dans les interventions des communicants et dans les débats qu’il y a dans notre région des points d’appui historique importants et un vaste consensus pour des alternatives démocratiques revendiquant l’héritage de liberté et de justice sociale, base des mouvements de libération nationales, et assumant les valeurs de l’universalité.
L’idée de la création d’une dynamique d’échange et d’entraide par la mise en place d’une instance consultative aux fins de débattre des expériences menées par chaque pays, d’en évaluer les portées et d’envisager les meilleures convergences aux fins de relancer la réflexion autour de la construction de la fédération des Etats nord-africains des pays de la région a été adopté dans la résolution finale de cette convention.
Les participants avaient également préconisé l’élargissement des échanges à toute organisation ou personnalité nord-africaine inscrivant son action dans les valeurs démocratiques et à étudier, aussi rapidement que possible, les modalités que doit revêtir la future instance devant abriter les débats embrassant l’ensemble de la vie publique régionale et le calendrier qui en programmera les travaux. C’est vous dire, chers amis que pour notre part la convergence démocratique régionale est une ancienne ambition.
Sur un autre plan et à l’occasion d’un colloque international sur l’économie que nous avons organisé en mai 2016 et auquel ont pris part des économistes algériens, tunisiens et marocains, les intervenants ont tous relevé que le coût de la non intégration nord-africaine est trop lourd. J’ai moi-même expliqué dans mon allocution d’ouverture que ce qui avait été souhaité par nos ainés pendant l’occupation coloniale devient aujourd’hui une condition essentielle de notre développement, de la sécurité de notre région, de l’émancipation de nos peuples : nos peuples doivent apprendre à se reconnaître, s’apprécier, s’aider… J’ai ajouté qu’au-delà des nombreuses études qui chiffrent les pertes économiques de ce blocage, le RCD inscrit son action dans une régionalisation qui redonne du sens aux territoires à travers l’institution de cette Fédération des Etats d’Afrique du nord tant de fois annoncée et tant de fois différée. J’ai également rappelé que l’intégration régionale est avant tout une stratégie pour la croissance économique, le développement des marchés, la création d’emplois, l’amélioration des conditions de vie. La proximité géographique, l’identité commune, l’Histoire partagée facilitent cette intégration, d’autant que la conjoncture et les tendances lourdes sont à la construction d’ensembles humains administrés dans une décentralisation libératrice des compétences, face aux impératifs de la mondialisation.
Malheureusement, plus d’un demi-siècle après les indépendances nos Etats se tournent le dos quand ils ne cultivent pas les animosités et n’amplifient pas les divergences. La fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc est une inconséquence qui ne peut être expliquée par aucun argument rationnel.
Pour nous l’UMA que le fondateur de notre parti, Said Sadi a qualifié, à juste titre, de syndicat de chefs d’Etats, ne peut conduire nos peuples sur la voie du progrès, du développement et de la solidarité.
Aujourd’hui nous voulons, nous pouvons et nous devons mettre en place un ou des cadres pour porter l’aspiration de nos peuples à se rassembler. C’est d’autant plus vital dans une conjoncture régionale et internationale qui risque de nous soumettre à la régression voire projeter notre région dans la barbarie.
Le chemin peut être long mais nous devons lancer le débat sur cette perspective et l’élargir aux autres forces politiques, sociales et citoyennes inscrivant leur approche dans la tolérance et le progrès.
Je suis convaincu que si nous arrivons à populariser notre initiative, elle sera vite portée par de larges couches de nos populations. Il nous appartient à nous, partis progressistes, d’affirmer notre capacité à engager les débats et les actions nécessaires à une intégration nord-africaine démocratique.
Il y a lieu donc réfléchir au type de cadre à mettre en place pour bousculer le statu quo de l’ordre établi.
Pour cela nous suggérons d’arriver dans ce rendez-vous ou lors du prochain à la rédaction d’une charte très souple qui peut permettre l’adhésion du plus grand nombre avec, dans un premier temps, des niveaux d’implication qui peuvent évoluer selon les situations des partis.
Il s’agira dans ce document de définir :
Les convergences structurantes pour une meilleure coopération entre nos Etats en vue d’un rayonnement nord-africain.
La perspective et les objectifs intermédiaires à atteindre (solidarités démocratiques, prises de positions communes sur des événements importants, manifestations communes…)
Les engagements (respect des libertés démocratiques, de consciences, égalité en droit….
Les instruments ou modalités (tenue régulière du Forum, échanges entre nos jeunes, conférences thématiques sur l’économie, la sécurité…
Lors de notre appel à Alger du 10 février 2018, nous avions pensé constituer un noyau ayant déjà une profondeur historique puisqu’il était préfiguré par la réunion de Tanger. Il s’agissait pour nous de poser rapidement les jalons d’une instance d’échange entre les trois pays qui ont le plus de convergences. Nos amis tunisiens ont eu l’heureuse initiative d’élargir cette rencontre à des formations d’autres pays pour entendre leur avis et propositions. S’agissant d’une instance de débat cela est une bonne chose.
Il s’agit maintenant de voir comment concrètement dégager les priorités qui peuvent être assumées rapidement. Faut-il prévoir une seule structure pour les partis les plus préparés et les plus disponibles et envisager une autre forme de regroupement associant le plus grand nombre pour des thématiques plus générales ? Faut-il installer un groupe de réflexion pour affiner les termes que peut prendre cet élargissement ?
Ce sont ces sujets que nous auront à trancher car nous devons à la fois proposer ce que nos gouvernements n’ont pas su ou voulu envisager et nous doter d’instruments rapidement opérationnels qui doivent cibler des dossiers dont la mise en œuvre nécessite une familiarité déjà éprouvée dans nos actions passées.
Dit plus clairement, nous ne devons rien nous interdire en terme de débat mais nous devons aussi avoir à l’esprit le souci de la concrétisation de certaines de nos actions car les dépits engendrés par les initiatives de nos dirigeants respectifs ont suscité impatience et, ne nous le cachons pas, une certaine méfiance vis à vis des annonces trop générales.
D’où l’obligation de résultats, ce qui suppose réalisme et crédibilité.

Je vous remercie pour votre attention

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