Introduction de Mohcine Belabbas aux travaux du conseil national du 18 septembre 2015

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Mesdames et messieurs bonjour,

Depuis le mois de mai, la crise politique qui frappe le pays est entrée dans une phase qui entraine l’ensemble des institutions de l’Etat dans des positionnements aux conséquences imprévisibles et périlleuses pour la cohésion nationale. Les luttes de clans au sommet de l’édifice institutionnel se sont désormais propagées dans l’institution militaire elle –même. Jusqu’ici, la cohérence dans le commandement de l’Armée n’a jamais été remise en cause y compris dans les dures années du terrorisme.

La cristallisation des luttes de sérail au sein de cette institution et leur mise en avant publique au moment où des groupes terroristes se manifestent dans plusieurs régions du pays et la dégradation de la situation sécuritaire à nos frontières, qui requiert la mobilisation des énergies patriotiques, suscitent légitimement des questionnements sur ce concours de circonstances et les visées qu’elles sous-tendent.

Les provocations récurrentes en Kabylie et le maintien de l’abcès de fixation de violence dans la vallée du M’Zab ne peuvent être fortuits. La mort de prévenus détenus dans les prisons de Ghardaïa et l’emprisonnement de militants pour leur appartenance partisane ne sont pas des faits anodins même si l’actualité s’est exclusivement et maladroitement braquée sur le destin de « généraux » de tout ordre. Résignation ou ironie : on veut nous faire croire que « le sort » des généraux se confond avec l’avenir de la Nation ! Fort du postulat qu’en politique le hasard n’existe pas, nos appréhensions que ce « remue ménage » inédit se déroule loin des intérêts nationaux sont, plus que jamais, d’actualité.

A propos de cette actualité, le naufrage pensé et programmé du DRS est loin des revendications maintes fois exprimées de la dissolution de la police politique du régime. Les partis et les militants politiques victimes de cette police politique ne peuvent se suffire de règlements de comptes entre protagonistes d’un système qui a mené le pays à la ruine. La souveraineté du peuple et la démocratie exigent l’abolition de cette structure a-légale et le contrôle par la représentation populaire des instruments de sécurités du pays. La restructuration des services de sécurité nécessite un débat démocratique impliquant tous les acteurs. Il implique la mise en place d’un cadre juridique qui fixe les missions, le mode de fonctionnement, les objectifs et les modes de désignation aux responsabilités de l’ensemble des institutions névralgiques. C’est un lieu commun de rappeler qu’un Etat fort est celui qui dispose d’institutions crédibles et légitimes et consolidé par des contre-pouvoirs. L’absence de toute forme de contre-pouvoir, formel ou informel, est une autre menace sur l’Etat national, au demeurant, bien affaibli.

Chers amis,

En vérité, durant tout l’été, le chef de l’Etat, incapable d’insuffler une dynamique de renouveau politique ni une réponse au naufrage économique dans lequel sa gestion a plongé le pays a choisi de meubler l’actualité par des limogeages et des nominations tout azimut lesquels, dans les faits, ne font qu’accentuer la méfiance et le marasme ambiants. Sur le registre de l’économie, la chute des prix du baril de pétrole a fini par montrer l’étendue de l’échec d’un pouvoir qui, quinze ans durant, a été incapable de construire les bases d’une économie productive et diversifiée et donc créer une croissance et des emplois viables et durables.

Il est utile de signaler que la chute des prix des hydrocarbures n’est pas le seul facteur qui met en difficulté les finances publiques. Le système de prédation sur lequel s’est appuyé Bouteflika a asséché le niveau de production dans ce domaine en détournant l’investissement et a fait exploser la demande interne en minant le pays par une politique de subventions qui, à terme, pénalise les couches les plus faibles. Résultat, une production pétrolière qui chute de 20%, une demande interne qui explose. Le peu qui reste pour l’exportation ne peut suffire, y compris avec un baril à 80 dollars.

La crise en cours n’est donc pas venue de l’extérieur ; elle est la résultante de l’incompétence, de la corruption et de l’impunité qui caractérisent le système en place. Tenter de faire croire que le salut viendra de la réduction du volume des importations et de l’augmentation de quelques taxes révèle le degré d’amateurisme et le niveau d’analyse et de réflexion des dirigeants préoccupés par leur pérennité et leur diktat sur le pays. Or, la situation sociale risque de devenir intenable pour de larges couches de la population. Laminé par la dévaluation dissimulée et croissante du dinar (32%), le pouvoir d’achat des algériens se verra davantage fragilisé. Les mesures décidées par le gouvernement qui consistent à augmenter les taxes sur les produits pétroliers entraineraient une cascade d’augmentation des prix sur la production de biens manufacturés et agricoles ainsi que sur les transports.

Le pouvoir qui a saigné le pays fera porter, une fois de plus, le fardeau de sa gestion aux seules populations. Aucune politique en direction de la jeunesse n’est mise en avant alors qu’elle représente le segment autour duquel devra se reconstruire l’avenir si l’on aspire à sortir le pays de l’ornière. Il est impossible de concevoir une amorce de solution si la marginalisation et la précarisation qui frappent de plein fouet cette frange de la société la plus sensible perdurent encore. Cette situation conduira inéluctablement à l’exacerbation de la défiance des populations vis-à-vis des institutions et le pire n’est pas à écarter.

Pourtant sur le plan économique, les solutions sont à notre portée. Les constats dans les carences de la politique de l’éducation et de la formation, de la politique industrielle, de l’agriculture, de la valorisation des territoires et du tourisme montrent que l’Algérie a des atouts à faire valoir et prétendre à un développement et une croissance prodigieuse et durable.

Chers amis,

Vous comprendrez bien que mon exposé sur la nature de la crise financière et des moyens pour y remédier n’est pas destiné à suggérer des solutions au gouvernement. Les axes que j‘ai énumérés peuvent, pourtant, redonner une dynamique à l’économie et mobiliser les énergies saines de notre pays.

Mais vous le savez, autant que moi, que la nature de la crise est d’abord politique. Elle s’appelle illégitimité des dirigeants, discrédit des institutions, vacance de pouvoirs, déficience de contrepouvoirs, népotisme, corruption… et c’est pour cela que les solutions politiques doivent précéder les solutions économiques. A ce titre, ceux qui ont réussi à mettre le pays dans une telle crise avec tous les atouts que confèrent une rente confortable, un potentiel humain indéniable, une histoire et une position géopolitique enviables ne peuvent, aujourd’hui, prétendre sauver le pays. Ils sont aujourd’hui disqualifiés pour mener l’impératif redressement national. Leur renoncement à l’exercice du pouvoir est une condition nécessaire pour l’avènement d’un changement qui redonnera au peuple algérien sa souveraineté et lui permettra d’édifier un système institutionnel à la mesure de ses légitimes aspirations à la liberté et au progrès.

Pour avoir lutté dans l’adversité et au prix de nombreux sacrifices, notre parti sait qu’un nouvel ordre plus juste et soucieux de la souveraineté du peuple ne peut voir le jour qu’avec l’adhésion et la mobilisation des larges couches qui subissent la dictature d’une caste usurpatrice des idéaux de la révolution algérienne.
Cette demande populaire de renouveau est aujourd’hui incontournable.
Le RCD, engagé dans la coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD), considère que la construction d’un rapport de force en faveur d’un avenir démocratique passe par la mobilisation la plus large et notre effort à tisser des liens avec tous les partenaires sociaux. Dans ce sens notre parti prend l’initiative d’organiser et de multiplier des actions de proximité, des manifestations et des rencontres au niveau des différentes régions du pays.Enfin, tout en appelant les membres du conseil national à la vigilance, notre ligne de conduite en toute circonstance est le retour à la souveraineté du peuple dans un projet de refondation nationale qui libère les énergies, garantit une participation effective des populations à la prise de décision et instaure la démocratie de mandat.

Alger, le 18/09/2015
Mohcine Belabbas

Président du RCD