Mesdames et messieurs bonjour,

Permettez-moi d’abord de saluer l’engagement des jeunes du parti qui pour la quatrième année consécutive prennent en charge le financement de ce genre de rencontre à travers les frais de participations qu’ils consentent et les souscriptions qu’ils collectent. Ce n’est pas une pratique courante dans un contexte de clientélisation encouragée et entretenue pour polluer les luttes politiques et dénaturer l’acte militant et je tenais à le souligner devant vous. Bravo encore une fois !

Le campus des jeunes du parti intervient cette année à l’occasion de la célébration du 61éme anniversaire du déclenchement de la révolution de novembre. Le détournement des sacrifices consentis par le peuple algérien pour venir à bout du colonialisme a malheureusement débouché à mettre le pays dans une situation de dégradation avancée à tous les niveaux. Dès l’indépendance, le système politique usurpateur a dépossédé le citoyen de ses droits et l’a soumis à la loi des clans qui continue encore à confisquer tous les pouvoirs et à dilapider ce qui reste des ressources du pays.

Les citoyennes et citoyens ont raison d’être de plus en plus inquiets de la régression générale dans la gestion des affaires de l’Etat, de la pollution du climat politique et de la persistance de la grave crise dans laquelle sont plongées toutes les institutions du pays.

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Mesdames, Messieurs,
La multiplication en cours des désertions dans les rangs du système si elles confortent l’opposition dans sa démarche et ses analyses vieilles de quelques mois déjà, elles renseignent surtout sur les pratiques qui ont jusque-là prévalu dans son fonctionnement. L’opposition qui a alerté depuis longtemps sur la vacance des trois pouvoirs, parce qu’il s’agit bel et bien de vacance des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et de l’accaparement de la décision par des cercles a-légaux, n’a tout de même pas été jusqu’à suggérer que le chef de l’Etat serait pris en otage ou plus grave encore qu’il aurait commis des actes de trahison. La manœuvre improvisée ces derniers temps s’inscrit à tout point de vue dans le cadre des soubresauts des luttes entre clans d’un même système. Déchus pour certains et parvenus pour d’autres mais tous managés par la police politique officieuse qui semble réduite à fomenter des scénarios de déstabilisation en actionnant ce qui leur reste comme acteurs publiques fidèles pendant que la police politique officielle déstructurée s’occupe à se redéployer pour la nouvelle feuille de route qui lui est assignée.

La demande de destitution du chef de l’Etat par l’application de l’article 88 et la relance de la revendication de la dissolution de la police politique par le RCD remontent à décembre 2012. C’est-à-dire bien avant l’aggravation de la détérioration de la santé du chef de l’Etat et sa ré intronisation pour un quatrième mandat avec la hargne ou la complicité de ceux qui aujourd’hui veulent se recycler dans l’opposition en quittant un bateau soumis à d’incessantes vagues. C’est depuis le 10 juin 2014, jour de la tenue de la conférence de Mazafran, que l’opposition structurée dans la coordination pour les libertés et la transition démocratique demande à discuter avec le pouvoir à sa tête le chef de l’Etat pour négocier une sortie de crise en vue d’aboutir à la mise en œuvre d’une phase de transition permettant au peuple algérien de décider librement de son destin. Notre conviction est que seul un système démocratique peut permettre de garantir la stabilité du pays et la cohésion de la Nation.
Le dernier message écrit du chef de l’Etat, même s’il reprend quelques propositions contenues dans la plateforme de Mazafran, reste très vague notamment quant aux prérogatives de la commission électorale qu’il dit vouloir constitutionnaliser. Habitué à ce genre d’annonces de la part du pouvoir dans les moments où il est acculé, nous avons fait l’expérience que les décisions et autres mesures prises de façon unilatérales dans des conjonctures troubles ont souvent été dévoyées voire remises en causes et reniées par leurs initiateurs dès que la pression retombe afin de prolonger le sursis du système.

Mesdames, Messieurs,

L’impasse à laquelle nous a conduit le système est globale. Elle est politique, institutionnelle, économique et sociale. La panique et les discours contradictoires des officiels après la chute des cours des hydrocarbures renseignent plus que toute autre analyse sur l’indigence de la politique économique du pays depuis au moins une quinzaine d’années. On ne répétera jamais assez que durant cette période le pouvoir a dépensé plus de 800 milliards de dollars alors que le pays se retrouve plus dépendant encore de cette rente pétrolière. Ni l’industrie, ni l’Agriculture, ni le tourisme ou les services ne participent significativement à la création de richesses. Le résultant est sans appel, un chômage massif, maquillé par des emplois administratifs et sous rémunérés, un pouvoir d’achat précaire pour de larges couches de la population et un enrichissement scandaleux d’une armée de prédateurs et de clients du régime qui alimente un marché de l’informel qui tend à supplanter tous les circuits légaux.
Cette situation risque de devenir encore plus dramatique pour une majorité de jeunes qui subissent déjà un système éducatif et de formation au rabais.

Mesdames, Messieurs,

La répression implacable et l’instrumentalisation de la justice a poussé de nombreux citoyennes et citoyens à renoncer au combat frontal et à tempéré leur militantisme pour échapper aux affres de la prison ou aux terribles conséquences d’un déclassement économique ou carrément d’une marginalisation sociale. Mais l’heure n’est plus à la résignation quand le pays s’abime dans les échecs à répétition.

En 1954, des jeunes patriotes algériens, exaspérés par les hésitations et les tergiversations des dirigeants de l’époque, se sont résolus à assumer leurs responsabilités en engageant le combat armé contre le colonialisme pour arracher l’indépendance du pays et assurer liberté, dignité et prospérité à leur peuple dans le cadre d’un Etat démocratique et social.

En 1980 aussi, devant les dénis démocratiques et identitaires par une dictature qui a confisqué la victoire du peuple algérien contre le fait colonial français, c’est la jeunesse qui a sonné le combat contre un pouvoir qui a érigé la liquidation physique comme le moyen idoine d’éliminer toute opposition et la terreur comme mode de gestion. Nous sommes le produit et les héritiers de ce mouvement d’émancipation citoyen.

C’est le combat de cette génération, en particuliers durant les années 80 qui a permis d’arracher les quelques espaces publics que nous utilisons aujourd’hui pour faire revivre l’espoir.

Aujourd’hui aussi, il faut que vous soyez convaincu que seule la mobilisation de la jeunesse peut peser pour venir à bout d’un ordre politique désuet et qui est un danger pour la Nation. C’est aux de prendre leurs responsabilités pour relancer cet espoir et s’impliquer dans le combat pour sauver l’Algérie avant que le chaos ne s’installe.

Il s’agit de travailler à créer une dynamique intelligente et innovante pour aboutir à l’émergence d’un engagement citoyen constant par une contestation politique pacifique et organisée pour permettre au peuple algérien de recouvrir sa souveraineté et se réapproprier son destin.

Cette rencontre est propice pour confronter vos idées et discuter de l’Algérie tel que vous voulez qu’elle soit. Evidemment, il ne s’agit pas seulement de réfléchir et discuter mais d’agir en occupant le terrain des luttes dans le milieu du travail et à l’université avec des campagnes de sensibilisation et de mobilisation qu’il vous appartient de définir pour faire converger les efforts dans le sens de l’avènement d’une transition démocratique. C’est là la mission de votre génération.

Je souhaite un franc succès à vos travaux
Vive la jeunesse
Vive l’Algérie démocratique et sociale

Alger, le 17/11/2015
Mohcine Belabbas
Président du RCD