Le gouvernement Tebboune “hérite d’un bilan économique et social catastrophique” et doit “affronter une crise multiforme”, a estimé le RCD.

Le secrétariat national du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), réuni hier à Alger, a affirmé que le gouvernement de Tebboune a hérité d’une situation catastrophique et d’une crise multiforme que traverse le pays, d’une part, et d’un état de dysfonctionnement grave qui règne au plus haut sommet de l’État, d’autre part. Partant d’un constat politique peu reluisant, le RCD a indiqué que “le coup d’épée dans l’eau de l’élection législative et la cacophonie qui a suivi la formation du gouvernement Tebboune paralysent l’action d’un pouvoir déjà rongé par la politique du statu quo”.

Le parti qui citera, à titre illustratif, le dernier scandale relatif à la nomination au poste de ministre du Tourisme de Messaoud Benagoun qui aura vérifié à ses dépens ce malaise au sommet de l’État, estime que cette affaire “est révélatrice, une fois de plus, d’un dysfonctionnement grave au sommet de l’État. Le silence observé par le Premier ministre accrédite la thèse que ce dernier est déjà prisonnier de luttes d’intérêts opaques”. Pour le RCD, le gouvernement Tebboune est affaibli à cause du lourd passif de son prédecesseur. “C’est un gouvernement affaibli et qui hérite d’un bilan économique et social catastrophique qui doit affronter une crise multiforme.

De plus, l’annulation de nombreux projets de développement ou d’infrastructures comme les hôpitaux ou les établissements de formation, conjuguée au gel des salaires, à l’inflation et à une dévaluation importante de la monnaie nationale annihilent toute chance d’une période de grâce”, écrit le RCD. Les retombées d’une telle situation sont perceptibles à bien des égards, estime le parti qui relève que “pendant que le gouvernement se mure dans le silence, les conflits sociaux et les protestations citoyennes s’amplifient”, avec cette nouveauté notée par le RCD, à savoir l’implication de la société civile pour défendre l’investissement privé productif. “La mobilisation contre les entraves bureaucratiques opposées à l’essor du groupe Cevital dans la wilaya de Béjaïa doit être prise pour ce qu’elle est. Un signe de vitalité contre la marginalisation économique de la région”, relève le RCD qui se félicite, par ailleurs, de “l’implication” de ses militants et élus “pour exiger des pouvoirs publics l’application de la réglementation et l’encouragement de l’investissement”.

Au registre des conflits sociaux, le RCD dénonce une démarche loin d’être cohérente, encore moins productive, essentiellement marquée par “l’austérité imposée par le pouvoir”. Une austérité, déplore le RCD, “exclusivement supportée par le monde du travail, les jeunes et les petites entreprises, voire les entreprises familiales”. Pour ce parti, “le dialogue le plus large avec les représentants de ces catégories sociales, à commencer par les syndicats autonomes”, est le seul garant d’une politique de redressement national. Tout en assurant de sa solidarité l’ensemble des forces vives, le RCD met en garde le gouvernement “contre la poursuite de la politique de marginalisation” et dénonce “les pressions exercées contre les syndicats autonomes et les procédures judiciaires à leur encontre”.

Le RCD est revenu, par ailleurs, sur les événements en cours dans le Rif marocain, saluant “la mobilisation pacifique pour la liberté, la dignité et la justice sociale” et condamne la répression opposée à ces revendications citoyennes légitimes. Il estime qu’“en Algérie et au Maroc, l’obstacle au développement est le maintien de pouvoirs autocrates par l’exclusion des citoyens de la gestion des affaires de la cité et la promotion de la politique de division”, avertissant que “cette politique qui s’appuie sur la terreur ne peut qu’engendrer le chaos”.

FARID BELGACEM

Source: liberté, 3 juin 2017