MOHCINE BELABBAS, PRESIDENT DU RCD, AU SOIR D’ALGERIE :

«La lutte des clans constitue le problème et non pas la solution»

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Le président du RCD alerte sur les dangers d’une police politique parallèle, officieuse, résultant de luttes de clans qui constituent, selon lui, «la marque de fabrique du système algérien et qui relèvent, désormais, du domaine public». Surtout si jamais, explique-t-il, «ces deux clans réussissaient à entraîner chacun de son côté une partie de la population dans cette guerre désormais ouverte. Une lutte des clans qui constitue le problème et non pas la solution».
Dans l’entretien qui suit, Mohcine Belabbas aborde nombre de questions d’actualité, non sans s’appesantir sur ce qui semble constituer le credo de l’opposition structurée et dont son parti est partie prenante, une «transition démocratique pacifique et négociée, seule à même de dépasser la crise de système actuelle qui déteint sur l’ensemble des institutions du pays».

Le Soir d’Algérie : Le Premier ministre a voulu rassurer le citoyen en répondant, hier, aux déclarations alarmistes de l’opposition. Pour lui, la situation est sous contrôle…
Mohcine Belabbas
: A-t-on un jour entendu un responsable issu du système admettre que malgré la confiscation du pouvoir depuis l’indépendance, le régime était responsable des problèmes qui s’abattent sur la nation. ? Ce que vous considérez comme une réponse ne sont que des slogans maintes fois répétés par tous les tenants du pouvoir en place à travers lesquels ils tentent de calmer le citoyen faute de pouvoir affronter leur bilan dans un débat libre et contradictoire dans des institutions verrouillées. Le citoyen algérien est effectivement inquiet quant à l’avenir immédiat de son pays du fait de l’amenuisement des ressources financières dû essentiellement à la baisse des prix du baril de pétrole et à la dilapidation du matelas financier amassé durant les années où le prix du baril avait dépassé les 140 dollars.
L’Algérien est aussi inquiet parce qu’il voit les libertés individuelles violées quotidiennement et qu’il constate que le statu quo est intenable et qu’aucune solution crédible ne peut venir d’un pouvoir qui est l’acteur principal des échecs à répétition et sur tous les plans, aucun secteur n’échappant à la faillite généralisée.
Le citoyen constate aussi que le pouvoir reste sourd aux appels de l’opposition à la négociation pour une sortie de crise politique et pacifique. Incapacité à innover, écouter et composer d’un pouvoir illégitime qui marmonne seul, oui l’Algérien est inquiet et il a raison. Les dernières déclarations du Premier ministre sont à la fois pathétiques et irresponsables.

Le RCD s’est distingué ces derniers temps en parlant de police politique parallèle…
D’abord, la police politique est par définition un pouvoir parallèle dès lors que ce pouvoir est occulte et au-dessus de tout contrôle. Le RCD relance régulièrement sa demande de dissolution de la police politique, parce que de tout temps, nous savions que cette police politique se mêlait, pour ne pas dire dominait, la gestion politique.
Elle décidait de la désignation des responsables à commencer par les chefs de l’Etat, elle organisait les fraudes électorales, elle est à l’origine de la déstabilisation des partis politiques de l’opposition comme, d’ailleurs, de ceux du pouvoir quand il fallait reprendre la main par le biais de personnes plus manipulables. Nous avons toujours dit qu’il y a une différence entre une police politique et des services de renseignement qu’il faut renforcer et rendre plus performants dans leur mission de contre-espionnage, de lutte contre le terrorisme et le crime économique.
Maintenant, il se trouve que depuis quelques mois, nous assistons à une opération que certains appellent la déstructuration du DRS, pendant que d’autres la désignent plutôt comme une tentative de restructuration. Au RCD nous disons que si, réellement, on veut aller vers la restructuration des services de renseignement, on doit passer par une loi qui fixe un cadre juridique, qui en précise les missions énumérées plus haut, les conditions de leur fonctionnement, leurs objectifs et les modes de désignation de leurs responsabilités et cela dans la transparence.
Au lieu de cela, nous avons assisté en réalité à quelques limogeages d’anciens responsables militaires émargeant tous dans un clan adverse à celui qui est à l’origine de ces décisions. Le clan vainqueur tente de récupérer le pouvoir du DRS mais il faut cependant savoir que la fragmentation des attributions concentrées dans un service invisible fragilise considérablement ses capacités de nuisance.
Maintenant des groupes résiduels exclus des centres de décision qui ont été élevés dans l’impunité continuent de manœuvrer dans la voie de la seule chose dans laquelle ils excellent : la manipulation, la désinformation, voire même la déstabilisation, d’où les manœuvres de ces derniers mois.
Dans les faits, on se retrouve avec deux polices politiques : l’une officielle qui hérite des différents segments de l’ancien DRS et l’autre qui est constituée de groupes agissant de façon plus ou moins coordonnée pour des missions d’anciens tuteurs. Tout cela ne contribue pas à une meilleure information du citoyen ni à la stabilité du pays.

Pouvez-vous être plus explicite.
Nous l’avons remarqué à travers les manœuvres lancées ces derniers temps. Une lettre dont nous connaissions l’essentiel du contenu, l’objectif, le destinataire et ceux qui devaient la signer au départ a été rendue publique avec des signataires différents. C’est ce qui nous rappelle les pratiques de la police politique et nous confirme l’existence d’une police politique officieuse.

Vous ne pensez pas que ce discours peut semer davantage de peur et d’inquiétudes au sein du peuple ?
C’est l’opacité et le manque de lisibilité qui accentuent la peur et les inquiétudes. C’est le fait de se dire que l’on peut être arrêté, licencié, interdit de sortie du pays par un pouvoir invisible et terrifiant qui fait peur. Les luttes de clans sont la marque de fabrique du système algérien.
Ces luttes sont désormais du domaine public. Effectivement, il y aura un danger si jamais ces deux clans réussissent à entraîner chacun de son côté une partie de la population dans cette guerre désormais ouverte. C’est pour cela que nous attirons l’attention des acteurs politiques et sociaux d’abord et l’ensemble des citoyens ensuite pour refuser à être otages de cette fatalité qui veut interdire l’idée même d’une solution extérieure au clan.
Et sur ce sujet, la presse a une grande responsabilité. Le RCD a toujours dit que la lutte des clans constitue le problème et non pas la solution.
L’opposition se réunit et se concerte depuis des mois, notamment le 10 juin 2014.Elle a élaboré et adopté une plateforme consensuelle pour une transition démocratique. C’est autour de cette plateforme que devront avoir lieu les négociations si on veut réellement sortir de la crise.
Il y a des solutions concrètes contenues dans cette plateforme, notamment l’institutionnalisation d’une instance indépendante de gestion des élections, une élection présidentielle anticipée, une Constitution consensuelle, des élections générales, suivies d’un débat autour de la transition économique et énergétique.
Ce sont là les questions essentielles qui devraient être abordées durant ces négociations et qui ont toujours été occultées.
C’est tout le contraire de ce qui a été proposé par la police politique à travers les dernières manœuvres qui participent de la pollution du débat public, de la perturbation du travail de l’opposition, ce qui permet au pouvoir en place de gagner encore du temps.

Mais si guerre de clans il y a, elle est supposée prendre fin avec le renvoi du général Toufik et de son équipe….
La lutte des clans continue à travers les médias et à travers les tentatives de ces clans d’instrumentaliser un certain nombre d’acteurs politiques et sociaux. Elle n’a pas pris fin mais il est clair qu’il y a un clan qui a pris le dessus sur l’autre qui refuse de s’avouer vaincu.
C’est connu, un patron du renseignement ou un général, à partir du moment où il quitte son poste, n’a plus la même influence et surtout pas dans les rangs de l’institution à laquelle il a appartenu.
Il y a beaucoup d’exemples dans notre pays ou ailleurs, où d’anciens dirigeants de police politique qui avaient droit de vie et de mort ; ils étaient très influents mais ils ont perdu leur pouvoir et n’ont pas réussi à se replacer dès qu’ils ont quitté leurs postes.

D’aucuns estiment que l’ex-patron du DRS s’est trompé en osant son «intrusion médiatique».
Je pense que la vraie question dans cette affaire n’est pas celle-là, je pense plutôt que le général Toufik a été contraint de rendre publique cette lettre. Il a été contraint pour des raisons que je ne connais pas. Mais il paraît très clair qu’il a été poussé à s’exposer publiquement, ce qui n’est pas dans ses habitudes. C’est pour la première fois qu’on a lu ou entendu parler d’un message de ce général. C’est très clair qu’il y a une prise de position qui lui a été en quelque sorte dictée. Certains diront qu’il a été piégé.

Le pouvoir accuse l’opposition de trop noircir le tableau…
La situation est difficile, personne ne peut le nier. Nous vivons dans l’illégitimité des institutions, à commencer par la présidence de la République. La situation est faite d’une crise financière aiguë, de l’amenuisement des réserves pétrolières et financières, les tensions sociales et régionales s’exacerbent. Les officiels les plus sérieux quand ils se confient assurent que nous disposons de moins de deux ans d’importations. La situation est aussi faite de cacophonie ou d’inertie au niveau du gouvernement.
On traîne, depuis plus de cinq ans, dans l’élaboration d’un projet de Constitution pourtant annoncé en grande pompe et qui a vu défiler trois commissions et deux consultations en 2011 et en 2014. Celles de 2014 ont été par ailleurs largement boycottées par l’opposition. La situation est faite également de crises et de guerres à nos frontières, la Libye et le Mali notamment, de l’accentuation du terrorisme international avec l’apparition de Daesh depuis maintenant une année. La crise est multiforme et à son paroxysme. Le citoyen algérien a raison d’être inquiet pas parce que c’est difficile de trouver des solutions qui, elles, existent mais parce que tout simplement le pouvoir reste autiste, ne veut pas écouter l’opposition et surtout refuse jusque-là l’institutionnalisation d’une instance indépendante de gestion et d’organisation des élections pour redonner de la légitimité aux institutions, préalable au règlement des autres crises, notamment économique et sociale.

Mais, visiblement, le peuple demeure en marge.
Il faut comprendre que les partis de l’opposition, notamment ceux activant au sein de la CNLTD, sont des partis responsables et non des pyromanes. Ce sont des partis qui ne veulent pas d’un mouvement violent qui va contester le pouvoir. Nous avons une opposition qui veut aller vers des négociations sur la base d’un projet, celui de la conférence de Mazafran, et discuter avec le pouvoir pour aller vers une transition démocratique pacifique.
C’est pour cela que nous demandons l’organisation de marches populaires, car nous considérons que ces manifestations organisées par des partis qui ont de l’expérience dans la gestion des foules, qui ont des capacités à encadrer, à structurer les revendications les plus importantes c’est mieux qu’une manifestation «spontanée» de jeunes qui en auront marre de la situation et qui voient leurs perspectives d’avenir s’assombrir. Une telle explosion sera inévitable si le verrouillage persiste. Elle arrivera par la colère à laquelle on n’a pas su répondre ou à la suite de manipulations des cercles dont nous avons parlé plus haut.

Et cette question des rapports de force ?
Il y a une évolution des rapports de force en présence en faveur de l’opposition, c’est une réalité. Le discours de l’opposition, ses propositions, sa réussite à regrouper un maximum d’acteurs autour d’un même projet, autour de mêmes revendications et à les structurer dans une coordination active qui se réunit régulièrement pour évaluer la situation politique, pour anticiper sur un certain nombre d’événements ont largement contribué à amplifier les désertions en cours dans les rangs du système.
Il y a beaucoup d’anciens ministres, d’anciens Premiers ministres, de cadres de partis politiques du pouvoir qui ont quitté le système, qui n’arrivent pas, certes, à se placer de manière structurée au sein de l’opposition mais sont en train de contester et même de reprendre une partie du discours de l’opposition. Il y a donc un affaiblissement du système qui renforce l’opposition même s’il n’y a pas une adhésion automatique de ces anciens notables au combat de l’opposition.

N’y a-t-il pas, aussi, l’effet pervers que ces désertions puissent altérer l’action de l’opposition et la décrédibiliser ?
Le risque est dans le cas où l’opposition renonce à ses revendications essentielles, à savoir la transition démocratique, pacifique et négociée. Ce n’est pas le cas pour le moment. Bien sûr, ces acteurs qui sont en train de quitter les rangs du système n’assument pas pour l’instant l’idée d’une transition démocratique qui dépasse les clans. C’est pour cela qu’ils ne se retrouvent pas directement dans l’opposition mais ils ne sont plus dans le système ; ils sont en train de contester le chef de l’Etat pas avec les mêmes termes que ceux utilisés par l’opposition mais c’est une réalité.
Bien entendu, le jour où vous verrez l’opposition renoncer à la revendication d’une instance indépendante de gestion des élections, renoncer à l’idée d’une transition démocratique, renoncer à l’idée d’une Constitution consensuelle, là, effectivement, on pourra dire que le combat de l’opposition a été détourné, que l’opposition n’est plus ce qu’elle était.

Le RCD aux côtés de partis islamistes, beaucoup trouvent cela comme anormal.
Une fois pour toutes, je dis à ces faux amis qui apprécient le RCD dans les cimetières, les prisons ou les manifestations, qu’il leur faudra faire leur deuil d’un RCD isolé qui parle quand leurs tuteurs se taisent. Je tiens aussi à préciser que, nous au RCD, nous n’avons pas ressenti un quelconque malaise ou une quelconque contestation qu’un parti comme le nôtre travaille avec des partis islamistes pour une transition démocratique qui est une de nos revendications historiques. Je vous rappelle qu’à l’origine de cette démarche, il y a eu le discours du RCD qui disait que les conditions d’exercice et de la compétition politiques n’existent pas en Algérie. Donc, il faut travailler à faire en sorte à ce que ces conditions soient réunies pour mettre en concurrence les programmes et des partis politiques différents.

Autrement dit, vous voulez faire une sorte de table rase du passé …
On veut créer les conditions d’exercice et de la compétition politiques qui n’existent pas car nous sommes convaincus qu’on ne peut pas être en concurrence entre partis tant qu’il n’y a pas ces conditions. On s’est dit qu’il s’agit d’aller à la rencontre d’acteurs politiques de différentes obédiences, qu’ils soient de droite, de gauche, islamistes, nationalistes, laïques, … L’idée est de leur faire accepter et partager l‘analyse qu’il n’y a pas les conditions d’exercice politique. Cela est maintenant acquis puisque tous les acteurs de l’opposition soutiennent que ces conditions font effectivement défaut. Maintenant, comment faire pour créer ces conditions ? On a trouvé l’instrument essentiel pour ce faire, c’est une instance indépendante de gestion des élections.

Le président de la République fait désormais sienne cette revendication puisqu’il promet sa constitutionnalisation.
Tant mieux qu’il y ait une avancée dans l’acceptation des propositions de l’opposition par le pouvoir même si, c’est connu, le pouvoir a toujours fait en sorte qu’il détourne les propositions de l’opposition de leur sens originel. On se souvient tous des réformes promises par le chef de l’Etat dans son discours à la Nation en 2011 où il a parlé de réformes de la loi électorale, de celle sur les partis politiques, de la loi sur les associations, et la révision de la Constitution. Nous avons constaté très vite, moins d’un mois après, que toutes ces réformes ont consacré des régressions par rapport aux anciennes lois.
Pour nous, il est important d’aller vers une Constitution consensuelle, qui soit l’émanation d’un débat large qui associe les acteurs politiques, sociaux, et les citoyens, et mettre en place des instruments qui garantissent l’inviolabilité des lois dont la Constitution car cette dernière a de tout temps été violée.

Ne faudrait-il pas saisir cette perche comme le préconise Amara Benyounès ?
Moi je m’intéresse à ce que dit le véritable pouvoir, les sous-traitants ne comptent pas et sont insignifiants dans ce genre d’équations. Les intentions du pouvoir, on les déchiffre à travers les messages écrits du chef de l’Etat ou même à travers les déclarations du secrétaire général du FLN.
On y décèle qu’il y a au minimum une suggestion d’une prise en considération de certaines des propositions de l’opposition. Mais nous considérons que tant que nous n’avons pas vu le projet en question concrètement, ce qui y est écrit, on ne peut en juger du fond, car entre la parole, l’écrit et l’acte, il y a une grande différence. Nous savons qu’il y a, à travers les messages du pouvoir, une acceptation de l’idée d’aller vers des élections libres surtout qu’ils reconnaissent officiellement que les élections ont de tout temps été truquées et que beaucoup bénéficiaient de quotas.
Est-ce qu’ils vont aller jusqu’à institutionnaliser une instance indépendante de gestion et non d’observation des élections ? Nous ne le savons pas pour l’instant. Il faut bien savoir que pour nous cette commission doit disposer de tous les pouvoirs judiciaires, administratifs et logistiques avant, pendant et lors de la proclamation des résultats. Il ne s’agit pas d’installer une commission fantôme de plus et laisser les pouvoirs occultes gérer le scrutin. Les services de l’Etat doivent dépendre de cette commission et d’elle seule pour tout ce qui concerne la préparation, l’organisation et l’exploitation du vote. C’est ce qui s’est fait chez nos voisins tunisiens.
Il y a aussi ces messages allant dans le sens de la séparation et d’équilibre des pouvoirs, la saisine du Conseil constitutionnel par les groupes parlementaires. Ce sont autant de propositions de l’opposition, il suffit de relire le projet de Constitution pérenne du RCD pour y trouver toutes ces propositions, notamment celle de la saisine du Conseil constitutionnel où on a été plus loin puisque nous avons préconisé que cette possibilité soit accordée aux citoyens, il y a l’idée de l’équilibre des pouvoirs, l’idée de l’officialisation de tamazight, de l’institutionnalisation d’une instance indépendante de gestion des élections, celle de la dissolution de la police politique, c’est un projet complet que nous avons pensé au RCD et soumis à un large débat. Tant mieux que certaines de nos propositions soient reprises par le pouvoir mais il est encore trop tôt pour juger du contenu du projet du pouvoir.
Dans tous les cas, nous considérons que quelles que soient les propositions qui seront prises en compte à partir du moment où il n’y a pas un débat large autour de cette Constitution, un débat qui associe un maximum d’acteurs politiques et sociaux et de citoyens, à partir du moment où l’adoption de cette Constitution passe par le Parlement, ça va être, encore une fois, une Constitution qui va manquer de légitimité. C’est pour cela que nous avons préconisé dans le cadre de la CNLTD qu’il faudra d’abord institutionnaliser une instance indépendante de gestion des élections qui doit gérer aussi le référendum.

Et qu’en est-il de l’initiative du FLN ?
Nous avons, en fait, donné une première réponse à la sollicitation qui nous a été adressée, nous avons précisé dans un communiqué du secrétariat national de novembre dernier que nous sommes déjà inscrits dans une initiative dans le cadre de la CNLTD ; cette initiative qui préconise une transition démocratique pacifique et négociée comme solution à la crise du pays. Donc, il est très clair que le RCD ne va pas adhérer à l’initiative du FLN. Pour nous, nous l’avons précisé dans le cadre de la CNLTD, il n’y a que deux initiatives et elles sont en compétition : celle de Saâdani qui est celle du pouvoir et celle de l’opposition adoptée à Zéralda.

Mais vous laissez là, en marge, des partis pas des moindres comme le RND ou le FFS…
L’initiative de la CNLTD est ouverte, elle l’a été de tout temps. A la conférence de Mazafran, un maximum d’acteurs politiques, sociaux et syndicaux y ont assisté et ont adopté la plateforme qui en est sortie. Maintenant, il y a l’initiative du pouvoir qui est différente de la nôtre. La CNLTD dit dans son projet que les institutions de l’Etat sont illégitimes, à commencer par la présidence de la République. L’initiative de Saâdani dit le contraire, que le pouvoir en place est légitime et qu’il s’agit seulement d’appuyer un peu plus le programme du chef de l’Etat. Un programme qui, pour la CNLTD, n’existe même pas.
C’est vrai que les deux initiatives parlent de dialogue mais l’initiative de la CNLTD parle plutôt de négociations de l’opposition avec le véritable pouvoir pour une sortie de crise alors que celle de Saâdani parle de la construction d’un large front de soutien au chef de l’Etat.
Vous voyez bien que les deux initiatives ne sont pas superposables. C’est pour cela qu’un acteur politique crédible ne peut pas se retrouver dans les deux initiatives en même temps. Il est dans l’une ou dans l’autre.
Il y a ceux qui assimilent la transition démocratique que vous préconisez à un chaos, à un coup d’Etat.
Ces acteurs participent de la pollution du débat public. Quand on refuse le débat, on s’attaque avec ce genre de propos à des propositions sérieuses qui participent pourtant du simple bon sens. La transition démocratique n’est pas une invention algérienne, c’est un processus par lequel plusieurs pays sont passés pour sortir de l’autoritarisme.
L’exemple le plus proche est la Tunisie qui a connu une transition démocratique, œuvre de son peuple et de ses forces politiques et sociales. Tout le monde l’a suivie de très près. Elle a commencé par l’institutionnalisation d’une instance indépendante de gestion des élections, puis une Constituante, et des élections législatives et présidentielle. C’est une réussite du peuple tunisien, il n’y a aucune ingérence étrangère.
C’est au contraire, quand il n’y a pas d’élections libres, quand il y a fraude électorale, quand il y a opacité qu’il y a des forces étrangères qui peuvent appuyer des acteurs en compétition ou des clans pour garantir les intérêts de leurs pays respectifs. Et c’est cela qui peut conduire au chaos.

Vous avez décidé de participer au vote portant renouvellement partiel des membres du Conseil de la nation. Une position que d’aucuns trouvent contradictoire pour un parti qui a eu à boycotter les dernières législatives…
Nous n’y voyons aucune contradiction et la raison est très simple. Premièrement, les décisions se prennent dans le cadre des instances du parti après un débat le plus large possible qui a commencé de la base avant que la décision ne soit prise par l’instance habilitée, à savoir le conseil national.
Secundo, à partir du moment où le RCD a pris part aux élections locales du 29 novembre 2012, il était tout à fait normal qu’il participe aux sénatoriales car ce sont les grands électeurs qui votent. Ce sont ceux que nous avons réussi à placer comme élus qui choisiront les membres élus du Conseil de la Nation. Le corps électoral est connu et précis. Dans ces scrutins, les risques de fraude sont quasiment nuls. Or tout le monde le sait, ce sont les fraudes qui nous poussent au boycott.
Nous avons décidé de participer dans six wilayas, Sétif, Bouira, Béjaïa, Tizi-Ouzou, Tipasa et Boumerdès. Il est utile de rappeler au passage que c’est le RCD qui a introduit la culture de l’organisation de primaires pour élire les candidats au nom du parti à cette élection. Nos élus ont choisi en toute liberté leurs représentants à cette compétition et s’impliquent sur le terrain dans la campagne en faveur des candidats du RCD.

Beaucoup soutiennent, à tort ou à raison, que le RCD, tout comme l’opposition, est transparent.
Tous les observateurs crédibles reconnaissent une présence effective du RCD sur le terrain à travers ses activités, ses offres politiques mais surtout par l’engagement de ses militants. Vous pouvez remarquer sur notre site internet les comptes-rendus réguliers de sorties sur le terrain de nos secrétaires nationaux et cadres, de nos conférences-débats publiques, des marches populaires que nous organisons, des universités d’été, des conventions, des colloques, des structures mises en place telle celle de la jeunesse du parti par l’organisation d’assises nationales…
Dois-je rappeler que nous sommes le seul parti politique à organiser au minimum trois marches par année. Nous sommes un des rares partis à réunir régulièrement son conseil national, sans aucun décalage, dont le secrétariat national tient ses sessions mensuelles régulièrement. Nous sommes aussi l’un des rares partis où les bureaux régionaux se réunissent régulièrement, et dans les délais, un parti dont les structures communales sont renouvelées dans le cadre du respect des statuts et du règlement intérieur.
Maintenant, il y a une réalité. Nous sommes boycottés, depuis une bonne dizaine d’années, par les médias publics, la télévision et les radios et par la majorité des chaînes de télévison privées car ce sont des chaînes qui sont, pour l’essentiel d’entre elles, dans un clan ou dans un autre. Il faut peut-être éviter de donner des primes à la censure. On saura quel parti est consistant, quel est celui qui est transparent et quel est celui qui est dopé le jour où l’Algérien votera librement. Seule la commission indépendante de gestion des élections permettra de connaître le poids de chaque courant politique algérien.
Cette possibilité a été refusée à notre peuple depuis l’indépendance. Le RCD s’honore d’être le premier parti à avoir proposé la manière de réparer cette injustice historique.
M. K.

Source: Le Soir d’Algérie