Sortir de la logique des clans

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Le Secrétariat national du RCD s’est réuni en session mensuelle à Alger, le 30 juin 2016. Il a examiné la situation organique du parti à la lumière des activités et de la campagne d’adhésions- ré-adhésions lancée le mois de janvier dernier pour l’année 2016. Les membres de l’exécutif estiment que l’engouement des citoyens à participer à nos activités, à l’instar des marches et meetings, et à venir débattre lors des nombreuses conférences que les structures du parti ont organisé durant le mois d’avril et tout au long de ce mois de Ramadhan démontrent, à la fois, l’intérêt et l’espoir des populations pour un dénouement pacifique de la crise politique, l’ancrage social de notre Rassemblement et la pertinence de nos propositions.

Lors de cette session de l’exécutif, l’allocution d’ouverture des travaux du président du Rassemblement a donné lieu à un débat autour des inquiétudes pressantes des populations. C’est, en effet, un pays livré à des menaces multiples que la fin de règne chaotique de Bouteflika lègue aux Algériennes et aux Algériens. L’Algérie n’est plus seulement une proie qui exacerbe les luttes de clans et les appétits des factions ; les déséquilibres régionaux flagrants et les injustices alimentent le sentiment d’exclusion d’une jeunesse vouée au chômage ou à  l’expatriation. Jamais l’unité de son peuple et l’intégrité du pays n’ont été aussi menacées depuis le recouvrement de l’indépendance, y compris pendant la période noire du terrorisme qui a, au demeurant, suscité la mobilisation citoyenne pour la sauvegarde de l’Etat républicain.

Au plan des libertés, l’obsession d’organiser une succession à vase clos qui garantit la pérennité de la mainmise des clans au pouvoir sur le pays est incompatible avec le maintien des quelques espaces chèrement arrachés et exhibés, il y a peu, comme un faire-valoir démocratique. Le verrouillage projeté de la vie publique qui compromet et engage la mise au pas des médias privés, qui continuent de refuser de monnayer leur ligne éditoriale, augure des lendemains incertains. Le RCD réitère, à cette occasion, sa solidarité avec le collectif des journalistes d’El-Khabar et appelle à la libération inconditionnelle des personnes poursuivies par la justice dont leur détention provisoire est aussi injuste qu’anachronique.

Aussi, l’adoption à la hussarde par un parlement, de surcroit illégitime, de lois restreignant l’exercice d’une catégorie du peuple algérien de ses libertés, les militaires en retraite en l’occurrence, ainsi que de nouveaux dispositifs liberticides préparent les futurs hold-up électoraux d’un pouvoir politique qui a fait définitivement le choix de l’isolement. Une obstination qui explique, on ne peut mieux, le rejet de la proposition de l’opposition portant sur la création d’un organe national de gestion électorale indépendant à même de protéger la transparence et la probité des suffrages.

Au plan social, l’érosion grandissante du pouvoir d’achat de larges couches de la population n’est pas le résultat direct de la crise financière, encore moins, une fatalité économique. Elle résulte du choix du gouvernement de faire supporter sa gabegie et ses errements aux couches les plus fragiles tels que les salariés, les retraités et la jeunesse. L’arrogance d’un patronat privé dont les seuls faits d’armes sont l’accaparement au grand jour de la commande publique et le pillage des ressources de la nation, accélère la désagrégation de l’autorité de l’Etat. A l’instar des barons du régime qui narguent la justice, pillage et impunité sont les ferments des dangers qui guettent la stabilité du pays et la pérennité de l’Etat.

La persistance de la répression contre les syndicats autonomes et leur exclusion des réunions tripartites, en violation des lois en vigueur, faussent le dialogue social. Le RCD estime que les travailleurs qui ont accompli les années légales de cotisations ont le droit de postuler à la retraite sans condition d’âge. Par contre, toute autre réforme à ce sujet impose d’associer l’ensemble des représentants des salariés au même titre que les organisations des employeurs (publiques et privées) et de mettre fin à l’accaparement de la gestion des caisses sociales par la direction de l’ex syndicat unique, l’UGTA. L’équilibre de la caisse nationale des retraites appelle d’abord le recouvrement de toutes ses créances et une gestion transparente sous le contrôle des représentants légitimes des salariés.

Le RCD, qui a eu l’occasion de s’exprimer sur le projet du code de travail, rendu public il ya plus d’une année, estime que les mutations économiques ne peuvent constituer un alibi pour la précarisation du monde du travail et considère, corrélativement, que l’association des syndicats autonomes à la préparation et à l’adoption du texte est le moyen idoine pour réunir les conditions de son acceptation par les salariés.

Sur le registre économique, le nouveau modèle pour sortir d’une économie de rente, maintes fois évoqué, ne semble être qu’une éternelle recherche d’argent frais pour limiter les ponctions dans le fonds de régulation des recettes. L’échec des tentatives de réintégrer l’argent de l’informel et celui de l’emprunt obligataire qui vire désormais à des injonctions administratives aux assurances, aux banques et autres caisses, comme la CNR, démontre que sans projet et vision économique, il est vain de prétendre mobiliser les capitaux et les forces vives du pays. Dans les faits, le gouvernement n’a d’autre ambition que de passer le guet en consolidant son budget de fonctionnement pour continuer à subventionner la paix sociale et entretenir ses clientèles allant jusqu’à l’annulation pure et simple de projets programmés (CHU, pétrochimie, rail…).

Sinon, comment peut-on prétendre assainir le marché informel par la simple « chasse » policière des revendeurs dans les places publiques, comme ce fut le cas à Annaba, alors que les barons du régime siphonnent les rentrées en devises du pays pour approvisionner boutiques et trottoirs ? Comment peut-on convaincre les habitants des villages de Kabylie de subir des pénuries récurrentes d’eau, durant toute l’année, alors qu’on livre illicitement les lieux de pompage (les oueds) aux barons des travaux publics pour puiser sable et agrégats en violation flagrante des lois régissant la protection de l’environnement et la préservation des nappes phréatiques ? Comment peut-on concevoir une relance de l’économie pendant que la justice est ligotée et reste impuissante face à la dilapidation des biens de la collectivité nationale alors que des citoyens croupissent dans les prisons pour leurs opinions ou leurs engagements politiques ?

Pour le RCD, cette situation n’est pas une fatalité. La mobilisation des syndicats contre les réformes unilatérales du pouvoir, l’attachement des partis de l’opposition à l’organisation d’une transition pacifique et démocratique, la mobilisation des citoyens contre les atteintes à la liberté de la presse ou la dénonciation unanime qui a suivi les défaillances intrinsèques au système dans l’organisation de l’examen du BAC démontrent qu’une autre voie est possible.

Enfin, le Secrétariat national du RCD estime qu’il est encore possible de sauver le pays du chaos et de la violence auxquels mènera inéluctablement la poursuite de la politique en cours. Les défis qui se posent dictent de sortir d’une gouvernance laminée par la logique des clans et imposent la recherche d’une issue pacifique et démocratique à la crise de légitimité.

                                                                                Alger le 01 juillet 2016

Le Secrétariat national du RCD