Mesdames, Messieurs Bonjour et Bienvenus
J’espère que vous avez tous passé une bonne fête de l’Aïd. Comme vous le savez, nous avions programmé de tenir notre congrès ordinaire pendant ce week-end. Nous avons même réservé les infrastructures d’hébergement pour cette activité mais le refus de l’administration de donner suite à nos demandes de salles nous a contraint à différer l’événement pour la fin de l’année ou le début de l’année prochaine. Il appartient à cette instance de décider précisément de la date à retenir.

Sous d’autres cieux, le rôle de l’administration est de veiller à ce que les partis légaux et les organisations tiennent leurs échéances statutaires dans les délais réglementaires. En tout cas, dans notre pays, le reflexe du refus d’autorisation pour une activité politique demeure le premier acte de répression contre le multipartisme. Mais passons.

Nous sommes aujourd’hui réunis en Conseil national pour faire le bilan de nos activités, évaluer la situation générale du pays et tracer un calendrier de travail qui inclut l’organisation des élections locales prévues pour le mois de novembre et les préparatifs de la tenue de notre Congrès.

Lorsque nous disions que le pays allait à la dérive à cause d’une politique qui privilégie une stabilité de façade avec l’achat de la paix sociale et la répression des libertés au détriment d’un projet de développement qui réhabilite la planification et la liberté d’entreprendre, le pouvoir et ses relais nous traitaient d’extrémistes qui font le jeu de l’étranger. Aujourd’hui le « Roi est nu ». Le plan d’action présenté par M.Tebboune à l’Assemblée nationale illustre jusqu’à la caricature l’incapacité du gouvernement à présenter un programme qui énonce au moins les sources de financements du patchwork des mesures listées.

A ce sujet, les quelques interventions de députés de la majorité ou apparentés qui sont sorties des louanges habituelles de tout ce qui vient d’en haut, n’ont pas manqué de s’interroger sur les capacités du pays à faire face aux dépenses sans épuiser rapidement le fond de reverses. En effet, en dehors d’une chimérique réforme fiscale qui ne fixe ni l’assiette à atteindre ni les niches à investir comme les grosses fortunes ou l’informel, aucune source précise n’est ciblée pour renflouer les caisses et faire face à un déficit de 16%, soit autour de 25 milliards de dollars hérité de la loi de finance 2017.

Le choix d’alourdir l’ardoise des impôts des entreprises relève d’une vision de courte vue ; cette option de court terme est d’ailleurs confirmée par la recherche d’orienter les ressources disponibles dans des projets de rentabilité immédiate en dehors de toute cohérence d’ensemble. La charge d’impôts supplémentaires sur des contribuables loyaux risque de précipiter nombre d’entre eux, au mieux, dans la compression des effectifs sinon dans l’informel. Cela est d’autant plus plausible au moment où la réduction continue du volume des importations, présentées comme la panacée pour juguler une partie du déficit public, a déjà paralysé une partie du squelettique appareil industriel par l’absence de pièces de rechange ou d’intrants.

Reste la réduction des transferts sociaux c’est-à-dire la branche sur laquelle est bâtie artificiellement la paix sociale. Aucun objectif chiffré n’est avancé ; le chef du gouvernement annonce la constitution d’une commission pour plancher sur le sujet. Pour le RCD, le dialogue avec les partenaires sociaux représentatifs doit être la règle. Cette démarche ne doit procéder ni d’un bricolage de circonstance ni d’une improvisation. Le cadre de la tripartite rénové, c’est-à-dire ouvert aux syndicats autonomes et à toutes les organisations professionnelles et patronales à égalité, est l’instrument idoine.

Au plan plus général, à travers sa démarche de construire avec l’opposition une offre de sortie de crise, le RCD estime que c’est le pouvoir qui refuse le dialogue pour sortir le pays de l’ornière. La grossière fraude électorale du 04 mai 2017 pour envoyer une majorité factice au parlement a des conséquences: les députés cooptés ne servent qu’à polluer les votes de l’Assemblée. Ils ne peuvent convaincre les Algériennes et les Algériens de la nécessité d’adopter d’autres paradigmes.

Chers amis

Comme le pouvoir n’a pas de projet pour la société, ce gouvernement n’a pas de cap. Il n’a que des dogmes éculés à agiter devant les médias. Au lieu de présenter la privatisation d’entreprises publiques et le recours à l’endettement pour financer des projets de développement comme des outils économiques qu’il s’agira d’encadrer pour améliorer les performances et préserver l’emploi, le premier ministre choisit de retourner au vocabulaire des années 70 pour écarter du revers de la main toute notion de privatisation au motif que le maintien d’entreprises dans le secteur étatique est un gage de souveraineté. En quoi, par exemple, l’acharnement à injecter, sans retour sur l’investissement, chaque année, des millions de dollars, ponctionnés dans la rente pétrolière, dans une entreprise de textile ou dans le complexe d’El Hadjar peut-il procéder de la notion de préservation du secteur public ?

C’est ce populisme « à deux sous » mais qui coute tant au pays qui présente l’impossibilité économique du pays de solliciter des prêts extérieurs comme une décision du Chef de l’Etat.

Le RCD n’est pas un défenseur des privatisations à tout prix et dans tous les secteurs. Il n’est pas non plus un partisan du recours à l’endettement en soi. Il est le défenseur de la souveraineté du peuple sur les richesses du pays et de son droit inaliénable à décider de la forme de la gouvernance mais aussi de la liberté d’entreprendre pour le secteur privé. Pour le Rassemblement, la sanction du marché doit s’appliquer pour tous dans tous les secteurs qui ne tiennent pas des services publics de base. Au moment où le pouvoir se gargarise du slogan d’une nouvelle politique économique, un gouvernement responsable et imbu des intérêts du pays aurait dû se présenter avec des dossiers pour ouvrir le débat sur les blocages dans lesquels il s’est enfermé à la faveur d’une rente pétrolière sans précédent. Le RCD considère qu’il s’agit de la seule alternative qui peut permettre de sortir des sentiers battus du couple rente/corruption. C’est le sens de notre programme électoral pour les législatives de 04 mai qui traite dans le détail les réformes à entreprendre, leurs articulations, les rééquilibrages budgétaires à opérer, les secteurs prioritaires à investir pour atténuer la dépendance aux hydrocarbures et les perspectives à long terme du fonctionnement de l’économie nationale.

Chers amis

Lors de ces élections législatives, nous étions les seuls à nous présenter devant les citoyens avec un programme électoral. Nous avons rompu avec les listings de slogans et de vœux qui caractérisent les programmes électoraux de tous les partis politiques. Nous l’avons fait parce que notre parti a produit suffisamment de documents sur l’essentiel des problématiques de la gouvernance d’un pays mais aussi parce que nous sommes convaincus que la responsabilité nous incombe pour imposer le débat sur les questions essentielles au lieu et place de promesses sans lendemains et de prêches populistes.

La campagne électorale de proximité que nous avons privilégiée nous ouvre aujourd’hui des perspectives insoupçonnées pour ancrer le parti dans de larges couches de la société. Car indépendamment des conjonctures, l’objectif est cela. La tournée que j’ai effectuée tout au long du mois juin dans différentes localités de Kabylie qui ont connus une affluence citoyenne nouvelle et une participation massive aux débats sur des questions variées, les comités de soutien à Alger qui ont mué en sections du parti et les contacts que nous avons repris dans plusieurs wilayate du pays nous mettent devant nos responsabilités pour offrir un cadre de luttes aux citoyens en ouvrant le Rassemblement aux forces vives du pays.

Je suis convaincu que le travail que nous avons accompli ensemble pour sortir le parti de l’isolement et de clichés entretenus par le pouvoir et nos adversaires est la voie à poursuivre. Cette orientation et notre autonomie de décision font notre force. Un mois après notre entrée à l’Assemblée nationale, nous avons et nous sommes les seuls à avoir un bilan. Nous avions déjà élaboré deux projets de textes de loi pour réduire le champ de l’immunité parlementaire aux seuls actes politiques des députés et pour initier une commission d’enquête sur la gestion du Club des Pins.Plus près de nous, vous avez tous suivi la polémique sur l’usage de Tamazight dans les débats de l’APN. Nous n’avons jamais considéré que la reconnaissance de Tamazight et la promotion de notre identité nord africaine relèvent des désidératas et des agendas du pouvoir. Nous sommes les héritiers d’Avril 80. Notre combat est de léguer aux futures générations des convictions : le modèle démocratique; une méthode : la mobilisation pacifique ; une perspective : la construction d’une société d’égalité en droits, de solidarité et de respect de la personne humaine.

Je vous remercie. Le débat est ouvert.

Vive le RCD.

Vive l’Algérie.

Alger, le 30/06/2017

Mohcine Belabbas

Président du RCD