Mesdames et messieurs Bonjour,

La huitième session de notre conseil national coïncide avec la célébration du soixantième anniversaire du déclenchement de la révolution de novembre pour arracher l’indépendance de l’Algérie. Nous sommes ici, pour l’écrasante majorité d’entre nous, issus de générations qui ont, pour l’essentiel vécu après cette libération, acquise au prix du sang, des souffrances et des privations pour chasser la France coloniale. Nous savons maintenant que la confiscation de cette victoire du peuple algérien par le clan de Oujda qui s’est imposé par la suite comme une caste antinationale hypothéque le destin de notre nation.

La répression érigée en mode de gouvernance, la totale dépendance de notre économie à l’égard des ressources en hydrocarbures et des importations y compris aux plans alimentaire et médical, se passent de tout bilan. Aujourd’hui, même nos positionnements géostratégiques nous sont dictés par les grandes puissances en contrepartie de leur silence sur les fraudes électorales du régime. Ce sont les puissances étrangères qui ont enjoint à l’Algérie d’effacer la dette irakienne et d’aider financièrement la Tunisie ; ces pays savent que nous n’avons aucun mérite dans ces actions. Cela pour dire que la souveraineté nationale est à reconquérir.

Chers amis,

L’Algérie s’enfonce dans les sables mouvants d’une crise profonde, multiforme et complexe. Crise profonde parce qu’elle menace les fondements même de l’État, fragilise le service public et hypothèque le développement économique… Elle est multiforme et complexe parce qu’elle n’épargne aucun secteur.
Alors que le pouvoir gonfle les budgets de fonctionnement de divers secteurs et s’emploie à maintenir des transferts sociaux ruineux et inopérants, les acquis sociaux s’amenuisent, les services publics de santé, d’éducation et de l’administration s’effritent ; les conflits communautaires et les affrontements entre les populations algériennes sont exacerbés et  ne trouvent ni autorité, ni arbitre ni médiateur à l’image du drame de Ghardaïa ; les protestations des populations du sud du pays, en particulier des jeunes est une autre facette de l’incurie du pouvoir. C’est la preuve que le système est confronté à une crise structurelle ; elle est politique, économique et sociale sans parler de la culture et de la diplomatie.

Toutes les institutions font face à un grave déficit de légitimité de la représentation institutionnelle résultant des fraudes électorales récurrentes et de la confiscation de la souveraineté populaire. Le viol répétitif des lois par ceux-là mêmes qui les ont décrétées, aggrave le fossé avec les citoyens. La vacance des trois pouvoirs, notamment exécutif, étant l’expression la plus parlante du malaise général dans lequel ce pouvoir a installé le pays. L’absence d’initiatives gouvernementales, le chômage parlementaire et le non aboutissement du traitement des affaires de corruption au niveau de la justice (Khalifa, autoroute est-ouest, Sonatrach et bien d’autres) signent un antécédent dangereux pour le pays.

Sur un autre plan, la fronde de la police qui n’a pas encore révélé ses tenants et aboutissants renseigne sur la guerre de positions que continue de se livrer le ministère de l’intérieur et la direction générale de la sureté nationale. Elle marque l’absence d’un arbitrage au niveau des plus hautes sphères de l’État. Ce vide qui risque de mener à l’irréparable au moment où les partis au pouvoir sont rejetés et totalement discrédités dans l’opinion pour cause de détournement de la mémoire de la nation, des symboles de notre histoire et de la privatisation de l’administration publique au profit de leurs affidés.
Cette faiblesse du pouvoir algérien irrémédiablement consacrée par la fraude électorale d’avril dernier attise les appétits. Si les injonctions des puissances étrangères d’engager l’armée algérienne en dehors de nos frontières devaient aboutir, cela ne peut que précipiter la déliquescence déjà en cours.
La crise qui gangrène les institutions dans tous les secteurs et qui mine le pays ne peut être résorbée par un replâtrage ou des réformes du système politique qui a conduit le pays à la ruine. L’organisation d’une période de transition pour laquelle militent le RCD et ses partenaires politiques dans l’opposition postule une modification en profondeur des structures politiques, économiques et sociales du pays. Il s’agit d’instaurer la culture du vivre ensemble et de la construction d’un projet commun pour garantir l’avenir. La légitimation des institutions et de l’exercice du pouvoir, par des élections justes organisées par un organe indépendant, la consolidation démocratique, la fin du tutorat sur les consciences des élites autoproclamées , la conduite de la gestion des réformes, la refonte de la justice et la fin de l’impunité, la lutte contre la corruption et la mobilisation citoyenne pour peser sur le devenir  de la société et du pays, sont autant de questions essentielles qui doivent être traités durant cette période.

L’exemple de la Tunisie qui continue d’enregistrer des avancées salutaires sur la voie de la Transition démocratique entamée en 2011 est là pour nous rappeler qu’il est surtout question de volonté politique et d’engagement collectif. Que de temps perdu par notre pays !
La légitimation des institutions tunisiennes et de sa constitution est due pour une grande part à l’instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), instaurée en 2011 et qui vient de rendre public les résultats définitifs des votes aux législatives tunisiennes.

Chers amis,

Le RCD est engagé, depuis une année, dans une initiative singulière dans le cadre d’une large convergence de l’opposition pour recréer les conditions de l’exercice politique et hâter l’avènement d’un système démocratique. Cette démarche marquée par l’organisation d’actions inédites et communes commence à renouer le lien entre le citoyen et l’action politique pacifique et organisée. Les succès enregistrés par le meeting de Harcha, la conférence nationale de Mazafran et l’installation d’une instance de concertation et de suivi de l’opposition (icso), que de nouveaux acteurs souhaitent rejoindre, sont les signes d’une prise de conscience collective sur l’urgence de la construction d’un rapport de force en faveur de l’alternative démocratique et sociale tant attendue.

La plateforme pour les libertés et la transition démocratique que s’est donnée l’opposition à l’occasion de la conférence de Mazafran, trace les fondements de l’État que nous voulons édifier et les outils pour y parvenir.  Cette initiative, en plus d’avoir fait échouer le lifting constitutionnel annoncé par le chef de l’État, rassure les citoyens dans l’organisation d’un changement réel, pacifique et graduel en vue de la sauvegarde de l’Algérie en tant qu’État et Nation.

Chers amis ;

La partie pour construire l’alternative n’est pas encore gagnée.
Si la politique est l’art du compromis entre adversaires, il doit se construire autour d’offres politiques lisibles et assumées, et non pas comme se complaisent certains dans une démarche de compromission, de soumission pour des intérêts immédiats et inavoués. Les personnalités politiques et les acteurs de la société civile qui s’élèvent contre la tentative de sabordage de l’initiative de la CLTD par le biais de nouvelles consultations politiques en vue de gagner du temps pour reconstruire un consensus interne au pouvoir marquent une nouvelle étape. L’échec de cette grossière sous-traitance signe le décalage et le manque de lucidité de ses acteurs.
L’offre politique de l’opposition est claire ; elle nécessite la construction commune d’un rapport de force qui consacre le rôle et le poids de chacun loin des deals secrets et de la revendication de la vieillesse comme source de légitimité.

Chers amis,

Avec le concours de ses militants et sympathisants, le RCD multiplie des activités de terrain pour sensibiliser, débattre et mobiliser toujours plus. Les grandes mobilisations enregistrées, à l’occasion des quatre marches populaires, que notre Rassemblement a organisées en avril dernier, la qualité des conférenciers et des débats qui ont marqué le colloque national du 20 aout et la participation de 614 jeunes à l’université des jeunes du parti, au mois d’octobre, sur des questions d’actualités montrent, encore une fois, les capacités organisationnelles et le crédit dont jouit le RCD.
Le contact permanent entre la direction nationale et les structures régionales à travers, notamment, des réunions régulières d’évaluation, de formation et d’écoute mutuelles ont permis de relever les insuffisances qui doivent trouver des solutions et sur lesquelles nous reviendrons durant les débats. Les sorties, que j’ai effectué dans cinq wilayas du centre du pays durant le mois de septembre, m’ont permis d’écouter les membres des bureaux régionaux sur les questions liées au fonctionnement général du parti et sur les positions publiques de notre Rassemblement. Ces sorties seront poursuivies en direction des autres structures régionales.

Lieu de réflexion et d’élaboration de projets, le RCD se veut proche des réalités quotidiennes des algériens. Il doit renforcer encore plus sa capacité à attirer de nouvelles adhésions, à impliquer les intellectuels, la société civile, le monde du travail et les acteurs locaux dans son combat.

Alger, le 07 novembre 2014
Mohcine Belabbas
Président du RCD