Meeting de Mohcine Belabbas, président du RCD, le 13 février à la salle Atlas

67
Mesdames et messieurs bonjour
Permettez-moi d’abord de vous saluer et de vous remercier de croire encore et toujours au « courage de dire et la force d’agir » dans un monde tenté par la démission, le cynisme et la soumission. Permettez-moi de vous remercier pour votre implication dans la vie politique du pays. De vous remercier d’être venus aussi nombreux. Merci, encore une fois au nom des organisateurs et de tous ceux qui ont contribué à la réussite de ce meeting qui coïncide avec le 27eme anniversaire du RCD. 27 ans de résistance, 27 ans de lutte, 27 ans d’action, 27 ans de propositions.
Votre présence aujourd’hui en nombre aussi important a une signification politique. Elle signifie l’immense disponibilité pour l’action solidaire dans la perspective de changement et de renouveau de la Nation. Elle est une réponse cinglante à tous ceux qui ne cessent de dire que les citoyens algériens se désintéressent de l’intérêt général et de la politique. C’est aussi un désaveu pour ceux qui alimentent la propagande de la confusion pour absoudre le système de ses échecs, de ses turpitudes et de ses crimes en répandant l’intox qui veut faire croire que tous les acteurs politiques sont les mêmes. Votre présence témoigne de la lucidité de notre peuple qui refuse l’amalgame : oui il y a des politiques pourris mais il existe des militants dignes dévoués et désintéressés ; votre présence est plus qu’une réponse à un appel c’est un engagement pour la vérité, pour la transparence, pour la démocratie ; cela est un beau, un grand et un immense message d’espoir.
Chers concitoyens,
Comme vous, nous avons conscience que notre pays rentre dans un moment charnière de son devenir. Jamais les incertitudes et les doutes n’ont pesé aussi lourdement sur la vie politique, économique et donc sociale, c’est à dire sur notre quotidien. Certes, le pays vit une crise grave et complexe. Certes cette crise risque d’emporter la nation si nous restons spectateurs et inactifs. Mais nous savons aussi qu’une crise même grave et dangereuse peut être une opportunité pour se remettre en cause, pour agir et donner naissance à une ère nouvelle. Devant nos yeux, commence l’effondrement du système qui a volé la victoire du peuple algérien pour l’indépendance. Devant nous se précipite l’effondrement du système construit sur la cooptation, l’accaparement de la rente, la corruption, le détournement de l’Histoire, les fraudes électorales, l’opacité dans la gestion et l’exclusion du citoyen de la prise de décision.
La majorité des Algériennes et des Algériens se demandent ce qu’il faut faire dans cette conjoncture. Ils sont inquiets à juste titre pour leur famille, pour l’avenir de leurs enfants, pour leur propre dignité, pour leur pays. C’est à ces angoisses que les acteurs politiques doivent répondre.
C’est pour cela qu’au lieu de m’attarder sur les constats, sur l’ampleur de la crise, je vais vous parler aujourd’hui d’issues positives que l’on peut donner à cette crise, de solutions et d’espoir. Au RCD, nous avons toujours été responsables. Le poids de cette responsabilité nous pousse à être lucides et porteurs de critiques constructives et rationnelles. Nous avons toujours refusé de recourir aux raccourcis, aux anathèmes et à l’insulte ; oui nous avons refusé le populisme qui en a tenté tant. Pour nous, il ne s’agit nullement de régler des comptes personnels même si nous avons subi la répression et l’invective. Notre ligne de conduite c’est l’intérêt du pays et donc chercher concrètement à régler les problèmes politiques qui bloquent le développement et le progrès.
Ce devoir de lucidité nous dicte de regarder cette crise en face. Il faut accepter de prendre toute la mesure de sa gravité pour être capables de prendre ses responsabilités et faire les choix que notre patriotisme nous dicte. Au RCD nous n’avons aucunement besoin de démontrer notre patriotisme. Nous avons payé cher nos positions d’avant-garde dans la définition des chantiers qui attendent le pays, dans la lutte contre le terrorisme dans les sombres années 90 et nous avons payé cher notre refus de transiger sur nos convictions. C’est un sacrifice lourd mais c’est aussi un honneur qui fait notre force et qui fait que nous sommes ici malgré et contre toutes les obstructions qui entravent notre combat. Peu de partis ont tenu face à tant de pressions, de contraintes et d’abus. Si c’était à refaire nous le referons. Pas par ce que nous voulons avoir raison par vanité ou orgueil mais par ce que les luttes que nous avons menées, les propositions que nous avons portées sont admises au moins dans la forme y compris par ceux qui nous avaient censurés et combattus.
La gravité de la crise ne peut s’accommoder des intérêts personnels, de la gestion des carrières politiques ou des égos. Elle ne peut aussi s’accommoder de sauvegarde des avantages des clientèles et des intérêts mesquins du moment. Seuls comptent l’intérêt général et notre futur commun, en un mot ce qui est bon pour tous et pour le pays est bon pour tout un chacun.
Chers compatriotes
Les peuples apprennent d’abord de leur histoire pour faire face aux moments difficiles. L’histoire de notre jeune nation nous enseigne qu’il y a deux voies qu’il ne faut surtout pas suivre. Deux chemins qu’il ne faut pas emprunter. D’abord, celui de la violence armée et du terrorisme parce nous en connaissons le coût en terme de perte de vies humaines, de disparitions, de sang, de traumatismes et de larmes mais aussi de destructions de biens et d’infrastructures. La deuxième est celle de la confiscation de la souveraineté du peuple au motif d’une légitimité historique ; vous avez tous compris que ces deux travers ont été les armes fatales du système en place dont nous subissons les échecs aujourd’hui.
Nous savons aussi, au plan économique, ce qu’il ne faut pas faire.
Nous savons que l’absence d’une stratégie globale de développement encourage le bricolage, l’improvisation, le populisme et la marginalisation des compétences. Nous savons aussi que l’absence d’un contrôle par des structures démocratiquement élues mène à la corruption et à la dilapidation des biens de la collectivité. Plus que cela, les 15 dernières années nous ont montré que l’abondance de ressources financières ne garantit pas le développement. Au contraire, dans un pouvoir qui souffre de légitimité populaire, la rente pétrolière a découragé l’effort et l’investissement dans le travail et l’innovation. Elle a permis à un système qui a stérilisé la société de survivre. Plus de 800 milliards de dollars dépensés en moins de 15 ans ont aggravé la dépendance du pays et la précarité des populations. Pour notre alimentation, 75% des calories que nous consommons sont importées pendant que le problème du chômage reste entier, le système de santé fait peur à chacun d’entre nous et l’école, prise en otage par des idéologues sorciers en est toujours au stade de savoir quelles langues doivent être enseignées.
Comme je vous ai déjà dis l’heure n’est pas aux constats. Chacun d’entre vous peut brosser le tableau de l’échec d’une gouvernance qui a exclu le peuple.
Aujourd’hui l’heure est pour décliner les grands chantiers de la refondation nationale.
Pour le RCD, une issue positive à cette crise ne peut venir de l’intérieur du système des clans. C’est pour cela que nous avons pris l’initiative avec d’autres partis et personnalités de l’opposition pour construire ensemble l’alternative. Une alternative qui redonne au peuple algérien sa souveraineté. Une alternative qui permet au peuple algérien de construire ses institutions, de rédiger sa constitution et d’élire librement ses représentants.
Cette alternative c’est la transition démocratique. Une transition démocratique pacifique et négociée.
Pour nous le blocage du développement est d’abord un blocage politique. Rien ne peut se faire si le peuple ne décide pas souverainement.
C’est pour cela que cette transition doit déboucher sur :
• Une réorganisation administrative qui doit redonner du sens aux territoires par la consécration de régions dotées de larges pouvoirs afin d’impliquer le citoyen et de libérer l’initiative et l’innovation. C’est cela la refondation républicaine des institutions et de la société algérienne. Une république qui s’appuie sur le génie de son peuple en valorisant ses régions naturelles. C’est cela aussi l’Etat unitaire régionalisé qui permet aux citoyens le rapprochement des centres de décisions, une meilleure participation à la gestion de la cité et le sens du devoir et d’appartenance à une communauté.
• Engager une transition économique pour sortir d’un modèle rentier qui a épuisé nos richesses naturelles, perverti notre culture et nos habitudes alimentaires et accru notre dépendance vis-à-vis de l’étranger.
• Engager une transition environnementale et énergétique pour garantir un développement durable par la valorisation et la préservation de nos richesses naturelles.
Chers compatriotes
Donner du pouvoir à nos régions signifie aussi, un renouveau agricole et touristique qui nous sort d’une dépendance alimentaire dangereuse pour la sécurité du pays et qui ouvre le pays pour tous les citoyens du monde, parce que nous avons un beau pays que beaucoup de peuples nous envient. Notre histoire en est le meilleur témoin. Enfermer la nation c’est étouffer les plus démunis pendant que les enfants des dirigeants sont scolarisés, hébergés et soignés à l’étranger.
Réhabiliter la fédération des Etats nord-africains voulue par les dirigeants des mouvements de libération c’est rapprocher les points de vue, additionner les moyens et élargir le marché pour nos usines. Ceux qui se braquent, chez nous ou chez nos voisins, contre ce destin sont ceux-là même qui tirent bénéfice de l’isolement par la rapine et la confiscation des capacités nationales. Ne nous y trompons pas, ces deux segments qui se livrent une guerre verbale sont stratégiquement solidaires pour maintenir des pouvoirs de cooptation et d’opacité.
Ouvrir les frontières c’est stimuler la compétitivité et nourrir le libre débat. C’est faire du citoyen le seul arbitre de la vie publique. Ni les invectives des rentiers, ni leurs menaces ne nous ferons taire. Au RCD le « courage de dire et le force d’agir » c’est plus qu’un slogan ; c’est un message programme, une profession de foi.
Voila tous les chantiers qui nous attendent. Qui vous attendent parce que sans l’implication populaire la transition démocratique à laquelle nous aspirons peut être contrariée par les appareils de la rente, les sectes et chapelles politico-religieuses et aussi l’argent sale et le populisme.
Ce pays nous appartient à nous Algériens résidant ici en Algérie autant qu’il appartient au Algériens résidant à l’étranger, c’est pour cela qu’il faudra aussi associer notre émigration dans cette œuvre de refondation. La diaspora est une ressource inestimable en ces temps d’affaissement de la formation et de révolution numérique.
Encouragez l’expression de la puissance collective du peuple, la force de la démocratie, et vous verrez que les Algériens sont capables d’inventer leur intérêt général, de s’aimer et de vivre ensemble et construire un devenir de prospérité pour les générations futures.
Oui le courage de dire et la force d’agir ont permis de vaincre les propagandes des médias lourds et d’une administration domestiquée par la démagogie. Le courage de dire et la force d’agir ont gravé dans la vie algérienne, les droits de l’homme, la promotion des droits des femmes, la citoyenneté, l’amazighité, l’économie de production, les libertés individuelles et collectives, la laïcité, la refondation nationale, l’instance indépendante de gestion des élections, la dissolution de la police politique, toutes propositions hier condamnées et aujourd’hui revendiquées et assumées par la majorité des partis et personnalités.
Le courage de dire et la force d’agir reste un moyen et un objectif dans cette période de basculement d’un passé décomposé vers ce que nous voulons être l’aube d’un nouveau départ.
En cet anniversaire de notre parti, nous sommes toujours disponibles pour le débat serein et constructif en tant que formation parmi d’autres. Nous sommes cependant en droit et je dirais même en devoir de revendiquer nos propositions non pas pour les confisquer mais pour mieux les partager. Restituer ces revendications à leur origine et leurs légitimes auteurs ce n’est pas seulement une question de droits d’auteurs, c’est d’abord et avant tout une affaire de protection du sens et de la portée des combats qui les ont portés. Nous savons que par le passé des luttes ont avorté par ce qu’elles ont été polluées, falsifiées ou occultées.
Assumer avec fierté nos valeurs, notre programme et notre parcours est un droit légitime mais c’est surtout le meilleur service que l’on peut rendre à l’Algérie de novembre et de la Soummam voulue par nos ainés et attendue par nos enfants.
Gloire à nos martyrs
Vive le RCD
Vive l’Algérie démocratique et sociale