Mesdames et messieurs bonjour,

En cet anniversaire de la signature des accords d’Evian par le GPRA, il est loisible de constater que les usurpateurs de la souveraineté du peuple qui ont fondé leur action contre la légitimité des organes de la révolution algérienne sont les premiers responsables de la déliquescence en cours. L’Algérie s’achemine vers des lendemains incertains à cause de l’absence d’un pouvoir légitime et de l’indécision des tenants du pouvoir de fait. L’improvisation et l’approximation dans la gestion des affaires courantes à tous les niveaux sont la règle. Elles  sont à l’origine des tensions sociales dans tous les secteurs de la vie publique et installent un climat d’inquiétude dans de larges pans de la population et à l’intérieur des  familles elles-mêmes.

L’action du gouvernement est réduite à un service minimum qui ne couvre même pas les multiples urgences provoquées par l’absence de toute anticipation et la cacophonie induite par l’irruption d’acteurs institutionnels livrés à eux-mêmes. La passe d’armes entre le président du Sénat et celui de l’Assemblée Nationale à propos de la programmation de la révision de la constitution se passe d’autres commentaires.

Pour rester sur le chapitre du pouvoir législatif, les deux chambres du parlement ont été incapables d’initier le moindre débat parlementaire dans une conjoncture où la rue, les médias et les espaces publics sont le théâtre de débats sur plusieurs sujets d’actualité, notamment le gaz de schiste ou la situation dans la vallée du M’Zab. Des ministres, à défaut d’initiatives dans leurs secteurs respectifs, s’engagent dans des polémiques politiciennes pour se donner un minimum de visibilité médiatique et s’extraire de la léthargie générale de l’exécutif. Le chef de l’Etat, impotent depuis au moins deux années, continue d’annoncer des mesures anticonstitutionnelles, notamment celle portant création de nouvelles wilayas déléguées. Le conseil constitutionnel reste silencieux et validera encore une fois une violation de la première loi du pays. Les propos contenus dans le dernier message attribué à l’indu locataire d’EL Mouradia sont indignes d’un chef de L’Etat. Ils rappellent étrangement ceux employés par Kadhafi quelques mois avant sa chute. Les menaces et l’insulte sont des signes de panique et de perte de la maitrise de soi. Le peuple algérien sait reconnaitre les patriotes soucieux de la sauvegarde nationale. Jouer sur les sentiments est le propre des manipulateurs.

S’il y a un secteur qui illustre la panne générale de la gouvernance, c’est celui de l’Éducation Nationale. La grève qui secoue ce secteur, déjà largement déstructuré par des réformes de conjoncture à répétition ne trouve aucun épilogue malgré les lourdes conséquences d’une menace réelle d’une année blanche. Le tête à tête entre syndicats et le ministère s’éternise sans que cela ne suscite l’intervention du premier ministre ou du chef de l’Etat pour apporter les garanties nécessaires à la confection d’un calendrier de négociations et de décisions qui préservent l’intérêt des élèves et qui permet à la corporation de continuer à défendre les revendications légitimes pour la revalorisation du métier de l’enseignant largement déprécié et précarisé par les errements d’une tutelle longtemps versée dans la démagogie. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un conflit où l’Etat n’a qu’un intérêt marginal alors que l’avenir immédiat de 8 millions d’élèves est en jeu en plus d’un nécessaire assainissement dans le secteur pour sortir d’un apprentissage au rabais aux conséquences dévastatrices.  L’échec scolaire est d’abord généré par le système éducatif. La responsabilité est avant tout celle du pouvoir en place, et ce, depuis des décennies.

Un autre conflit illustre aussi ce décalage entre un pouvoir débordé de toute part et une société qui bouge et refuse l’immobilisme et les fait accomplis ; c’est la mobilisation des populations du sud.  Les manifestations dans le sud du pays gagnent en ampleur et en intensité face au mépris du pouvoir central de prendre en compte les préoccupations et les revendications soulevées par les populations. Pour de nombreux Algériens du sud comme du nord, la fuite en avant et l’entêtement du gouvernement accréditent de plus en plus la thèse de la perte de souveraineté du pays face aux concessions d’un pouvoir miné par la recherche des soutiens extérieurs pour exécuter encore ses fraudes électorales.

À ce sujet, les fuites organisées sur le rapport des experts européens à propos de l’élection présidentielle du 17 avril 2014, même si il confirme l’absence des conditions de la compétition politique en Algérie, ne dédouane pas les gouvernements européens de leur silence sur les pratiques du régime algérien. L’institutionnalisation d’une instance indépendante et permanente est d’abord une revendication des partis politiques de l’opposition algérienne qui s’est largement inspiré de l’offre politique du RCD sur la question.

Les atteintes récurrentes aux libertés individuelles et collectives sont le lot quotidien du citoyen et des organisations sociales. L’instrumentalisation de la justice contre des acteurs politiques et sociaux est devenue la règle. Plusieurs militants croupissent dans les prisons pour le simple fait de revendiquer pacifiquement des droits. Les parodies de procès où les droits des prévenus qui sont bafoués n’honorent pas l’institution judicaire.

La presse privée subit de plus en plus de pressions pour la contraindre à se transformer en organe de propagande du régime et interdire toute voix contradictoire au discours dominant. Le ministre de la communication continue sa croisade contre, notamment, les quotidiens El Watan et El Khabar en jurant de leur étouffement financier.

Au plan judiciaire, les procès tant attendus tardent à être programmés. L’affaire Khalifa, malgré l’extradition depuis plus d’une année d’Abdelmoumen Khalifa, ne semble pas constituer une priorité. Le premier responsable des scandales Sonatrach I et Sonatrach II n’est pas inquiété puisque aucune information sur une quelconque demande d’extradition n’a encore été confirmée. Le report du procès sur le scandale Sonatrach I renseigne déjà sur le temps que prendra son traitement.

Au plan économique la crise s’installe dans la durée. La dette intérieure augmente de façon effrénée. Des entreprises étrangères sont contraintes à étudier l’éventualité de se délocaliser menaçant ainsi des milliers d’emplois. Le secteur des hydrocarbures est en crise sous l’effet de la baisse des réserves et de la production, d’une offre abondante sur le marché mondial qui tire les prix à la baisse et des scandales de corruption à répétition qui secouent la Sonatrach. Les mesures attendues pour voir enfin l’Algérie s’engager durablement dans une économie de production semble se confiner  au domaine des effets d’annonce. Aucun projet de loi dans ce sens n’est programmé ni au niveau du gouvernement ni au niveau du parlement.

Il apparait pour le moins hypothétique de croire qu’un gouvernement d’individus disparates peut mener une politique de redressement économique. Une économie de production passe par l’amélioration du climat des affaires, la relance des secteurs de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme, des services, la diversification des filières d’exportation et une formation de qualité ; toutes choses que le pouvoir n’a pas mené pendant une quinzaine d’années où l’argent coulait à flots.

Le pays paie, précisément, les choix opérés ces quinze dernières années qui ont privilégié la politique de la dépense, le payement par anticipation de la dette étrangère et le placement de l’épargne à l’étranger à celle de l’investissement productif. Cela ne pouvait que perpétuer la dépendance vis-à-vis des ressources en hydrocarbures.

Frappé d’illégitimité et aux prises à des luttes de clans et aux montées organisées de la contestation populaire, le gouvernement actuel est plus un problème qu’une partie de la solution. Identifier les facteurs de blocage à la diversification est une mesure de bon sens pour tout gouvernement soucieux de l’intérêt national. Mais en réalité, il ne peut y avoir de diversification avec des dirigeants illégitimes, des institutions médiocres et une administration inefficace à l’origine d’une large limitation de la souveraineté nationale. C’est malheureusement la réalité algérienne.

Sur un autre plan, la conjoncture régionale marquée, notamment, par les menaces que font peser les situations en Libye et au Mali, enregistre une nouvelle menace venant de Tunisie. Le lâche attentat qui a ensanglanté notre voisin de l’Est risque de faire rentrer ce pays dans un engrenage de violence alors qu’il tente de mener, à terme, une transition démocratique par sa consolidation sur le plan économique. C’est justement le tourisme, cœur de l’économie tunisienne, que le terrorisme barbare a ciblé, voulant ainsi faire payer au peuple tunisien sa démarcation de l’obscurantisme et de la régression.

La menace que fait peser le pouvoir sur l’avenir de la Nation doit interpeller tous les patriotes à tous les niveaux pour sauver ce qui peut encore être sauvé. C’est à cette tache que le RCD s’attèle en s’engageant dans un cadre de propositions et d’actions collectives. Malgré la répression et les interdictions de toutes sortes qui frappent l’opposition, les résultats commencent déjà à voir le jour, puisque de plus en plus de citoyennes et de citoyens s’impliquent dans l’action politique pacifique.

La réussite des manifestations de rue du 24 février dernier est un signe qui ne trompe pas. La sollicitation dont fait l’objet l’opposition de la part d’acteurs de la société civile engagés eux aussi dans ce combat, notamment lors du rassemblement populaire d’Ouargla le 14 mars dernier, est un indice de la crédibilité de la démarche de la CLTD et des acteurs qui la composent.

Le RCD a tiré la sonnette d’alarme depuis plusieurs années déjà et a toujours élaboré et structuré des propositions et des offres politiques qui, si elles avaient été mises en œuvre, auraient pu éviter au pays l’impasse actuelle.  Parmi elles, la régionalisation et l’institutionnalisation d’une instance indépendante pour la gestion des élections qui, à elles seules, peuvent établir la légitimité des dirigeants, rétablir la confiance dans les institutions et l’efficacité dans la gestion.

Mohcine Belabbas

Président du RCD

Alger, le 20 mars 2015