allocution d’ouverture de Mohcine Belabbas de l’université d’été des jeunes du RCD le 17 octobre 2014

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Mesdames et messieurs bonjour,
Permettez-moi d’abord de vous remercier pour votre participation avec un nombre aussi important puisque vous êtes 600 jeunes militants venus de différentes wilayas du pays pour prendre part à cette rencontre. Ce n’est pas évident d’autant plus que vous avez tous déboursé des frais de participation sans compter ce que vous a couté le voyage pour venir ici en cette période de rentrée sociale, synonyme de dépenses de toutes sortes. Cela s’appelle engagement militant et action.
Chers amis
L’université d’été des jeunes du RCD intervient cette année à la veille de la commémoration du soixantième anniversaire du déclenchement de la lutte armée pour l’indépendance le premier novembre 1954. Une révolution lancée par une génération de jeunes militants qui avaient décidé de rompre avec les hésitations et les tergiversations de l’ancienne garde engluée dans les compétitions de leadership ou pour des strapontins dans les assemblées de l’administration coloniale. Ces jeunes ont surtout compris que la révolution avait besoin d’un objectif clair, d’une démarche précise et d’une organisation et non pas d’un zaim. Imposer à la Nation des chefs comme des hommes providentiels mène à la catastrophe, nous l’avons vérifié depuis l’indépendance et encore plus depuis 1999. Il est temps de rompre avec la culture de l’homme providentiel et laisser place à une nouvelle élite capable d’appréhender le futur et de penser un projet qui puisse remettre l’Algérie sur les rails du développement et du progrès.
Chers amis
Aujourd’hui toutes les institutions de l’Etat sont illégitimes et frappées de sclérose à cause de la persistance de la crise politique. Le constat de la vacance du pouvoir au niveau de la première institution de l’Etat est partagé par tous y compris par nos partenaires étrangers. C’est un secret pour personne, quand François Hollande révèle qu’il s’est adressé directement au premier ministre algérien dans l’affaire de l’otage français enlevé et décapité, il confirme et entérine au vu des autres pays l’impotence du chef de l’Etat algérien.
La situation économique, sociale et sécuritaire n’est pas en reste et, les indicateurs de perspectives sont des plus sombres.
Au plan économique, c’est la première fois depuis dix ans que le FMI adresse un avertissement sans ambages sur la gestion des comptes publics tout en corrigeant à la baisse les projections de croissance annoncées par le gouvernement (les 7% de Sellal claironnés en juin relève du gag) et en prédisant un emballement des chiffres du chômage dès la prochaine année. Dans le même temps les cours du pétrole dont le baril vient de passer, pour la première fois depuis cinq ans, en-dessous des 90 dollars pour un pays dont 98% des recettes budgétaires proviennent de la vente des hydrocarbures, plombera encore plus l’investissement. Plus que cela, le déclin des gisements pétroliers et gaziers et l’explosion de la facture des importations pour des impératifs du maintien de la paix sociale, d’une poussée démographique et des lobbies de toute sortes finiront d’épuiser plus vite que prévu le fond de régulation des recettes auquel le gouvernement à recours pour le financement du déficit budgétaire.
Sur le volet social, le pouvoir d’achat laminé par les manipulations de la valeur du dinar réduit de larges couches de la population à la gestion du minimum vital pour survivre. Si officiellement l’ONS estime que le nombre de travailleurs sans couverture sociale est de 4 millions, les cadres qui ont mené les enquêtes sur le terrain relèvent que près 67% des algériens qui ont une activité sont démunis de toute protection sociale (assurance maladie et droit à la retraite) ; une véritable bombe à retardement !
Le projet de code du travail qui entérine un rapport de force obtenu par la répression du monde du travail et la mise sous tutelle des libertés est destiné à précariser les algériens qui arrivent sur le marché de l’emploi ; c’est à dire massivement la jeunesse.  Votre regroupement est aussi l’occasion de débattre de cette question.
Enfin, et pour terminer sur ce tableau peu reluisant du bilan du système, la politique de la réconciliation nationale qui absout les acteurs des tueries met le pays dans une menace terroriste accrue avec la dégradation des conditions sécuritaires et des violences multiformes dans notre région et notre sphère géopolitique immédiate. L’incompétence avérée du pouvoir algérien rend la situation de plus en plus intenable avec l’arrivée massive de réfugiés subsahariens, syriens et d’ailleurs.
Pendant ce temps, le pays est livré aux louvoiements d’un pouvoir qui, passés la farce électorale qu’il a organisée en avril dernier et le casting des clientèles pour la révision de la constitution, replonge dans des luttes de sérail confirmant son isolement et l’absence de cap et de vision pour la Nation.
Signe des temps, le débrayage public des URS, bien que porteur de revendications socioprofessionnelles légitimes, exprime, on ne peut mieux, la déliquescence de l’Etat et l’ampleur de la crise et de l’impasse institutionnelle algérienne, otage des clans qui se sont imposés par la violence un demi siècle durant et dont notre Rassemblement n’a pas cessé d’alerté depuis plus d’une dizaine d’années.
Le mouvement de protestation déclenché cette semaine par les membres des unités républicaines de la sureté au niveau de plusieurs wilayas du pays suivi d’un encerclement du siège de la présidence de la république, même si son premier locataire l’a déserté depuis longtemps, est un précédent d’une extrême gravité. La garde républicaine dont la mission principale est la protection et la défense des édifices et lieux relevant de la présidence de la république est restée invisible durant toute la première journée qui a vu le palais d’El Mouradia assiégé. La désertion par les policiers en factions de nombreux édifices publics, de consulats et mêmes de barrages routiers au niveau de la capitale confirme l’irresponsabilité et l’inconscience de l’ensemble des dirigeants des institutions notamment celles en charge de la sécurité. Ce n’est pas une révolution de palais, fomenté par ceux-là même qui ont cautionné le viol de la constitution en 2008 pour lever la limitation des mandats et validé la candidature d’un septuagénaire impotent et inaudible, qui sauvera le pays.
C’est peut être ici l’occasion de relever, non sans une pointe d’ironie, que la police qui était chargée de réprimer et d’empêcher les forces de l’opposition « d’importer les slogans des révoltes arabes » est celle qui reprend avec tonitruance ces mêmes slogans.
Chers amis ;
Aujourd’hui dans un monde qui se renouvelle sans cesse, l’Algérie a plus que jamais besoin de renouveau. Renouveau dans les idées, renouveau des institutions, renouveau de la gouvernance et renouveau des élites.
Le débat constitutionnel n’a pas encore eu lieu dans notre pays. Il passe obligatoirement par le dialogue le plus large et le plus libre et dont les résultats doivent être soumis au referendum populaire organisé par un organe indépendant de gestion des élections. C’est la seule voie pour redonner à la constitution sa légitimité et sa force.
L’opposition qui a depuis une année commencé à retrouver énergie, vigueur et lucidité s’accorde à dire qu’il faut aller vers une transition démocratique pour reconstruire le pays en profondeur. Mais la transition démocratique a besoin avant tout d’une base populaire et donc d’une large mobilisation de la société. Il ne s’agit ni de quémander une énième intervention de l’Armée dans le champ politique pour l’enfoncer dans des missions qui ne sont pas les siennes ni de se complaire dans la position d’arbitre entre la société et un pouvoir usurpateur.
Je l’ai dit à l’occasion de l’université d’été des jeunes du RCD l’année passée à Yakouren et je le répète aujourd’hui : le RCD est plus que jamais convaincu que la jeunesse est le vecteur premier de tout changement et donc que sa structuration en vue d’une implication plus efficiente et plus massive dans le combat politique organisé est vitale pour la collectivité nationale. Cette rencontre est pour vous  une opportunité d’approfondir la réflexion sur le rôle et la forme que prendra l’organisation de jeunes que le Rassemblement a décidé de mettre en place. A ce titre une communication vous sera donnée dans l’après-midi sur quelques expériences d’organisation de jeunes à travers le monde
C’est encore une fois la jeunesse qui nous donne l’exemple à partir de HONG KONG où depuis bientôt un mois, elle manifeste dans la rue pour protester contre une réforme politique restrictive et antidémocratique portant limitation de la portée du suffrage universel.
Oui, les jeunes doivent prendre conscience qu’ils ont un combat à mener pour devenir des leaders et prendre la place qui leur revient dans la reconstruction du pays. Les jeunes doivent lutter pour s’imposer dans un pays ou deux générations ont déjà été sacrifiées. Personne mieux que vous ne pourra trouver des solutions aux problèmes de la nation car ces problèmes posent d’abord la question de l’avenir et l’avenir c’est d’abord le vôtre.

Pour sa part, le RCD milite pour édifier une société démocratique et prospère qui consacre la souveraineté populaire, la dignité, l’État de droit et le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme.
Cela passe par l’investissement dans la formation, le développement des savoirs, la reconnaissance du mérite, l’assainissement de l’environnement économique, la consécration de la justice sociale et l’ouverture aux jeunes des espaces associatifs et politiques.
Tout cela n’est possible que si toutes les institutions du pays sont sous le contrôle de la souveraineté du peuple. C’est le fondement du projet de notre parti.
Je vous remercie de votre attention et déclare ouverte l’université d’été des jeunes du RCD pour l’année 2014.
Souk El Thenine, le 17 octobre 2014