Mesdames et messieurs bonjour,

La célébration de la journée internationale de la femme a toujours été pour le RCD, une occasion de revisiter la situation de la femme dans notre pays, de dresser un bilan des éventuels progrès réalisés dans la voie de l’égalité en droits et d’analyser la politique gouvernementale sur la question. C’est aussi un moment privilégié pour faire le point sur les luttes et les acquis et, mettre en relief la résistance et l’engagement incontestables de la femme pour la libération du pays et la quête de progrès social malgré un environnement, d’abord institutionnel, dominé par des hostilités, les préjugés et le confort octroyé par des situations acquises.

C’est là l’objectif que se fixe cette rencontre organisée par notre secrétariat national à la condition féminine et durant laquelle deux communications vous seront présentées respectivement par maitres Hadj arab Lila autour des « réformes politiques : une illusion de plus » et Sadat Fetta sur « la situation de la femme : une hypothétique protection ». C’est là une occasion de débattre autour de ces sujets mais aussi des multiples violences que subissent les femmes notamment le harcèlement au travail et dans la société, les mauvais traitements infligés par leur partenaire et dans le milieu familial, les mariages forcés et précoces, le viol et les inégalités et discriminations dans l’accès à l’emploi et les salaires…

Si la société dans son ensemble doit se mobiliser contre ces injustices,  je reste convaincu que pour venir à bout de toutes ces pratiques, il faudra d’abord que les femmes elles-mêmes cessent de limiter leur combat pour l’émancipation à une simple amélioration de leur condition. La femme doit se projeter à assumer un rôle politique, social et économique au même titre que l’homme.

Beaucoup parmi vous l’ont déjà compris et sont engagées dans ce cens. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui des femmes se sont imposées dans plusieurs domaines de la vie publique et à plusieurs niveaux de responsabilités économique et social. Plusieurs secteurs fonctionnent majoritairement grâce aux femmes diplomées, c’est le cas de l’enseignement et de la santé et de plusieurs administrations centrales mais il y a un domaine où la présence des femmes reste très insuffisante. Il s’agit du milieu de la prise de décision et de l’exercice de la responsabilité politiques que ce soit dans les institutions de l’Etat, dans les partis politiques ou dans les syndicats.

Cela renvoi à plusieurs raisons dont les pesanteurs et les obligations sociales que la femme travailleuse assument parfois seule dans la famille, le  manque de structures de soutien (crèches ; cantines, transports scolaires, lieux récréatifs et de loisir pour les enfants …) , la quasi absence  d’organisation et  de visibilité de leur engagement social et politique qui se heurte aux choix anti démocratiques  du pouvoir si ce n’est sa volonté de  folkloriser ces luttes .

Pourtant, les femmes algériennes se sont de tout temps mobilisées en masse dans les moments difficiles de la vie de la nation et ont payé un lourd tribu. Elles étaient en soutien et en premières lignes pendant la guerre de libération dans les villes et les villages, elles étaient présentes dans les manifestations publiques et dans les mouvements de contestation face au terrorisme islamiste durant les années 90 et, tout récemment, tout le monde sait qu’elles sont au cœur de la résistance et de la protestation des populations des wilayas du sud du pays notamment à In Salah. Une des raisons de la durée et de la popularité du mouvement anti gaz de schiste renvoie, notamment, à la détermination de ces femmes majoritaires sur la place Somoud pour refuser d’hypothéquer l’avenir et la santé de leur familles en livrant leur régions à Haliburton et Total  comme le fait le gouvernement algérien.

Le RCD, dont des militantes femmes se sont toujours imposées dans les structures du Rassemblement par leurs compétences et engagements, projette de leur donner un cadre à même d’aider à la promotion du rôle des femmes dans le parti et multiplier les facteurs d’une participation plus active à la vie politique. Pour nous, l’objectif n’est pas d’accroître superficiellement le nombre de femmes politiques, sans leur garantir aucun pouvoir décisionnel ni une quelconque influence, comme c’est le cas des réformes introduites par le pouvoir en 2011. Ce cadre sera mis en place à l’occasion des assises qui seront organisées par notre secrétariat national à la condition féminine sous la direction de Maitre Wassila Boughari durant la première quinzaine du mois de juin prochain.

Chers ami(e)s

Cette rencontre intervient cette année dans une conjoncture particulière pour notre pays. Jamais l’avenir de notre nation n’a été autant menacé par les errements, l’autisme et les indécisions des tenants du pouvoir.

Depuis plus d’une année, le RCD est engagé dans une coordination de partis de l’opposition pour proposer au peuple algérien une alternative démocratique et pacifique face à la menace de chaos et de décomposition que la politique de corruption, de l’impunité et de fuite en avant d’un régime qui ne cesse de prouver qu’il n’a aucune solution de rechange en dehors de prolonger sa propre survie. La formule de Saïd Sadi qui disait qu’on ne peut pas à la fois sauver le pays et le régime est aujourd’hui d’une brulante actualité.

Si nous modifions le rapport de force entre la pouvoir et la société et, les nombreuses manifestations et contestations indiquent que cela est possible, nous pouvons imposer l’organisation d’une période de transition démocratique et négociée. La construction de ce nouveau rapport de force ne peut se faire sans l’implication des femmes qui constituent la majorité dans notre société.

Avec nos partenaires politiques nous avons adopté une plate forme qui fixe les principes, les mécanismes et les objectifs de la période de transition.

Dans ce document fondateur le RCD s’est engagé parce qu’il codifie tous les principes universels de la démocratie. Pour nous il ne peut y avoir de justice et de progres social sans le respect des droits de l’homme et l’égalité devant la loi indépendamment du sexe ou de toutes autres considérations linguistiques ou religieuses. C’est pour cela, que les femmes aussi doivent s’organiser et se mobiliser pour que le prolongement de ce texte soit la consécration des mêmes lois civiles pour tous et donc l’abrogation du code de la famille.

Vive l’émancipation de la femme !

Pour des lois civiles pour tous !

Vive l’Algérie démocratique et sociale

Je vous remercie

Mohcine Belabbas président du RCD

Alger le 07 mars 2015