Maghreb : quatre partis brisent l’immobilisme

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Le RCD (Algérie), le PAM (Maroc), le PNL (Libye) et Al-Joumhouri (Tunisie) se proposent de mettre en place “un cadre crédible, opérationnel et adapté pour dépasser les fragmentations” des potentiels des pays maghrébins et conjurer les “menaces de régression, voire de déstabilisation”.

L’idée était déjà dans l’air depuis quelques années quand le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), alors dirigé par son ex-président Saïd Sadi, avait plaidé pour “un Maghreb des peuples”. Depuis, le projet de construction maghrébine est resté un slogan, tandis que le Maghreb, lui, demeure aux mains de régimes politiques dont l’immobilisme est le dénominateur commun et qui, de surcroît, rivalisent d’autisme aux aspirations des peuples. Hier, quatre chefs de parti, en l’occurrence Mohcine Belabbas (RCD-Algérie), Mhamed Loqmani (Parti de l’authenticité et de la modernité-PAM-Maroc), Ahmad Dougha (Parti national libyen-PNL-Libye), et Issam Echabbi (Al-Joumhouri-Tunisie), ont annoncé leur intention de secouer le cocotier par la création, prochainement, d’une instance de débats et de propositions. Les trois partis du Maroc, de Tunisie et de Libye ont envoyé des courriers au président du RCD, dans lesquels ils ont exprimé leur “adhésion” à l’initiative du parti algérien.  Dans une déclaration rendue publique, les quatre partis, dont les représentants se sont rencontrés à Alger, à l’occasion du dernier congrès du RCD, ont révélé que cette initiative était née “après concertation au niveau des directions respectives des partis nord-africains” présents à ces assises.

Autrement dit, la projection d’aller vers cette instance a commencé à prendre forme, d’autant que, estiment les signataires, “cette initiative est à la fois dictée par des exigences historiques et des considérations politiques, dont les implications géopolitiques sont de plus en plus pressantes”. Selon les termes des accords prévus entre les quatre partis, notamment en ce qui concerne l’avenir de la zone péri-saharienne et la nécessité de donner à leurs relations un prolongement et un suivi plus soutenus, cette instance, la première du genre au Maghreb, se veut un cadre crédible pour insuffler une dynamique politique à même de libérer le potentiel politique et économique auquel aspirent les quatre peuples et de donner ainsi une perspective à la construction maghrébine. “Outre l’urgence de donner un cadre crédible, opérationnel et adapté à la situation des quatre pays d’Afrique du Nord afin de dépasser les fragmentations de leurs potentiels politiques et économiques qui figent le sous-continent nord-africain dans l’immobilisme et les menaces de régression, voire de déstabilisation, l’ensemble des participants considère qu’un nouveau pacte englobant les quatre pays sus cités et les nations riveraines du Sahel s’avère être désormais un impératif économique, environnemental et sécuritaire qu’aucun alibi ne peut occulter”, ont encore affirmé ces partis dans leur déclaration commune (lire ci-dessous).

Résolus à créer, ainsi, de nouveaux ponts entre les peuples nord-africains, les signataires de cette déclaration ont également estimé que “les perspectives d’un nouveau repositionnement et agencement de leurs territoires respectifs doivent transcender les conjonctures et aléas qui ont ignoré, contraint ou volontairement combattu un destin que les nouvelles situations nationales et les évolutions internationales commandent désormais d’inscrire comme l’une des urgences majeures de l’agenda régional”. Ces quatre partis ont invité toutes les forces progressistes et les bonnes volontés à s’associer à ce projet prometteur pour, écrivent-ils, “arriver dans les plus brefs délais à créer un climat politique de fraternelle confiance qui implique activement nos concitoyens dans une opportunité capitale qui conditionne nos souverainetés, préalables à nos développements que les gouvernements concernés n’ont pas pu honorer”. Enfin, les signataires projettent également de se retrouver, chaque année, dans un des pays concernés pour évaluer l’écho et l’avancement effectif de cette initiative qui ambitionne, à court terme, de constituer une véritable force de proposition pour faire face à la crise multidimensionnelle et aux nouvelles menaces qui pèsent sur les peuples d’un Maghreb que les régimes aux commandes ont fragmenté à tous les niveaux. Autrement dit, cette instance se veut une alternative salvatrice pour sauver un sous-continent qui, jusqu’ici, est pris en otage par ce “syndicat de chefs d’État”, appelé l’Union du Maghreb arabe (UMA).

FARID BELGACEM

Liberté, 12/03/2018

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