Mesdames, Messieurs bonjour et bienvenue,
Nous tenons notre Conseil national dans un moment de grande confusion politique aggravée par une paralysie de l’économie nationale qui menace les bases matérielles de la nation.
Le RCD n’est pas le seul à le dire : tous les signaux sont au rouge notamment les agrégats macroéconomiques jusque-là irrigués par la rente pétrolière. Le pouvoir les brandissait, il n’y a pas si longtemps, comme un trophée de guerre, un label de la pertinence de ses choix. Une façon de fermer la porte au débat et de disqualifier les opposants qui ont anticipé la crise actuelle et osaient tirer la sonnette d’alarme.
L’investissement est en chute libre. Les Pouvoirs publics abandonnent l’essentiel de projets dont les crédits ont pourtant été votés. Un climat des affaires délétère rebute entrepreneurs nationaux et étrangers. Le manque de vision, l’absence d’un projet économique liant agenda et objectifs à atteindre confinent les initiatives de l’Exécutif à une simple recherche de liquidités pour ne pas rogner davantage sur des réserves déjà sévèrement sollicitées. La valeur du dinar se déprécie de jour en jour ; les prix des produits et services augmentent. Les banques obéissant toujours aux injonctions du pouvoir pour prêter main forte à des barons spéculateurs se lancent dans un emprunt obligataire. A l’instar de l’opération de mise en conformité de l’informel, cet emprunt dont l’échec annoncé est en passe d’être maquillé par l’argent des caisses sociales et l’obligation faite aux salariés d’y souscrire. Le ministre du Travail a même décidé d’impliquer des mutuelles sociales et des Caisses de sécurité sociale dans une souscription que, ni le taux d’intérêt ni le cours du dinar, ne peut garantir un placement rentable. Cette démarche illustre les improvisations d’un gouvernement brutalement en proie à un aveuglement qui l’a éloigné de toute évaluation critique.
Dans les faits, l’appel au patriotisme et à la générosité des Algériennes et des Algériens est, pour le moins, déplacé. Comment espérer convaincre le citoyen de s’impliquer dans cette opération, mettre son argent dans les banques ou même pousser les barons de l’informel à bancariser leur argent quand les membres du gouvernement eux-mêmes ont fait le choix inverse : placer leurs avoirs dans des banques étrangères ou pour certains dans l’offshore. La valeur d’exemple qui pouvait atténuer une grave crise de confiance n’est toujours pas à l’ordre du jour. Oui… il faut éveiller le sens patriotique de nos dirigeants.
Chers amis,
Le Premier ministre a choisi ce moment pour inviter les Algériens à se remettre au travail. De nouveau, un autre slogan creux… Sans lendemain.
– Remettre les Algériens au travail passe d’abord par la sauvegarde des emplois existants et ensuite en créer de nouveaux en plus grand nombre au profit d’une jeunesse massivement broyée par le chômage (30% selon les récents chiffres de l’ONS).
– Remettre les Algériens au travail implique aussi un gouvernement capable de résoudre les problèmes et non les générer pour faire diversion et entretenir des polémiques à des fins claniques.
– Remettre les Algériens au travail, c’est aussi chercher à sauver les entreprises en difficulté notamment par la promotion de partenariats publics-privés.
– Enfin, remettre les Algériens au travail, c’est instaurer un climat des affaires encadré par des lois applicables à tous, libérer la commande publique de la mainmise de maffias institutionnalisées, encourager des porteurs de projets, rassurer les capitaines d’industrie, promouvoir l’investissement dans l’éducation, la recherche et l’innovation. Tout le contraire de la démarche officielle du pouvoir actuel.
Chers amis,
C’est à tout cela qu’un pouvoir réellement représentatif doit s’atteler ; le système rentier ayant plongé notre pays dans une totale régression économique, une insécurité périlleuse et une grave dépendance alimentaire. De ce fait, il a perverti normes du mérite, repères sociaux et valeurs éthiques de la société.
Endiguer cette déliquescence sociétale ne peut en vérité qu’être l’œuvre d’un pouvoir au préalable légitime : c’est-à-dire un pouvoir comptable de son action, de ses résultats et tirant sa légitimité d’élections crédibles et transparentes organisées par une instance indépendante.
L’heure est grave ! Le fossé qui s’est davantage creusé entre les institutions de l’Etat et la société menace jusqu’à notre devenir. Dans l’étape que nous traversons, rendons hommage, sans démagogie aucune, à la retenue et au sens patriotique de notre population qui a su retenir sa colère devant les dérives d’un Exécutif qui a perdu tout sens de la mesure.
Alors que le pays est livré à des incertitudes et périls induits à la fois par l’échec d’une gouvernance despotique et une situation régionale préoccupante, le système politique qui a ruiné notre pays se livre à une lutte de clans indécente. Chacun espère convaincre être le seul en mesure d’arrimer notre destin, qui à la France, qui aux Etats Unis. Dans cette vente aux enchères du pays, ils considèrent le citoyen comme un sujet sans voix.
Voilà où en est l’Algérie ! Pendant que les populations s’interrogent légitimement sur leur devenir en proie à un chaos envahissant, du fait de la baisse des prix des hydrocarbures, des menaces sur notre sécurité et de l’impotence du chef de l’Etat, le pouvoir s’échine à rythmer la scène politique avec des acteurs du sérail qui vantent leur préférence américaine ou leur proximité avec la France.
Voila où le système politique qui a confisqué notre souveraineté depuis 1962 a conduit le pays : c’est-à-dire une Algérie officielle qui se débat entre une allégeance à l’ancienne puissance coloniale et une offre de reprise par le gendarme du monde.
Cette Algérie de la soumission… nous nous n’en voulons pas. Nous voulons une Algérie de la dignité… digne des sacrifices de ses martyrs, digne des sacrifices de ses enfants, digne de son Histoire.
Chers amis,
J’ai choisi de commencer et de m’attarder sur le volet économique et social car la situation à ce niveau est des plus alarmantes. D’autres aspects de la situation générale du pays ne sont guère plus rassurants.
La nouvelle constitution promulguée en vue « d’approfondir le processus démocratique » selon le chef de l’Etat se devait d’apporter plus d’apaisement à défaut de légalité et de transparence surtout dans le fonctionnement des centres de décision stratégiques. Aucun geste n’est venu accréditer une quelconque volonté du pouvoir pour aller vers le règlement des problèmes. Le maintien en détention « provisoire » – durant plus de dix mois- de citoyens accusés de délits politiques, à l’instar de ceux du Mzab, est symptomatique d’un aveuglement total du pouvoir. Le secrétaire national du RCD, Nacerdine Hadjadj et Nordine Krouchi en font partie. Plus dramatique, les décès de détenus rapportés par la presse et leurs avocats doivent nous alerter au plus haut niveau.
Beaucoup d’entre vous, membres du Conseil national peuvent apporter des éléments de débats sur tous ces sujets.
Chers amis,
Le RCD est un parti qui a gagné le respect et l’estime dans ses propositions et son action. Maintenant, dans ce rendez-vous de l’instance dirigeante du parti il y a lieu aussi d’évaluer notre intervention. Fruit d’une dynamique militante constante, les actions organisées par notre Rassemblement durant les quatre derniers mois renseignent sur l’Etat d’esprit qui règne dans les structures du parti et la volonté du militant du RCD de se battre et d’agir pour son pays.
Le meeting que nous avons organisé à la salle Atlas le 13 février dernier a démontré, au-delà de notre capacité à mobiliser, que l’intérêt des citoyens à participer à la vie politique demeure intact. A travers notre présence dans l’instance de concertation et de suivi de l’opposition, en particulier lors de la conférence du 31 mars, nous avons démontré que le RCD est dans une dynamique de changement par son ancrage et ses propositions. L’afflux des citoyens aux marches et conférence-débats organisées par les structures régionales du parti durant le mois d’avril signe un engagement renouvelé de notre combat pour l’amazighité, les libertés, la justice sociale et la démocratie.
La première quinzaine du mois de mai a aussi été riche en activités. Le Colloque international sur l’économie et l’intégration nord-africaine que nous avons tenu le premier mai dénote, par la présence quantitative des participants et le haut niveau des débats, que nous pouvons constituer un pôle de réflexion et de rénovation pour changer le cours de notre économie.
La rencontre organisée par notre aile jeunesse, le 07 mai à l’occasion de son premier anniversaire, a été également un moment de formation spécifique sur des questions essentielles. Six jours plus tard, c’est plus de 600 femmes militantes qui ont mis en place une nouvelle organisation à l’occasion des assises nationales tenues à Zeralda.
Fidèle à ses valeurs et principes, le RCD active et renforce ses structures. Il anime, propose et communique sur les grandes questions de l’heure.
L’activité organique n’a pas été en reste. Les secrétaires nationaux ont continué à sillonner les différentes wilayas du pays pour évaluer, écouter, débattre et mettre en place de nouvelles structures notamment dans les wilayas du Sud.
Cette vitalité, cette dynamique doivent être amplifiées. L’année 2017 sera une année chargée en évènements et échéances politiques. Le 5éme Congrès sera l’occasion d’une révision en profondeur de notre fonctionnement, mais aussi d’une rénovation de notre projet qu’il faudra adapter notamment à la nouvelle situation économique et sociale et à notre environnement géopolitique en pleine effervescence.
Nous avons depuis longtemps gagné la bataille des idées. Nous sommes en train de gagner la bataille de l’action. Il nous reste à gagner la bataille du rapport de force politique. L’heure est venue de provoquer une recomposition du champs politique en faveur et autour de l’opposition.
C’est la seule chance pour l’Algérie d’éviter le chaos.
Nous avons beaucoup fait dans une conjoncture de grandes difficultés et incertitudes qui ont démobilisé voire tétanisé d’autres forces politiques. Nous savons que nous pouvons faire plus, faire mieux : ce que le RCD peut faire, personne d’autre ne peut le faire. L’alternative démocratique est le seul chemin de l’espoir.
Je vous remercie
Mohcine Belabbas, président du RCD