Introduction de Mohcine Belabbas, président du RCD, aux travaux du conseil national

0
431

L’Algérie, notre pays, va mal. Elle va mal aux plans financier, économique et institutionnel. Elle va mal aussi car ses jeunes la fuient, ses médecins et ses enseignants sont réprimés comme de vulgaires voyous. Ses médias sont ou bâillonnés ou asservis. Son mouvement associatif est ou étouffé ou caporalisé. Son élite est ou résignée ou contrainte à l’exil. Les syndicalistes et les militants politiques et des droits de l’homme sont traqués, menacés et font l’objet de chantages et de cabales judiciaires. Les femmes sont minorisées ou agressées. C’est peu dire. L’écrasante majorité de notre peuple, notamment notre jeunesse, vit ce constat dans leur chair. Nos jeunes sont réduits à faire le choix entre la Harga dans des embarcations de fortune, ou les interminables chaines par milliers pour obtenir un sésame devant le centre culturel français.

Ces jeunes sont cette écrasante majorité qui se consume tous les jours dans l’anonymat. Ils sont des diplômés de l’université ou de la formation professionnelle qui aspirent à aider leurs familles, fonder un foyer ou réaliser un rêve, et qui se retrouvent, dans un pays pourtant si riche, devant un trou noir.

J’ai choisi d’entamer mon allocution par peindre un tableau de notre réalité, de notre vécu quotidien. Le but n’est pas de dresser un constat que tout le monde peut faire. Nous sommes des militants et militantes, et pour nous, le constat ne vaut que par l’action que nous entreprenons pour imposer le changement. Si j’ai choisi de rappeler l’amère réalité de notre pays c’est pour mieux appréhender l’avenir et tracer notre action, d’autant plus que nous sommes à la veille de notre congrès qui doit redéfinir notre vision et affiner nos propositions en fonction des exigences de l’heure.

Chers amis

Notre parti ne s’est pas constitué pour revendiquer une partie de la rente pour des régions, des franges sociales ou des segments de la société. Ceux qui ont fondé le RCD étaient porteurs d’un projet de société. Un projet de société qui tire ses racines du combat du peuple algérien pour son émancipation, un projet pensé et élaboré dans les luttes de la génération post indépendance et conçu d’abord comme une offre au peuple algérien pour se rassembler et combattre afin de vivre dans la liberté et construire un Etat de progrès qui promeut l’égalité entre tous, c’est-à-dire tous les citoyens indépendamment de leur langue maternelle, leur couleur, leur région géographique ou leur sexe ; c’est donc un projet bâti sur la solidarité. Le préalable à la pérennité de ce projet et de cet idéal est la sauvegarde de notre autonomie. C’est cette autonomie qui nous a toujours permis et nous permet aujourd’hui encore de débattre, à égalité, sur tous les sujets de société et de notre organisation pour prendre des décisions.

Avant de laisser place au débat, je voudrais d’une part réaffirmer et préciser notre analyse sur la situation générale du pays et, d’autre part, formuler une lecture des résultats des élections locales du 23 novembre dernier. Je viendrais ensuite aux enjeux qui attendent notre Rassemblement.

Longtemps exhibés comme un trophée de guerre, la santé financière et les équilibres macroéconomiques du pays se sont effondrés à la première baisse, pourtant prévisible, des prix des hydrocarbures. Près d’une quinzaine d’années d’embellie sans précédent des prix de l’or noir n’a pas suffi au pouvoir incarné par Bouteflika pour atténuer la dépendance du pays vis-à-vis de la rente pétrolière. Il n’a fallu que deux années pour que le représentant du régime, Ahmed Ouyahia, descende à l’Assemblée nationale pour annoncer la faillite financière de l’Etat. Les caisses sont vides ; le fond de régulation des recettes est épuisé et les bénéfices des banques publiques rapatriés au trésor ont été déjà engloutis. Le fameux « si nous ne recourrons pas aux instruments non conventionnels, nous n’aurons pas de quoi assurer les salaires des fonctionnaires pour le mois de novembre » prononcé par Ahmed Ouyahia se passe de tout autre commentaire.

On était au mois de septembre ! Pour parer à l’explosion sociale, le gouvernement amende la loi sur la monnaie et le crédit qui encadre les limites du déficit du trésor auprès de la Banque d’Algérie. Mais comme il faut disposer de l’argent pour maintenir un minimum de train de vie des clientèles, le gouvernement fait sauter carrément le verrou pour actionner sans limites la planche à billets : 1800 milliards de dinars (l’équivalent 20 milliards de dollars) seront imprimés ex nihilo pour la seule année 2018 selon le ministre des finances.

Dans un pays normal, ce bilan qui sanctionne dans les faits toute la gestion depuis le début des années 2000 n’aurait pas donné lieu à un replâtrage par un simple changement de premier ministre, mais à une véritable révolution dans la gouvernance. Malheureusement, on n’est pas dans ce cas de figure, et c’est précisément ce qui nous motive pour combattre encore davantage un régime qui a dilapidé 1000 milliards de dollars pour aboutir à une dépendance alimentaire du pays à hauteur de 70%, une industrie qui végète à moins de 5% du Produit intérieur brut (moins qu’en 2001), et à un ministre du tourisme qui se félicite et fait la Une des journaux au motif que 600 touristes étrangers auraient visités le Sud du pays en un mois.

Chers amis

C’est sur fond de luttes de sérail sur un après 2019 bouteflikien ou d’un autre candidat du système et dans cet océan de déraisons et d’irrationalités d’un pouvoir mu par sa seule survie pour perpétuer sa mainmise sur les richesses du pays que des élections pour les APC et APW ont eu lieu. Nous avons suffisamment communiqué sur les mécanismes de fraude et nous avons plus que jamais la conviction que seuls des scrutins organisés par une instance indépendante de gestion des élections couplé à une mobilisation citoyenne peuvent donner lieu à l’expression souveraine du peuple. C’est une condition pour que la crise de légitimité se dénoue pacifiquement pour enfin construire un Etat de droit.

Cependant, à l’ombre de la répression et de la fermeture du champ médiatique, le pouvoir a malheureusement réussi à polluer le débat et à y aller à contre-courant des aspirations démocratiques. A ce sujet, les expressions du genre « ils sont tous les mêmes pouvoir et opposition », « les jeunes sont dépolitisés, ils s’en foutent des combats politiques » ou bien « contester c’est faire prendre le risque au pays de sombrer dans la violence » …et j’en passe, sont produites dans les laboratoires du système en place. Ces affirmations sont aujourd’hui constitutives du discours de très nombreux partis politiques qui se disent même d’opposition.

La fraude électorale n’est pas un problème technique qu’il s’agit de combattre et de détecter le jour du vote. C’est un processus qui vous handicape d’abord par la répression des activités politiques, puis par l’exclusion médiatique, souvent par l’infiltration de la police politique, ensuite par les triturations du fichier électoral, les entraves dans la confection des listes électorales…pour aboutir enfin à la falsification des résultats. Au même moment, les partis du pouvoir sont sponsorisés politiquement, médiatiquement et financièrement et bénéficient même d’un apport de voix le jour du scrutin. Vous ne trouverez que ceux qui profitent de toutes ces forfaitures pour crier avec le pouvoir que la fraude électorale constitue des cas isolés.

Pour notre part, nous avons suffisamment expérimenté le boycott pour dire que nous ne pouvons pas se payer le luxe de rester en marge de ces événements électoraux en plus du fait que dans nos fiefs nous avons la responsabilité d’agir pour démontrer que la rapine et le marasme instaurés par le pouvoir ne sont pas une fatalité.

Quel bilan doit-on tirer de notre implication dans cette joute électorale ?

Au plan des chiffres, le parti s’est déjà exprimé pour noter les avancées réelles ou relatives enregistrées dans les wilayate de Bejaia, Bouira, Boumerdes, Batna, Tipaza, Sétif ou Illizi. A Tizi Ouzou, nous aurions pu faire mieux au vu de l’activité et de la visibilité que nous avons affichées (marches, implication des militants dans les luttes sociales…). Il s’agit probablement de se pencher sur les méthodes de gestion de nos moyens, de nos structures et des arbitrages pour consolider en priorité nos acquis.

En tout cas dans la plupart de ces wilayate le renforcement organique doit être au centre de nos préoccupations. Par contre au niveau de la capitale, malgré un score plus qu’honorable que nous avons obtenu lors des législatives du 04 mai dernier, même si l’ampleur de la fraude nous a lourdement pénalisée, les locales du 23 novembre ont confirmé les retards énormes dans l’élargissement de notre base militante dans cette wilaya. J’ai eu à maintes reprises à souligner cet état de fait lors de nos précédents conseils nationaux.

Sur cette question et sur d’autres le débat doit avoir lieu dans la perspective du congrès pour que la nouvelle direction élue mette en place des outils pour un véritable déploiement qui tient compte de la nouvelle donne sociologique d’une agglomération qui a changé de fond en comble depuis la fin des années 90. J’ai personnellement des critiques, des observations et des recommandations à faire pour que nos structures organiques reflètent la popularité réelle de nos positions et de nos engagements. Mais, il s’agit d’ouvrir le débat pour que toutes les militantes et tous les militants s’expriment.

Chers amis

Un parti ancré dans la société c’est aussi des perspectives. Depuis la création de notre Rassemblement nous avons fait face à l’adversité du pouvoir avec sa police politique, à l’opportunisme politique et aux forces rétrogrades. L’acharnement contre nous était prévisible car notre projet propose au peuple algérien de changer les paradigmes de la gouvernance. Dans ce parcours de luttes nous avons gagné une identité, des positions qui forcent le respect et une expérience que nous avons le devoir de transmettre.

La fébrilité affichée par le premier ministre lors de ses réponses impertinentes aux interventions de nos députés sur son plan d’action est à lire à l’aune de notre refus de résignation et/ou de soumission. Le peuple algérien connait les sacrifices de nos militantes et militants. Notre peuple connait les offres politiques de notre Rassemblement et sait quelle formation politique a initié un dialogue et rassemblée l’essentiel de l’opposition autour du projet de la transition démocratique. Ce combat ne peut être que l’œuvre de militantes et de militants politiques qui ont donné leur jeunesse et leurs énergies pour la consécration de l’identité algérienne et au respect des droits de la personne humaine. L’entêtement du pouvoir à refuser de réunir les conditions pour que le peuple algérien s’exprime librement est une radicalité qui plombe le destin du pays. Ce refus n’est que l’œuvre des laboratoires des polices politiques qui recourent à la fabrication, l’usage et la promotion d’hommes de pailles pour perpétuer leurs ombres.

Chers amis

Notre Rassemblement doit s’ouvrir à toutes les femmes et les hommes qui portent dans leur cœur un meilleur avenir pour notre Algérie. Il doit s’ouvrir pour offrir à notre jeunesse l’espace de liberté, de formation et de luttes pacifiques pour les droits et la justice….

Notre cinquième congrès ordinaire programmé pour les 09 et 10 février 2018 au Hilton d’Alger doit être l’occasion d’une révision en profondeur de nos statuts. Il s’agit d’introduire des mécanismes pour une meilleure implication des structures de bases dans la prise de décision ; de donner encore plus de place à la représentation féminine, de consolider le rôle des jeunes militants dans l’action et la réflexion et de créer les conditions d’une meilleure participation de notre communauté à l’étranger au renforcement de notre Rassemblement. Il s’agit aussi de créer un cadre de réflexion et d’action collectives pour les élus locaux. La majorité des candidats à la dernière élection ont montré une aptitude à l’action et à l’élaboration d’un discours politique qu’il faudra rentabiliser davantage en dehors des périodes électorales dans la structuration organique et l’animation politique. Il s’agit également de l’introduction de mécanismes statutaires pour la pérennisation d’une école de formation politique.

Désormais, il s’agira de proposer des solutions adaptées aux principaux défis de notre société et d’apporter une réponse moderne à la vie politique de notre pays.

Pour le développement et le progrès
Vive l’Algérie

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY