Mesdames, Messieurs bonjour et bienvenue

Ce colloque sur l’économie, nous l’organisons au moment où notre pays est plongé dans une crise financière qui complique un état des lieux déjà peu reluisant.
En vérité, cette crise intervient également à un moment marqué par de multiples incertitudes et, davantage encore, par un climat politique délétère. Aujourd’hui, l’ampleur de la corruption, de la fraude, de l’évasion fiscale, du blanchiment et des transferts illicites d’argent ont jeté l’opprobre sur l’ensemble des institutions exécutives, parlementaires et judiciaires. Les scandales de corruption touchent les institutions, des membres du gouvernement ; ils font partie de la gestion officielle et semblent même être les marqueurs d’une gouvernance qui a tourné le dos à l’intérêt général. Pour eux, « la lutte contre la corruption participe de la déstabilisation de l’Etat ». La paralysie de l’appareil judiciaire devant tant d’outrances sévissant à tous les niveaux vire vers la consécration d’une impunité de fait pour tout le personnel politique dirigeant.
Ces défaillances récurrentes ont engendré un ras-le-bol généralisé. La mainmise des clientèles du pouvoir en place sur les marchés publics, le contournement de la loi pour s’enrichir et l’affichage ostentatoire de biens acquis dans les circuits de l’administration sont des réalités que nul ne peut nier. Dans les faits, il s’agit bel et bien d’une privatisation des institutions au profit d’une faction dont le leitmotiv est d’aspirer, avant leur asséchement, les richesses de la nation. Cette mainmise sur les centres de décision jette l’écrasante majorité des Algériennes et des Algériens – à commencer par la jeunesse- dans la marginalisation et la rancœur.
Dans un tel climat, la cherté de la vie, la corruption et la frustration des nouvelles générations éloignent de plus en plus les citoyens des institutions de l’Etat. Cette dérive, alors que le pays n’a même pas encore tourné la page d’une décennie trouble et douloureuse d’un terrorisme barbare, risque de détruire les ultimes ressorts de la société. Cela avec des conséquences fâcheuses sur notre devenir commun.
Chers amis,
Notre colloque s’inscrit donc dans cette conjoncture particulière que vit l’Algérie. La baisse des prix des hydrocarbures vient nous rappeler de manière dramatique notre dépendance vis-à-vis de cette ressource naturelle. Cette rente devait nous permettre de construire graduellement et sans grands heurts sociaux une économie de production valorisant nos atouts. Elle a malheureusement inhibé l’effort et l’innovation. Les politiques populistes, l’achat de la paix sociale érigés en stratégie de gouvernement ont dévalorisé la planification et marginalisé les compétences au profit d’urgences forcément opportunistes et politiciennes durant une quinzaine d’années.
Nous savons tous que notre appareil économique ne fonctionne que grâce à des importations massives de biens d’équipements, de services et de produits finis ou semi-finis ; quels que soient les choix à effectuer pour alléger cette facture, faute d’entrées financières, le résultat ne peut être qu’un ralentissement de l’activité, un chômage accru et des restrictions encore plus drastiques qui impacteront la jeunesse et les couches sociales les plus vulnérables.
Ce drame ne manquera pas de provoquer des dommages sociaux et politiques au plans national et régional. A l’origine, ce sont les anachronismes d’un système politique ayant conçu sa survie au détriment du destin de la nation. Cet autisme politique a aussi isolé l’Algérie de son environnement géopolitique, bloquant ainsi des perspectives stratégiques qui auraient pu engendrer une dynamique de développement. Dynamique, dans laquelle le marché, changeant d’échelle et de nature, pouvait assurer un élan commercial et économique qui nous insère dans de meilleures conditions dans la mondialisation.
Chers amis
Notre Rassemblement ne mise nullement sur le chaos économique et social pour reconstruire un système politique plus juste émanant de la volonté populaire. Au contraire, nous pensons que des populations mieux éduquées, plus autonomes matériellement conditionnent l’émergence des valeurs de liberté, de démocratie et de citoyenneté. Ces valeurs s’imposeront devant l’arbitraire et l’extension des archaïsmes.
Notre rencontre s’inscrit dans la recherche des voies et moyens qui aident à tracer des nouveaux chemins qui conduisent à un développement durable et partagé. Le débat est à engager. Chacun peut avoir une opinion à ce sujet ; mais nous pensons qu’au delà de nos différences, il y a des dénominateurs communs qui nous rassemblent : à commencer par la promotion de l’intérêt général et le devoir d’alerter l’opinion publique sur des périls imminents.
Le système politique qui nous opprime depuis l’indépendance a perverti jusqu’au sens des paradigmes universels. La démocratie, le pluralisme, les libertés ou la citoyenneté sont pollués, interprétés à l’aune de sa perpétuation. Il en est de même de la stabilité que l’on brandit devant des partenaires étrangers pour se poser en sous-traitants de leur demande sécuritaire et aussi pour leurrer l’opinion publique nationale.
Pour le système en place, le salut de l’Algérie est dans cette stabilité réduite au maintien des mêmes dirigeants et des mêmes pratiques, toutes alimentées par des fraudes électorales à répétition et une répression tout azimut.
Qu’est-ce que la stabilité ? comment la construire ?
Vous n’êtes pas sans savoir que la stabilité est d’abord un projet crédible aux yeux de la population. C’est un projet économique et social, une assise financière saine, davantage encore un déploiement stratégique et politique intégrant toutes les opportunités et prévenant les contraintes de notre environnement.
La stabilité économique se nourrit de la diversification de la production, de l’investissement dans l’industrie et les infrastructures, d’un secteur bancaire encourageant le financement de la production nationale, d’une agriculture intensive… c’est nécessairement le démantèlement des rentes bureaucratiques. La stabilité dépend aussi de notre capacité à promouvoir avec nos partenaires extérieurs une saine circulation des capitaux, des biens, des personnes et des connaissances.
La stabilité financière implique une évaluation rigoureuse de notre système financier toujours gangrénée par l’informel et les passe-droits…
Comment peut–on parler de stabilité lorsque plus de la moitié des transactions financières se réalisent en dehors des circuits légaux ? La transparence est le seul antidote qui puisse minimiser les risques de détournement et de recyclage de l’argent noir. La rationalisation des dépenses publiques est à même de relever les défis systémiques de l’évasion fiscale, laquelle dépouille les contribuables de dizaines de milliards de dollars chaque année occasionnant un manque à gagner fort préjudiciable. Ce préjudice hypothèque le financement des missions d’utilité publique telles la construction d’écoles, de voies ferrées, d’hôpitaux, d’infrastructures culturelles… Enfin et surtout, nous sommes mis en demeure de concevoir une politique budgétaire qui encourage la croissance et surtout les réformes structurelles pour ouvrir de nouveaux marchés…
La stabilité juridique garantit la protection des investisseurs nationaux et étrangers, établit des conditions transparentes pour stimuler la compétitivité des entreprises et facilite leurs accès aux capitaux et aux marchés.
La stabilité sociale suppose aussi bien une administration publique que des institutions sociales efficaces qui garantissent l’intégration des jeunes dans un système qui les forme, les protège, les prépare à l’insertion économique. Sur une population de 40 millions d’habitants, 22 millions ne dépassent pas les 30 ans et le chômage affecte 30% des jeunes de moins de 30 ans.
Enfin, la stabilité politique reste la mère de toutes les précédentes. Elle résulte d’élections libres, transparentes, périodiques gérées par une instance indépendante. Elle nécessite le renforcement continu de l’Etat de droit, la garantie d’une participation citoyenne laquelle repose sur la liberté d’association, la liberté d’expression et enfin l’obligation pour les dirigeants de rendre des comptes.
C’est cela la stabilité, celle qui met en avant une lutte implacable contre le terrorisme international, contre le crime économique et renforce les relations diplomatiques et les partenariats avec notre voisinage immédiat.
Chers amis
Pour le RCD, c’est comme cela que l’on peut garantir la stabilité, rétablir la confiance toutes les deux indispensables à la paix et au développement lesquels motiveront les acteurs des institutions, les élus, les entreprises et les citoyens.
Oui, pour le RCD, une autre gouvernance est possible. Elle passe surtout par une crédibilité politique, une mobilisation des énergies dans une stratégie déclinée sur la recherche d’actions à mettre en œuvre à court terme et de réflexion à plus long terme sur les potentialités les plus prometteuses à explorer.
Les thèmes que nous avons choisi pour cette journée nous permettront de débattre, d’une part, des instruments de mobilisation de moyens financiers et d’autre part, des conditions d’une transition d’une économie de rente à une économie de production.
Pour parvenir à la réalisation de ce nouveau destin, nous avons une conviction : l’avenir de notre pays est inséparable de l’espace nord africain.
Malgré des malentendus et des insuffisances, nos ainés ont compris que la solidarité entre nos pays était l’une des conditions qui allait mener à la libération de nos nations. Ce qui avait été souhaité pendant l’occupation coloniale devient aujourd’hui une condition essentielle de notre développement, de la sécurité de notre région, de l’émancipation de nos peuples : nos peuples doivent apprendre à se reconnaître, s’apprécier, s’aider… L’après-midi, nos travaux seront consacrés à une table ronde sur le cout de la non intégration nord-africaine. Cette grande ambition a été contrariée, quand elle n’a pas été diabolisée, par des calculs sordides de clans maffieux.
Au-delà des nombreuses études qui chiffrent les pertes économiques de ce blocage, le RCD inscrit son action dans une régionalisation qui redonne du sens aux territoires à travers l’institution d’une Fédération des Etats d’Afrique du nord… Une Afrique du nord démocratique. A rappeler, toutefois, que l’intégration régionale est avant tout une stratégie pour la croissance économique, le développement des marchés, la création d’emplois, l’amélioration des conditions de vie. La proximité géographique, l’identité commune, l’Histoire partagée facilitent cette intégration d’autant que la conjoncture et les tendances lourdes sont à la construction d’ensembles humains administrés dans une décentralisation libératrice des compétences, face aux impératifs de la mondialisation.
Nos conférenciers d’aujourd’hui ont une expérience et un parcours qui autorisent une lecture fine et pertinente des enjeux économiques. Par leur formation, leur expérience dans l’enseignement et dans la gestion managériale, par les documents chiffrés auxquels ils ont accédé, les forums internationaux auxquels ils ont participé ; tous peuvent nous aider à mieux comprendre les blocages de nos économies, ouvrir des pistes sur les solutions à envisager pour parer à l’échec économique et au sous -développement endémique.

Enfin, je ne pourrais terminer mon allocution sans évoquer la symbolique de cette date du premier mai. Cette date, avant d’être adoptée comme la journée internationale du travail, célèbre les luttes pour que le développement économique soit la base d’une société plus juste.
Le RCD qui se revendique des luttes du mouvement national pour l’émancipation et l’indépendance s’inscrit aussi dans le combat de la social-démocratie pour un monde de paix, de progrès, de droits sociaux qui consacrent la citoyenneté pour tous.
Je vous remercie.
Sidi-Fredj, le 01/05/ 2016
Mohcine Belabbas
Président du RCD