Monsieur le premier ministre, chers amis invités
Chères camarades militantes et militants ;
Bonjour et bienvenu(e)s
C’est aujourd’hui devenu une tradition, les jeunes du RCD organisent leur université d’été, chaque année durant la rentrée universitaire et sociale. Une autre habitude, dont je tiens à saluer la fidèle constance, c’est la disponibilité des responsables locaux des communes de Souk Lethnineet Aokasqui ne ménageant aucun effort pour nous accueillir dans les meilleures conditions possibles. Au nom de vous toutes et de vous tous, je tiens particulièrement à remercier les présidents d’APC de ces belles et généreuses localités.
Ce regroupement régulier des jeunes est un moment privilégié pour débattre de problématiques qui mettent au centre les perspectives s’offrant à notre pays et de travailler dans des ateliers afin de mieux préparer et armer les militants quand ils sont appelés à intervenir dans leur milieu pour sensibiliser, convaincre et aider au rassemblement du plus grand nombre autour de la défense des revendications et aspirations de la jeunesse et de notre peuple. Le RCD a de tout temps accordé une importance capitale à cette frange de la société par la formation, par son implication dans les centres de décisions et dans les listes électorales du Rassemblement. Au RCD, le débat est libre et nous aspirons à construire un parti à la fois ouvert et jaloux de son autonomie.
Le coordinateur de la jeunesse libre, Nassim Yassa, vient d’avoir 23 ans. Il a pris la direction de votre mouvement à l’âge de 20 ans. Avec vous tous, il a montré que la jeunesse est capable d’engagement militant, d’implication dans la gestion, de perfectionnementdans l’organisation et de pertinence dans la prise de décision. Cela s’est fait parce que nos ainés dans l’action militante se sont montrés disponibles et ont, dans leur majorité, accompagné et facilité votre implication. Je sais que l’essentiel des militants qui ont fait la force de ce glorieux parti par le passé continueront d’agir avec vous, de réfléchir et débattre avec vous parce que, pour eux, le RCD est avant tout une idée, un projet et l’espoir d’un avenir meilleur pour notre pays. C’est la cohabitation entre générations de militants qui assure la continuité et, vous le savez bien, c’est ce qui a fait défaut à notre pays.
Chers amis,
Je voudrais saisir l’opportunité que m’offre cette université d’été pour évoquer les contours de la situation politique nationale et le blocage historique que vit le pays à cause de la dilapidation de son potentiel symbolique hérité des luttes victorieuses de notre peuple.Cette confiscation mémorielle a servi de label et de légitimité qui ont conduit le système à se croire dispenséde valoriser nos potentialités humaines, économiques et naturelles.
La régression des libertés ne cesse de s’aggraver depuis le viol de la constitution en 2008. La répression opposée à l’action associative est désormais assumée au plus haut niveau de l’Etat. A travers son nouveau plan d’action,le gouvernement cherche à rendre systématique le refus d’autorisation aux manifestations publiques par la caution d’une majorité parlementaire aux ordres. Il y est écritqu’« à travers le dialogue entre les Administrations nationales et locales les Pouvoirs publics, œuvreront à rallier les acteurs concernés au respect de la législation et de la réglementation qui régulent notamment, les manifestations sur la voie publiques». La réponse citoyenne par la grandiose marche organisée à Aokas en réaction à l’acharnement des pouvoirs publics à étouffer les cafés littéraires est un message de résistance et une leçon citoyenne qui atteste de l’impact de l’action solidaire quand des acteurs militants de tous les bords fédèrent leurs énergies.
Dans sa démarche originelle, le RCD a toujours refusé de se complaire dans une attitude de commentateur de la scène nationale. Les initiatives et les luttes qu’il a initiées avec leur lot de sacrifices témoignent suffisamment de ce parcours. Souvent, aussi, nos propositions ont été reprises pour être vidées de leur contenu, dénaturées ou réduites à des faire-valoir démocratiques. C’est le cas de la réforme de l’école, de la réforme de la justice ou du rééchelonnement de la dette extérieure en temps opportun. Plus récemment, c’est notre proposition de l’institutionnalisation d’une instance indépendante de gestion des élections qui a fini par être entendue comme la seule initiative à même d’instaurer enfin un arbitrage citoyen dans la vie publique algérienne. Vous savez tous ce que le pouvoir a fait de cette proposition ; il a créé une haute instance de surveillance qui a pris le rôle d’un organe de sous-traitance du ministère de l’intérieur lors des dernières élections législatives.
Ces derniers jours, on assiste sur fond d’une cacophonie dans les plus hautes sphères de l’Etat à une relance médiatiquede l’application de l’article 102 de la nouvelle constitution ; une disposition légale qui peut permettre au conseil constitutionnel d’initier un processus d’empêchement du chef de l’Etat. C’est l’équivalent de l’article 88 de l’ancienne constitution.

A propos de la santé du chef de l’Etat, lors de mon allocution d’ouverture au conseil national de décembre 2012, j’avais indiqué que « son état de santé, qui n’est pas pour l’excuser, le rend incapable de gouverner et sa destitution, en vertu de l’article 88 de la Constitution, est une urgence si on veut freiner la précipitation et l’aggravation de la crise institutionnelle et politique ». On y est en plein ! C’est pour cela quenous avions dit et continuons de dire que si destitution il y a, elle doit s’accompagner d’une mise à plat du système électoral, faute de quoi, nous aurons un nouveau parrain désigné par les mêmes marionnettistes. Est-ce pour dire que nous étions les premiers à préconiser une telle issue pour relancer la vie institutionnelle ? Non ! De notre point vu cette mesure n’était pas suffisante. Dans le même discours d’il y a cinq ans maintenant, j’avais accompagné cette initiative par l’urgence de la dissolution de la police politique par laquelle le régime se maintient à travers un système de surveillance et de contrôle sur les partis politiques, la société civile et plus globalement de toute la population ». Trois mois plus tard nous avons produit une proposition de constitution qui a ouvert le débat sur les réformes structurelles nécessaires pour sortir du statuquo mortifère dans lequel baigne notre pays depuis des années.
Non, le problème n’est pas seulement dans le feuilleton de l’interminable déchéance physique du chef de l’Etat. Ce n’est pas non plus un problème conjoncturel de vacance de pouvoirqu’il faudra combler.Il s’agit d’un problème structurel dans le processus de décisionsà tous les niveaux, de mécanismes de représentationssociales et politiques des citoyens, de légitimitédémocratique des institutions, de refondation des dispositifs de médiation politiqueet d’alternance transparente au pouvoir et qui ont fini par conduire à un déficit de vie politique et un à désintérêt des citoyens de la chose publique. Plus que jamais, la construction institutionnelle et administrative doit être repensée dans son ensemble.

Chers amis,
L’engagement politique n’est pas un métier. C’est une action volontaire consentie pour changer le cours des événements. Pour le RCD, il convient d’agir pour une issue positive et, dans la mesure du possible rapide, à la crise que vit le pays. Notre engagement dans le regroupement d’opposition pour construire une transition démocratique est indiscutable. La plateforme de Mazafran fruit d’une bataille politique de nos militants met au centre des enjeux et les principes qui doivent présider à un vivre ensemble, d’égalité en droits, de solidarité et des mécanismes d’alternance au cœur desquels doit être institué un organe indépendant d’organisation de la compétition électorale. Mais nous ne sommes pas naïfs ; une fois ces principes adoptés par tous, le plus dur est de changer le rapport des forces, à savoir peser pour ramener le pouvoir à la table de la négociation. Je veux le dire devant vous aujourd’hui. Nous n’avons pas été suivis par les autres acteurs de notre regroupement dans notre démarche de mobilisation pacifique. Du reste, ce constat nous l’avons établi publiquement devant les participants à la deuxième rencontre autour de la plateforme pour la transition démocratique.
Il y a des mots ou des expressions qui sont galvaudés. Mais nous sommes bien à la croisée des chemins. Au RCD notre conviction est faite. La transformation du système politique qui oppresse notre peuple ne peut se faire de l’intérieur.Au fur et à mesure des crises successives, tous ceux qui ont accompagné la dérive au motif que le pire était de quitter le navire ont été broyés par la machine. La nomination/renvoi de Monsieur Tebboune du poste de premier ministreindique que le système n’est pas à la recherche d’une orientation politique conforme aux aspirations de la majorité mais toujours dans une phase de reconstruction de ses équilibres internes pour ne pas être débordé par une double crise induite par près de vingt ans de gestion autocratique et une lutte féroce menée autour de la réaffectation des ressources du fait de leur raréfaction.Choisir ou soutenir une faction contre une autre c’est semer des illusions que le changement est possible sans la mobilisation et le combat. Ce n’est ni notre conviction ni notre programme pour aider le peuple algérien à recouvrer sa souveraineté pour, enfin, décider de son avenir.
Depuis 2013, le gouvernement Bouteflika n’arrive toujours pas à compenserla chute des revenus des hydrocarbures. Les difficultés budgétaires ne cessent de s’intensifierpendant que tous les artifices testés ont échoué. La politique énergétique du gouvernement se limite à une augmentation des prixdomestiques du gaz, de l’électricité et des carburants.Le changement du gouverneur de la Banque d’Algérie dont l’objectif non déclaré était de relâcher le contrôle sur le taux d’inflation et d’accélérer la dévaluation du dinar n’a pas suffi pouratténuer le déficit budgétaire. Bien au contraire, cette démarche a précipité l’écroulement de la monnaie. La lutte contre l’économie informelle est un échec patent. Les sommes colossales qui circulent en dehors des circuits bancaires sous forme de liquidités ne cessent d’augmenteret, maintenant le gouvernement veut inonder cette sphère par la planche à billets sous l’euphémisme de mise en œuvre de financements non conventionnels.
Chers amis,
Ce pouvoir ne fonctionne que dans la perspective de la survie du système responsable de la faillite économique, de la paralysie institutionnelle et de l’impasse politique en cours. Sa démarche discrédite de fait toutes les organisations qui lui servent d’exécutants, de relais ou de structures intermédiaires.La polémique médiatique sur la tenue d’une tripartite rajoute encore à une confusion générale qui renforce l’opinion publique dans sa conviction qu’un tel cadre n’est qu’un alibi convoqué à la discrétion et selon les besoins de l’exécutif.
On sait par exemple que depuis la disparition tragique d’AbdelhakBenhamouda, l’actuel SG de l’UGTA n’est, au mieux utilisé, que pour annoncer des décisions prises par le chef de l’Etat quitient toujours à faire savoir qu’il tient en laisse l’aristocratie syndicale de la Maison du peuple. Le RCD a de tout temps dénoncé ce cadre où tous les acteurs sont cooptés pour avaliser des orientations venues d’ailleurs à l’image del’inopérant pacte économique et social récemment ressorti des tiroirs pour servir à des règlements de compte inter-claniques. Nous avons de tout temps estimé que l’UGTA et les organisations patronales qui y siègent sont frappées d’illégitimité au même titre que le gouvernement produit d’un processus électoral frauduleux.
Si aujourd’hui, devant les périls qui s’annoncent, les partis politiques soucieux de l’avenir du pays doivent se mobiliser, se réunir pour agir ensemble, les syndicats autonomes doivent, eux aussi, dépasser l’éparpillement pour se rassembler sur les points qui les unissent ; l’autonomie de leur décision, la défense de l’emploi, l’exigence de la révision du SNMG ou la rentrée dans la tripartite peuvent être des leviers de mobilisation pour réunir le plus grand nombre. Il s’agit ainsi de mettre un terme à cette représentation syndicale factice et pervertie, parce qu’elle s’occupe de tout sauf des problèmes des travailleurs.
Ce sont les points que je voulais souligner pour laisser place à vos travaux. Les conférenciers qui vont me succéder n’ont, en vérité, nul besoin d’être présentés. Sid Ahmed Ghozali, qui n’en est pas à sa première participation à nos travaux, en plus des responsabilités et des positions politiques qu’il a eu à assumer est l’un de ceux qui ont mis en place les instruments de l’exploitation de l’énergie dans l’Algérie indépendante. BelkacemMostefaoui et NacerDjabi, en plus de leur statutd’universitaires, sont reconnus pour leur engagement et leur expertise. Je tiens à les remerciertous pour n’avoir eu aucune hésitation à accepter d’être parmi nous.
Ces sujets revêtent une importance capitale aujourd’hui et il est fondamental que notre jeunesse soit au fait de ces dossiers.
C’est d’échanges libres, sincères et désintéressés qu’a besoin la nation. Le RCD a de tout temps appelé à des débats larges pour une évaluation sérieuse et crédible de la situation politique et socio-économique du pays sans laquelle rien de constructif et de durable ne peut se faire.
C’est dans et avec la libre parole que les Algériens et les Algériennespourront appréhender leurs besoins afin d’entrevoiret de mettre en œuvre les meilleures solutions qui peuvent se présenter à notre paysdans un monde dominé par la globalisation mais aussi l’innovation et dans lequel il y a aussi de jeunes nations qui réussissent.
Je souhaite plein succès à vos travaux
Vive la jeunesse libre du RCD
Vive l’Algérie démocratique et sociale

SoukLethnine le 15 septembre 2017

Mohcine Belabbas