DISCOURS D’OUVERTURE DU 5ème CONGRES DU RASSEMBLEMNET POUR LA CULTURE ET LE DEMOCRATIE

Mesdames et messieurs les invités bienvenus parmi les délégués représentants le collectif du Rassemblement pour la culture et la démocratie.

Chers camarades congressistes bienvenus au cinquième congrès de notre parti.

C’est toujours un moment fort dans la vie d’un militant que de vivre un tel événement politique. Cela l’est d’autant plus quand il s’agit du 5ème congrès d’un parti qui a fait avancer les débats les plus décisifs pour le destin national tout en faisant face à tant d’adversité.
C’est un moment fort et précieux de voir autant d’acteurs engagés se rassembler aujourd’hui pour faire le bilan de notre action commune, de débattre des perspectives que nous pouvons offrir à notre peuple, à notre pays, à l’Algérie.
C’est un moment qui marque une vie car partager cette journée avec des invités de différents partis politiques et de personnalités du monde économique, social, culturel et artistique de notre pays représente une séquence qui fait écho à une espérance démocratique attendue depuis longtemps et tant de fois reportée.
C’est aussi un moment de forte émotion que de partager cette rencontre avec des acteurs politiques venus de tous les pays du sous-continent nord-africain : le Maroc, la Tunisie, la Libye, le Mali et le Niger aujourd’hui parmi nous et dont nous saluons la présence car notre projet s’est toujours inscrit dans cet environnement géopolitique.
Je mesure l’honneur et la responsabilité qui échoient à celui qui, à partir de cette tribune, doit retracer les actions et les événements que nous avons menés ou partagés ensemble durant une mandature. Ce sont, pour l’essentiel, des événements que nous avons initiés, structurés et organisés pour faire avancer la citoyenneté et arracher des droits sur la voie de l’exercice plein et entier de la souveraineté de notre peuple pour décider de son destin.
C’est aussi pour moi, je me dois de vous le dire avec gravité, une immense fierté de compter parmi les militants qui ont honoré le contrat qui nous unit car beaucoup de gens le disent ce qu’a fait le RCD, nulle autre formation algérienne ne l’a fait. Dire ce qui est vrai, utile et juste, faire ce qui est attendu par notre peuple même si les modes ou les rapports de force conjoncturels appellent à d’autres slogans, d’autres illusions ou d’autres chimères.
Voilà la force du RCD, voilà notre identité, voilà notre devoir et voilà notre honneur.
Chers amis
Notre Rassemblement est né pour offrir à notre peuple une alternative autour d’un projet de société progressiste et démocratique. Nous n’avons pas dévié de ce cap quelles que soient les difficultés. Et elles furent nombreuses, et elles furent fréquentes et elles furent ardues.
Nous avons combattu, et sans relâche, un ordre politique rétrograde et violent. Un ordre qui a confisqué au peuple algérien sa victoire contre la France coloniale, un ordre qui a survécu en détournant de façon éhontée la richesse nationale, un ordre qui a dénié à notre peuple le recouvrement plein et entier de son identité, un ordre qui a confiné la femme algérienne dans un statut de mineure à vie, un ordre aux antipodes des droits universels pour le genre humain, un ordre qui promeut et alimente le régionalisme pour se perpétuer, un ordre dont les pratiques et décisions ont dégradé l’image d’un pays destiné à être un exemple au lendemain de la décolonisation. En un mot, un ordre politique inopérant, injuste et porteur de dangers pour la Nation.
Vous le savez tous, les militants qui ont fondé notre parti ne sont pas venus du néant. Ils ont subi la stigmatisation, la répression et les affres des prisons du régime pour leur combat pour les droits à l’organisation autonome, pour la promotion de l’identité algérienne, pour les droits de l’homme, pour les droits sociaux, pour la liberté d’expression et pour la démocratie. Notre combat vient de loin, ses initiateurs sont les continuateurs du mouvement de libération de notre peuple du joug de la domination et de l’exploitation coloniales.
Dans ce contexte et au regard de cet héritage, nos adversaires doivent savoir que nous sommes des radicaux. Oui nous sommes des radicaux pour affirmer que seul le peuple détient la souveraineté, nous sommes des radicaux pour dénoncer la corruption, les fraudes électorales, les passe-droits, les inégalités et pour affirmer que notre pays a les moyens de prétendre au rang d’une nation développée, à un rôle régional pour la promotion de la paix, du progrès et de la solidarité partagés. Notre radicalisme est un antidote contre l’extrémisme. Il est un antidote contre tous les désespoirs qui génèrent l’extrémisme car notre doctrine est la lutte par les seuls moyens pacifiques pour donner la parole au peuple algérien dans le but de construire les institutions de son choix.
Parce qu’il est construit par la conviction et l’éthique collective, notre logiciel est inaccessible au virus du système qui a malheureusement aliéné tant de partis tant de personnages, tant d’idées.
Né pour dire avec courage et faire avec détermination le RCD a résisté aux vents contraires qui ont fait embrumé les mémoires et assombri les lendemains.
Chers amis,
Il y a cinq ans, nous avons rénové notre projet, nous avons aussi élu une nouvelle direction pour prolonger et porter cette espérance. Mais ce jour-là, nous avons fait plus que cela. L’ancien président de notre Rassemblement a, à la fois, dans un souci pédagogique et dans le but de perpétuer notre combat à travers les générations, souhaité passer le flambeau, c’est un acte rare dans la vie politique de notre pays qui rehausse encore plus son auteur, lui qui a donné l’essentiel de sa vie au militantisme et à la lutte pacifique autour de revendications essentielles qui ont marqué l’Histoire. Des revendications qui paraissaient pour beaucoup comme autant de missions impossibles. Je tiens donc d’abord à rendre hommage à Said Sadi pour l’immense combat qu’il a mené et sa clairvoyance déterminante dans les moments difficiles que notre pays a vécus. Et, pour avoir été quotidiennement à ses côtés des années durant. Je tiens aussi à rendre hommage à son intégrité et témoigner de la force de ses convictions, des valeurs intellectuelles qu’il incarne et de ses incontestables qualités d’homme d’Etat dont l’Algérie n’a pas pu bénéficier dans un exercice de responsabilité institutionnelle. Mais nous savons que son combat a apporté au pays bien plus que les parades de ceux qui ont infligé leur autorité à la nation par la violence.
Vous le savez tous, notre courant politique est aussi celui qui a soulevé et réussi à imposer dans le débat public la plupart des thématiques de progrès depuis le printemps 80. Aujourd’hui, l’exigence de la consécration d’une identité authentiquement algérienne est portée ou admise par les larges couches populaires. Au risque de se déjuger, le pouvoir et de nombreux partis politiques ne pouvaient qu’entériner cette profonde aspiration, fruit du combat de plusieurs générations de militants. Cette première victoire doit être évaluée à l’aune des sacrifices consentis ; elle est aussi la victoire de l’option du combat politique pacifique qui demande force de conviction, mobilisation, persévérance, pédagogie et intransigeance sur les principes. Elle doit définitivement bannir du langage politique dans notre pays le mot « jamais » car même répété trois fois, ce mot ne vaut, en définitive, que par le rapport de force du moment. Et nous au RCD nous savons que les opportunités verbales ne pèsent rien devant l’appel de l’Histoire. L’avenir est toujours construit par les hommes et les femmes qui mènent un combat juste.
La liberté de culte et sa nécessaire préservation des manipulations du pouvoir et de son utilisation par des courants rétrogrades fondent l’action de notre Rassemblement. Le lourd tribut payé par notre peuple à cause des calculs politiciens et la résistance populaire opposée à de telles dérives sanglantes ont incontestablement rendu les citoyens plus vigilants pour vivre leur foi loin des surenchères. Les atermoiements du pouvoir pour soustraire l’éducation nationale aux orientations idéologiques, ont malheureusement altéré et freiné la prise de conscience du danger intégriste et le rejet dont il était l’objet après la décennie noire. Pourtant, une lame de fond internationale accompagnée désormais d’une plus juste perception de l’intégrisme et de l’extrémise traverse aujourd’hui le monde musulman. Notre conviction est que pour battre les extrémismes, tous les extrémismes, il faut les affronter à découvert, sur le terrain politique, c’est à dire celui des idées et de la gouvernance, faute de quoi ils vous entrainent sur d’autres terrains autrement plus problématiques où sont évacuées les questions de la légitimité et de la raison.
Le chantier de l’éducation est l’un des premiers que notre parti a identifié et porté sur la scène publique à cause de sa brûlante urgence. Une école publique basée sur la rationalité, la réhabilitation des sciences humaines, l’ouverture, la formation des talents. En un mot, une école algérienne ouverte sur le monde et le progrès. Longtemps réduite en magmas de citoyens de seconde zone, voire stigmatisés comme des menaces contre la nation, l’émigration, potentiel de compétences, doit plus que jamais être associée à l’effort de développement national. La communauté scientifique et économique installée à l’étranger doit participer à la promotion de l’université algérienne. Dès sa création le RCD a été le parti à créer un secrétariat national à l’émigration. C’est pour cela qu’il a été le premier parti à avoir dénoncé et condamné l’indigne et humiliant article de la constitution qui discrimine nos concitoyens binationaux et qui doit être d’urgence complètement abrogé. Il n’y a pas de citoyenneté au rabais. On est citoyen ou on ne l’est pas. Avec ses droits et ses devoirs. Tous ses droits et tous ses devoirs.
Je ne peux pas évoquer et développer devant vous tous les thèmes que nous avons portés à l’instar des droits de l’homme, de la performance économique, de la solidarité, de la régionalisation ou de la construction de la fédération des Etats nord- africains. Sans fausse modestie, aucune, le combat de notre Rassemblement a marqué l’Histoire récente de notre Nation et les thématiques que nous avons défendues ont irrigué et marqué le débat national. Nous avions persévéré : aujourd’hui, nous ne sommes pas seuls, c’est notre unique butin mais il est immense.
Certains disent que les partis qui réussissent sont ceux qui arrivent au pouvoir. Cela est vrai dans les pays démocratiques où seul l’arbitrage citoyen façonne et régule la vie nationale. Est-il besoin de rappeler que depuis l’indépendance, notre peuple est privé de ce droit fondamental. Au RCD nous disons que dans les pays non démocratiques le parti qui réussit est celui qui dit et assument les choix les plus justes pour marquer l’Histoire en éclairant les consciences afin de redonner l’espoir dans les périodes de doute et de renoncement.
Chers amis,
Aujourd’hui, je suis devant vous pour rendre compte du mandat que vous m’avez confié, en mars 2012, pour perpétuer notre combat et hisser, de plus en plus haut, notre parti au rang d’une formation politique fidèle à ses valeurs, crédible et agissante.
Il faut que je rappelle que ce 5ème congrès aurait dû se tenir en 2017. Ceux qui ont suivi la cascade de refus que nous avons essuyée pour réserver une salle qui peut accueillir cet événement, savent que le Conseil national avait retenu les 30 juin et 1er juillet 2017 pour la tenue de ces assises. Malgré toutes les démarches que nous avions d’ailleurs rendues publiques, la coupole et la salle de conférence du Club des Pins nous ont été fermées au motif de travaux d’ailleurs fantaisistes, puisque d’autres activités s’y sont tenues, ou faute d’accord du premier ministère (Club des Pins). Nous nous sommes heurtés aux mêmes refus pour une programmation au début du mois de décembre 2017. Nous sommes aujourd’hui contraints de fractionner nos travaux entre ce chapiteau et pour la journée de demain dans les salles de la mutuelle des artistes à Zeralda. Si c’est cela le prix à payer pour les partis qui ne négocient pas leur autonomie, nous sommes plus que jamais décidés à le consentir.
Dès l’installation de la nouvelle direction que j’ai eu l’honneur de diriger depuis 2012, nous savions que le blocage de la scène politique algérienne exigeait impérativement une offre politique sérieuse et lisible pour combattre un statuquo aussi stérile que dangereux.

Nous sommes des légalistes et nous pensons que les opportunités institutionnelles sont importantes même si l’environnement en général bloque leurs mises en œuvre quand ce n’est pas le sommet de l’Etat lui-même qui est prisonnier de ses contradictions pour concrétiser les avancées acquises sur le terrain. Un exemple d’actualité : nous savions au RCD que l’inscription dans la constitution de Tamazight comme langue officielle n’allait pas, à elle seule, régler tous les problèmes d’un déni de droit flagrant qui tire ses racines de l’histoire du mouvement national. Mais notre mission était de nous battre sur cette problématique pour rassembler le peuple algérien ; le reste, tout le reste est du ressort des acteurs sociaux, culturels et économiques. C’est dans cet esprit que nous avons appelé de toutes nos forces pour que le débat libre sur la révision de la constitution ait lieu car comme le disait Ferhat Abbas, après ses désillusions devant le clan d’Oujda auquel il avait, pendant une courte période, accordé sa confiance, « La démocratie seule est salutaire…Une bonne constitution doit donner la parole au peuple….Si nous voulons éviter des aventures, il est vital et salutaire d’associer le peuple par sa majorité et sa minorité aux affaires publiques…. ». Ces paroles ont été énoncées aux premières années de l’indépendance. Elles n’ont pas été entendues et on en mesure aujourd’hui les conséquences.
Notre conviction est que le débat qui s’impose désormais dans l’agenda national doit porter sur une remise à plat du projet institutionnel algérien. Autant que nos forces nous le permettaient, nous avions élaboré un projet de constitution, toujours d’actualité, autour duquel nous avons réuni, pour en débattre, des personnalités nationales, des partis et des citoyens dans sept conventions régionales et une convention nationale.
Pour nous, les travers et les méfaits de la concentration et de la confusion des pouvoirs, du centralisme administratif et de l’opacité décisionnelle sont connus. Il s’agissait de s’extraire de ces contraintes, dénoncées par tout un chacun dans l’intimité, sans céder à la polémique pour, en fin de compte, je cite les termes de notre texte introductif, « Assumer les évènements et actes fondateurs de l’Algérie moderne à travers, notamment, l’esprit de Novembre et de la Soummam, imaginer les esquisses des institutions à même de répondre à la gestion et au développement d’un territoire immense, aux attentes et besoins de populations riches de leurs diversités pour les faire entrer avec leurs mémoires et leurs espérances dans l’universalité » fin de citation. En un mot, nous voulions libérer la parole des slogans et des carcans qui ont muselé et stérilisé l’Algérie et associer le plus grand nombre de nos concitoyens à l’élaboration de la loi qui encadre la vie nationale. Notre conviction est que le compromis qui synthétisera enfin authenticité, efficacité et modernité passe par l’épreuve du débat. Cette conviction demeure notre aiguillon.
Notre proposition de l’instauration d’une instance nationale indépendante de gestion des élections n’est pas un instrument qui vise simplement à combattre la fraude électorale. Elle est le moyen par lequel le pays peut amorcer un processus qui restitue la parole au peuple pour doter l’Algérie d’institutions crédibles et performantes pour enfin prendre rendez-vous avec l’alternance démocratique. Ce processus salvateur nous l’avons initié et discuté avec nos partenaires dans la coordination nationale pour la transition démocratique. Pour nous, cette structure et les activités qu’elle a menée démontrent que le compromis entre les représentations politiques ancrées dans le tissu social algérien est possible ; le seul obstacle pour un authentique contrat social rénové est aujourd’hui le pouvoir. Ce contrat repose sur l’égalité en droit entre tous les citoyens algériens, l’inviolabilité de la liberté de conscience, d’opinion, d’expression et d’organisation, la séparation du politique et du religieux et la consécration de l’alternance au pouvoir par le seul moyen d’élections organisées par une instance indépendante de gestion de tous les scrutins. Etant entendu que le cahier des charges démocratiques s’imposera à tous les compétiteurs. Ces préalables admis, le peuple souverain choisit entre les programmes après la fin du processus constituant qui dote le pays d’institutions crédibles.
Chers amis,
Nos militants et nos structures ont été à l’avant-garde de la construction de cette alternative démocratique. Elle a abouti à la tenue de la conférence de Mazafran le 10 juin 2014. Pour nous cet événement fondateur ne pouvait atteindre ses objectifs sans la mobilisation populaire. Cet accord est certes porté par des organisations représentatives de courants ayant un écho dans notre société mais il ne pouvait et il ne peut aboutir sans l’implication des citoyens.
Sans jeter la pierre à qui que ce soit, cette voie de la mobilisation indispensable a trouvé peu d’écoute chez nombre de nos partenaires. Nous demeurons cependant convaincus que quelles que soient les formes à mettre en œuvre, la transition démocratique est d’actualité si on veut éviter à notre pays et à notre peuple des épreuves et des aventures qui risquent d’hypothéquer notre avenir dans des situations régionales et internationales marquées par des recompositions qui tournent souvent le dos aux intérêts des peuples.
Dans le prolongement de cet ensemble de propositions fondatrices autour desquelles nous avions démontré que le consensus ou le compromis est possible, notre parti a réuni autour de la problématique du développement économique, des acteurs nationaux de tous les horizons, mais aussi des économistes de Tunisie et du Maroc. Ce colloque sur le potentiel économique de notre région et, a contrario, le coût de la non intégration nord-africaine que nous avons tenu le 1er mai 2016 peut faire date. Les résolutions adoptées lors de ce rendez-vous pointent à la fois l’absence de stratégie économique dans notre pays mais aussi les gains économiques d’une meilleure intégration de nos pays et une allocation de ressources de sécurité aberrantes du fait, en particulier, de la relation conflictuelle, volontairement et obstinément entretenue, entre les pouvoirs installés au Maroc et en Algérie. Il aurait été souhaitable que ces éléments puissent au moins être accompagnés par une analyse des agrégats macro-économiques mais vous savez tous que nos moyens financiers très limités ne nous permettent pas, pour le moment, d’aller vers l’organisation de tels séminaires ou rencontres pour affiner les constats et les analyses. Nous sommes parmi les rares partis qui formulent des propositions alternatives sur le plan économique même si nous savons qu’elles ont peu de chance d’être intégrées dans la logique en cours dans notre pays. Nous sommes convaincus, en fin de compte, que la gouvernance économique qui est intimement liée à la gouvernance politique a besoin de s’approprier d’autres paradigmes et d’autres règles.
Je ne pourrai pas revenir sur toutes nos activités durant ce mandat mais je ne peux pas passer sous silence le travail que nous avons réalisé ensemble en direction de la jeunesse et des femmes. Notre parti est une synthèse de luttes démocratiques, syndicales, identitaires et pour l’égalité entre tous les citoyens, portées par les jeunes générations d’après-guerre. Notre responsabilité, en tant que direction, est de permettre à la jeunesse d’intégrer cette dynamique pour perpétuer ce combat à travers nos structures et bien sûr renouveler et alimenter les espoirs. Nous avons, le 15 mai 2015, réunis plus de 1000 jeunes, venus de toutes les wilayas pour proclamer la création de l’organisation des jeunes du RCD qui est devenue aujourd’hui la cheville ouvrière de notre parti ; il serait souhaitable que le 5ème congrès de notre Rassemblement prenne acte de ce travail et statue sur son rôle à venir.
De même, nous avons réuni un autre congrès pour la naissance de l’organisation des femmes du RCD en mai 2016. Il y a lieu d’approfondir l’ancrage de cette organisation pour replacer notre parti comme le vecteur de l’émancipation et de l’égalité en droit. Notre conviction est que l’Etat doit consacrer cette égalité dans le droit. Notre combat pour l’abrogation du code de la famille doit être couplé au maintien d’une dynamique sociale, économique et politique qui implique et protège effectivement la femme. L’octroi d’un quota sans une politique qui lève les obstacles peut s’avérer, à terme, stérilisant pour plus de la moitié de notre population et donc de notre peuple dans sa globalité. On ne peut pas imposer un quota de femmes sur les listes électorales et promouvoir une politique sexiste ou tolérer des pratiques qui excluent la femme dans la vie professionnelle quand on ne se montre pas laxiste voire complice de comportements ou décisions machistes. L’été dernier, au cœur de la capitale, les magistrats du tribunal de Sidi M’hmamed ont exclu de la salle d’audience une citoyenne vêtue d’une robe dévoilant les bras. Comment faire semblant d’encourager la femme à se présenter aux élections quand la justice travaille à la rendre invisible dans la société?…
Chers amis,
Notre parti a une carte de visite ou un passeport que même nos pires adversaires n’osent contester. Nous forçons le respect parce que nous allons de l’avant et à drapeau déployé dans un pays où la vie politique et confinée dans les non-dits et les cooptations.
Nous assumons notre singularité. Nous ne sommes pas des adeptes de ces thèses orientalistes qui glorifient un chef de l’Etat omnipotent tout en le dédouanant des échecs de son gouvernement. Nous n’adhérons pas aux visions claniques qui expliquent qu’une fois épuisé par le clan de l’ouest, l’Algérie doit mécaniquement basculer vers le tribalisme de l’est. Nous ne croyons pas, non plus, aux mystifications qui attendent que l’imam el Mahdi parle pour exprimer ses opinions. C’est parce que nous avons refusé tout cela que nous sommes aujourd’hui encore debout et écoutés.
Aujourd’hui, nombre de sujets qui ont valu à nos ainés des invectives, des licenciements, des procès et même des séjours en prison sont des problématiques que notre peuple a adoptées. Le pouvoir n’a eu d’autre choix que d’entériner cette vague de fond que nous avons portée dans l’adversité.
Notre combat procède de la conviction. Il est donc entier par principe. Nous militons pour une Algérie démocratique et sociale. Une Algérie dans laquelle le peuple est souverain pour se doter d’institutions de son choix. Des institutions qui lui permettent de définir une politique de développement qui valorise ses ressources, promeut ses potentialités et son ancrage historique et géographique dans le sous-continent nord-africain.
Je veux donc dire à la face de ceux qui nous gouvernent que les calculs d’épicier sont à l’antipode de la gouvernance d’un pays qui a donné le signal mondial à la fin du colonialisme. Nous sommes le pays de la révolution qui a chassé la France coloniale et qui l’a contrainte à se retirer de la plupart de ses colonies d’Afrique. Notre peuple est candidat à un destin autre que celui de surveiller les prix du pétrole, les modalités d’octroi de visas par l’Europe ou « les investissements spéculatifs » de potentats du Golf qui, par ailleurs, sont les premiers suppôts des politiques antipopulaires quand ils ne financent pas les organisations terroristes dans de nombreux pays ou qu’ils se révèlent être des obstacles majeurs à l’aspiration du peuple palestinien pour ériger son Etat sur ses terres.
Comme je l’ai souligné plus haut, la mère des problèmes dans notre pays est la fraude électorale. Tant que ce cancer ne sera pas extirpé, il est vain de chercher à connaître la représentativité des partis et leur influence effective dans la champ politique national. « Depuis 1962, toutes les élections sont des scrutins à la Naegelin », a déclaré, dans un moment de fugace sincérité, le chef de l’Etat qui sait de quoi il parle en matière de manipulations électorales. Depuis l’indépendance, nulle échéance n’a été faite pour permettre de désigner des formations sur la base de résultats sincères et, le cas échéant, de dégager des alliances sur la base de négociations claires. Cela prendra le temps qu’il faudra mais notre mobilisation sur ce sujet sera intraitable.
La cooptation des responsables à tous les niveaux et qui échappe par définition à la volonté populaire dessaisit les citoyens de leurs droits d’exercer le contrôle sur les activités publiques et par conséquent de demander des comptes. C’est ainsi que l’Assemblée nationale a adopté, avec la même majorité parlementaire, un programme et son contraire en l’espace de deux mois. Alors qu’aucun nouveau paramètre, aucune nouvelle donnée n’est apparue sur le tableau de bord économique. Dans le premier programme, le gouvernement décrit une Algérie avec une situation financière acceptable pour relancer la machine économique et arriver à l’horizon 2020 à l’équilibre budgétaire sans dégâts sur le plan social, le ciblage des transferts sociaux et une réforme fiscale. Dans le deuxième, le premier ministre intermittent vient à l’Assemblée pour décréter l’état de faillite financière du pays et plaider pour le recours à la planche à billets comme seul salut possible pour les mêmes objectifs, c’est-à-dire épancher le déficit budgétaire en 2020 et réformer le système des subventions et la fiscalité.
En vérité, la différence d’approche n’a strictement rien à voir avec la théorie économique ou la résolution de nos problèmes. Elle est le produit d’un rapport de force occulte pour le contrôle de la présidentielle de 2019 par un clan et donc du renforcement d’une base clientéliste contre une autre avec le corollaire qui se prolonge pour privilégier des intérêts étrangers identifiés sans lesquels rien n’est possible pour la survie du régime. La guerre médiatique entre les seconds couteaux du sérail indique simplement que rien ne semble être joué. Certains diront que c’est pour amuser la galerie : pour notre peuple, le résultat est le même, les décisions qui l’engagent lui échappe.
C’est ainsi qu’après avoir englouti la somme faramineuse de 1000 milliards de dollars en l’espace de quinze ans, nous nous retrouvons dans une situation qui conduit tout droit vers la cessation de paiement car la problématique de fond reste invariable : les importantes recettes que dégage la rente en temps de forte poussée du baril sont détournés de leur vocation de soutien au développement du pays et à la cohésion de la collectivité nationale. Et là, je ne parle pas spécialement de la corruption. Contrairement à ce que beaucoup croient ou tentent de faire croire, le budget de l’éducation et de la formation, en général, reste dérisoire devant les besoins d’un pays dont les dirigeants assurent régulièrement vouloir mettre la nation sur la voie du développement.
Aucun développement n’est possible sans un investissement lourd dans la formation de la jeunesse. Les Etats-Unis dépensent annuellement 25 000 dollars par étudiant, la France qui est dans la moyenne de l’OCDE lui consacre 11 630 euros. Dans ces comptes, l’argent dépensé par l’étudiant lui-même n’est pas pris en compte ; les financements viennent en majorité de l’Etat (80% pour la France). Est-il raisonnable d’oser une comparaison ? Chez nous, tant que les dépenses englouties par la bureaucratie, l’appareil de répression et les ponctions de rentes déguisées en transferts sociaux continuent dans la même logique de l’économie de rente, aucune réforme sérieuse ne peut être entreprise dans un tel contexte.
Notre projet de programme, qui est devant vous tous, aujourd’hui, énumère les réallocations de ressources pour une économie performante et affranchie de la rente.
Chers amis,
Notre jeunesse est livrée à elle-même, privant notre pays d’un énorme potentiel. Ses frustrations sont nombreuses et légitimes. Mais je sais, nous savons tous, qu’elle n’a pas baissé les bras et que ses attentes sont immenses. Et c’est ensemble que nous pouvons lui rendre l’espoir en jetant les bases du développement qui assurera son émancipation. Ce projet dépasse les capacités et devoirs d’un parti. Nous le conduirons d’autant plus facilement que nous nous associons avec d’autres forces politiques nationales attachées à la souveraineté du pays, à la justice, à la disqualification de tous les extrémismes, à la démocratie et aux valeurs de solidarité et à l’alternance au pouvoir.
Les chantiers à prendre en charge dans l’urgence sont identifiés, il nous faut approfondir nos débats. J’en ai cité quelques-uns, peut-être les plus importants comme la fin de la fraude électorale par l’instauration d’une instance indépendante de gestion de tous les scrutins, l’affinement de la réflexion sur le parachèvement du processus institutionnel et juridique pour le statut de Tamazight, l’éducation dont il faudra libérer l’approche prospective des appétits claniques et des discours triomphalistes. Notre pays a besoin de rattrapages importants dans plusieurs domaines, la réforme du système judiciaire est l’un des préalables à tout redémarrage du pays; nous détaillons dans notre projet de programme l’ensemble des décisions et des mécanismes à mettre en œuvre pour sortir d’une justice assujettie à l’exécutif et à des centres de décision occultes.
En matière de santé, l’objectif est de réhabiliter un système qui garantit l’accès à des soins de qualité pour tous. Cela est possible pour peu que les distributions soient indexées sur la base d’une péréquation équilibrée. Dans ce domaine nous faisons des propositions précises.
Nous savons tous qu’aucun développement ne peut voir le jour sans une politique industrielle qui valorise nos atouts en termes de disponibilités de ressources comme l’énergie dont le mix doit rapidement muer en faveur du solaire. Là encore, il me plait de rappeler que le RCD a été longtemps le seul parti à doter ses instances d’un secrétariat à l’environnement.
De même, le pays a besoin d’une réforme en profondeur de l’agriculture pour sortir du piège du morcellement des terres afin de construire de véritables complexes agro-alimentaires. Tous ces chantiers nécessitent un pilotage qui garantit la cohérence et qui consacre la pleine liberté d’entreprendre dans un environnement transparent où les conflits seront du seul ressort de la justice.
Cette esquisse des chantiers à entreprendre peut redonner espoir et dynamisme à notre jeunesse et, à travers elle, à notre peuple. Notre Rassemblement considère que de telles réformes gagneraient en efficacité et pérennité avec une réforme administrative audacieuse qui tourne le dos à la concentration et à un centralisme stérilisant.
Pour nous, la refondation institutionnelle, de même que la culture de la gouvernance en vue de l’instauration d’une légitimité démocratique fondée sur le droit, ne peuvent plus être différées. Elles imposent, dans l’urgence et à la lumière des bouleversements qui ont marqué le contexte régional, la formulation et la mise en place de modes de gestion politiques en adéquation avec les aspirations d’une Algérie profondément renouvelée. Cette réforme s’intègre dans la politique de l’aménagement du territoire pour mieux appréhender les problématiques sociales, économiques et environnementales des populations en vue d’un développement durable qui dicte de ne pas laisser les seuls mécanismes économiques comme logiques présidant à la décision, notamment en ce qui concerne la localisation des activités, les problèmes d’urbanisation et la lutte contre la désertification. Le tiers du projet de programme politique que vous avez devant vous traite de cette double problématique.
Enfin, notre parti qui souvent interroge le bon sens sur plusieurs sujets, a, toujours, prôné de privilégier et fructifier dans nos actes et dans notre diplomatie notre véritable ancrage historique et sociologique que la géographie dicte d’elle-même. Dans l’histoire, nous n’avons jamais été isolés en Afrique pour substituer à notre voisinage des regroupements idéologiques ou politiciens opportunistes et éphémères.
Nous sommes pour la construction d’une fédération des Etats de l’Afrique du Nord et pour un partenariat privilégié avec les pays du Sahel qui constituent avec nous une entité faite d’africanité, de berbérité et d’islamité.
C’est cette ambition qui stabilisera nos flux migratoires. Les postures nauséabondes qui accusent les subsahariens d’être des vecteurs de violence, de maladies et d’insécurité sont indignes de l’Histoire et du rôle attendu de l’Algérie. En revisitant ce berceau qui a façonné les âmes et les esprits du sous-continent nord-africain, il me plait de saluer une nouvelle fois les délégations de militants venus du Maroc, de Tunisie, de Lybie, du Mali et du Niger…
Mes chers amis,
Voici sommairement décryptées les activités partisanes et les propositions que nous avons défendues devant nos partenaires depuis le congrès de 2012. J’ai esquissé devant vous les axes de réflexions programmatiques que les commissions préparatoires du congrès soumettent à vos appréciations et débats. Vous aurez à vous concentrer dessus tout au long de nos assises. C’est à partir de cela que vous aurez à formuler les quitus moraux, politiques et financiers de notre mandat.
Nos ainés nous l’ont dit et nous nous y tenons. Nous n’avons pas choisi les chemins les plus faciles mais les plus justes.
C’est une immense fierté que de regarder derrière soi, de regarder les autres en se disant en son âme et conscience, je suis resté fidèle à mes convictions, je suis resté loyal envers ceux qui m’ont fait confiance et que j’ai fait tout ce qu’il m’était humainement possible de faire pour honorer cette confiance.
C’est dans cet état d’esprit, label caractéristique et irremplaçable de notre Rassemblement, que je me suis présenté devant vous et c’est avec le même état d’esprit qu’à partir de cette minute, devenu simple militant, je m’associe à vos travaux.

Je vous remercie
Mohcine Belabbas
Alger, le 09 février 2018