Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil national bonjour,
Toutes les rentrées scolaires de ces dernières  années se ressemblent pour ne pas dire rivalisent en terme  de mauvaise gestion et  d’incompétence.
 La menace d’un débrayage a plané une fois de plus et a sévit dans de nombreux établissements scolaires .Dans certains d’ente eux, la rentrée scolaire a été très mouvementée .En effet, des perturbations, pour des raisons multiples ont privé des écoliers de faire leur rentrée le jour prévu :
– accès aux établissements interdit par des parents d’élèves en colère pour diverses raisons,
–  pour d’autres, rentrée tout simplement reportée pour le jour suivant et certains lycéens n’ont pu rejoindre les bancs de l’école que le 28 Septembre comme ce fut le cas  de lycéens à Draria contraints de prolonger leurs vacances faute de places pédagogiques !
– retard accusé dans la réception d’infrastructures,
–  des établissements réceptionnés et non encore finis (parfois même, livrés sans bloc  sanitaire),
–  surcharge des établissements et des  classes,
– manque d’encadrement (enseignants – administratifs),
Autant de problèmes  qui ont gâchés la joie des parents et des élèves.
 Et dire que cette rentrée 2014-2015 a été placée sous le signe de « la qualité et de la bonne gouvernance » !
 A l’heure où certains continuent de s’enrichir en puisant en toute impunité  dans les caisses de l’Etat pour acquérir des biens en Algérie où  ailleurs  où pour conforter leurs comptes en banques :
1) Des milliers d’écoliers sont encore scolarisés dans des chalets et  dans des conditions de travail tout simplement  insupportables  autant pour  l’enseignant que pour l’élève !
-quand la capacité d’accueil dans les établissements est  largement dépassée, on a recours  alors à  des solutions de rafistolage :
– classes très surchargées (plus de 45 élèves !),
-classes tournantes,
– transformations d’anciens dortoirs de pensionnats en salles de cours,
-prêts de locaux ou annexes  parfois dans des établissements éloignés de l’établissement mère,
– double vacation.
2) Les planifications irréfléchies font que des structures d’accueil ne sont pas programmées dans les temps ni dans les zones  de tension, ce qui aurait pu apporter une solution au problème de surcharge.
3) Les réalisations et /ou les réceptions d’infrastructures  d’accueil  accusent des retards qui dépassent tout entendement et certaines peinent même à démarrer.
4) De nombreux établissements, tous cycles confondus, sont encore dépourvus de cantines scolaires  et d’autres servent des repas froids et, pour certaines, quand elles existent le nombre de place y est limité.
5) Le volume horaire d’une journée d’études  étant ce qu’il est (8 H-12 et 13h-17H) :
a) les élèves apprennent mal  et sont fatigués,
b) Il est difficile à certains élèves de rejoindre les bancs de l’école à l’heure,   l’après-midi (concernant les élèves externe),
6) Lenteur de l’administration pour répondre aux doléances des associations de parents d’élèves et, au final, aucun problème n’est pris en charge à temps.
7) Le manque de classe pour le préscolaire a contraint bon nombre de parents, n’ayant pu scolariser leurs enfants ni  dans l’école du quartier  ni leur offrir une place à la crèche   , à se tourner vers les écoles coraniques des mosquées ou vers des crèches gérées par des associations (et on imagine les dérives que cela laisse supposer)
Voilà un échantillon de problèmes qui soulève le tôlé des parents d’élèves qui attendent désespérément de voir les conditions de scolarisation de leurs enfants un tant soit peu  améliorées et les promesses tenues.
Les années « Benbouzid » ont été consacrées à vouloir essayer de régler les revendications essentiellement salariales des enseignants, mais le volet « pédagogie »a été totalement sacrifié.
Pour la rentée scolaire 2014-2015, on nous a annoncé d’importantes décisions pédagogiques. Quand on sait que le mal qui ronge l’école algérienne est très profond et surtout multiple, on n’a pas le doit de faire dans l’approximatif et le superflu.
Les assises nationales  de l’éducation du mois de Juillet n’ont pas atteint l’objectif escompté, car elles n’ont pas cerné toutes les questions et tous les problèmes du secteur, ni les  préoccupations des enseignants et des travailleurs de l’éducation.
Se pencher uniquement sur le caractère universitaire et scientifique des problèmes, voilà une erreur à ne pas commettre .Il faut être à l’écoute du terrain pour les difficultés dans l’aspect pratique  que rencontrent l’enseignant et l’élève.
Pour ce faire, et pour rendre à l’école sa véritable vocation, tous les partenaires et acteurs concernés doivent être mobilisés et consultés.
– Il faut également tenir l’école loin de toute idéologie, loin de la politique « du soumis et de la terreur » et pour ce faire, il est impératif et plus qu’urgent de revoir le contenu des programmes scolaires tous paliers confondus, ces contenus à travers lesquels  ont fait  subir à nos enfants un lavage de cerveaux  et un endoctrinement honteux.
– Il est grand temps que Tamazight en tant que langue nationale et officielle soit généralisée et enseignée  dans toutes les écoles d’autant plus que l’encadrement existe   (il n’y a qu’à voir le nombre de diplômés sortis des universités  mais malheureusement qui chôment).
– L’enseignement des langues étrangères doit être consolidé et les méthodes utilisées doivent être plus attrayantes et plus captivantes (audio-visuel).
– Il faut généraliser l’enseignement de l’informatique dans les écoles et surtout  faire en sorte que cette matière soit enseignée par des enseignants de la spécialité, ce qui n’est pas automatiquement  le cas dans la majorité des établissements où elle est étudiée.
– Il faut apporter de véritables solutions pour alléger le cartable de nos bambins qui souffrent le martyre à porter un poids qui dépasse largement le leur.
– Il faudrait sérieusement penser à redonner aux activités culturelles et sportives une place de choix dans la vie des établissements ; il y va de l’épanouissement des enfants.
– Il est plus qu’impératif de revoir les matières enseignées de façon à alléger l’emploi de temps des élèves car il y a surcharge dans les programmes tous paliers confondus.
– En plus de la généralisation des cantines scolaires (servant des repas chauds), il  faut instaurer des bus pour le ramassage scolaire ce qui permettrait de rapprocher l’école de l’élève (la majorité des filles habitant les zones rurales quittent les bancs de l’école à cause de l’éloignement).
– La réouverture de pensionnats  pourrait être une solution à de nombreux problèmes surtout dans les régions du Sud  et dans les régions montagneuses
– Les élèves ont besoin d’oreilles attentives pour parler de leurs problèmes de scolarité et pour être accompagnés dans la difficulté  d’où, la nécessité d’ouvrir des postes budgétaires  pour recruter des psychologues dans les établissements scolaires.
– Il est souhaitable de multiplier les « UDS » (unités de dépistage scolaire) à travers les communes pour une meilleure prise en charge des problèmes de santé des élèves et pour un meilleur suivi et surtout les doter de personnel qualifié en nombre suffisant (médecin – dentiste – personnel para médical …) et  aussi  les équiper de matériel adéquat.
– le nombre de postes ouverts pour les concours  de recrutement ne couvrent pas les besoins du terrain d’où le recours encore aux enseignants  vacataires  et en ce qui concerne  le personnel administratif ce n’est guère mieux comme c’est le cas  pour le corps des adjoints d’éducation transformé en   » superviseur de l’éducation ». Ce corps combien important dans les établissements scolaires mais malheureusement, on enregistre un manque flagrant car aucun concours n’a été organisé depuis des années.
En conclusion, beaucoup reste à faire si on veut avoir un enseignement de qualité.
Les réformes entamées jusqu’à présent sont une honte et une catastrophe pour l’éducation nationale, ce sont des réformes bâclées qui ont ouvert non pas  une brèche mais un trou béant gigantesque qui a permis à l’islamisme intégriste  de s’y engouffrer.
Et pour finir, je reprends  cette expression si chère  à « Hakim Laâlam » :
« Fumons du thé et restons éveillés  car le cauchemar continue… » .
Et ça continue….
Ça continue avec la grève des intendants.
En effet, depuis des semaines les services intendances des établissements scolaires observent un mouvement de grève  gelant ainsi toutes activités et  opérations financières. Bien entendu, le premier pénalisé c’est encore l’élève   : dans certains établissements, le livre scolaire n’a pas été vendu, la prime de scolarité (les 3000 DA)  non versée aux parents …..
L es différents syndicats (cnapest, une….) montent au créneau et menacent à tous moments de reconduire leurs mouvements de protestation : voir le communiqué du cnapest daté du 11/10/2014 qui rappelle que les enseignants n’abandonneront pas leur revendications  et appellent ces derniers à se tenir prêts pour des mouvements massifs de protestation vu que c’est « le seul langage que comprend le ministère de l’éducation nationale ».
Dans son communiqué, le cnapest interpelle le premier ministre et lui demande  d’honorer les engagements qu’il a  pris envers le corps enseignant  lors des dernières grèves.
La menace d’un débrayage est toujours d’actualité (prévu pour la fin du mois de Novembre ou début Décembre) à moins que des solutions soient trouvées aux revendications du syndicat  autonome du personnel enseignant.

Alger, le 07 novembre 2014

Nora Zitouni
Secrétaire nationale à l’éducation