Le dissensus national s’accentue

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La lettre de félicitations-allégeance, du chef de l’état-major de l’ANP à l’endroit d’un dirigeant de parti, engageant l’institution militaire dans des conflits partisans signe son immixtion publique, manifeste et assumée dans les luttes politiques. Elle appelle une décision forte de l’Institution si on veut éviter à l’État-major d’assumer une dérive visant à aspirer l’armée dans des aventures aux conséquences imprévisibles.

Déjà au bord de l’abime, l’Algérie vient de subir une nouvelle agression contre le fonctionnement de ses institutions élargissant ainsi le dissensus national. Cette agression est d’autant plus insupportable qu’elle met à mal la cohésion de l’armée et menace l’avenir du pays et qu’elle est l’œuvre de celui qui est censé veiller à l’unité de cette institution républicaine.

Déjà coupable d’absence de retenue, notamment en novembre dernier, quand sur le ton de l’injonction il voulait dicter aux partis ce que doit être la parole et l’action politiques, le chef de l’état-major vient de franchir un seuil qui accentue la déliquescence de l’État. Cette dérive impardonnable met l’Armée nationale sous l’emprise, voire sous la tutelle d’un parti politique et la fait sortir du rôle qui lui est constitutionnellement dévolu. Elle est d’autant plus grave qu’elle survient dans une conjoncture où les tensions géopolitiques régionales et le danger que fait peser le terrorisme sur nos frontières menacent la stabilité et la sécurité de la nation. La remise en cause de la neutralité politique, même de façade, affichée jusque-là par l’Armée accentue le sentiment d’insécurité déjà latent dans la société.

Le RCD prend acte de cette nouvelle situation et appelle à la responsabilité et à une plus grande vigilance. Pour le Rassemblement, l’Algérie a plus que jamais besoin d’un changement radical et d’un renouveau des élites y compris au sein de l’armée et non de réédition de scénarios écrits par les officines et joués par des acteurs interchangeables, vieillissants, issus et au service du système responsable du malheur algérien.

Alger, le 10 juin 2015

Le RCD