Mesdames et messieurs bonjour,
Ce n’est pas la première fois que le RCD organise un colloque pour célébrer le congrès de la Soummam et revisiter la plateforme qui en est sortie. Première plateforme politique détaillée de l’Algérie combattante, elle a tracé les contours du modèle d’Etat et du projet de société à offrir à l’Algérie indépendante. Le vingt aout 1956 reste une date privilégiée dans l’histoire des luttes du peuple algérien.
La rencontre d’aujourd’hui est d’abord un travail de mémoire mais aussi un travail de prospective. En plus d’avoir donné une meilleure structuration au mouvement de libération, instauré une meilleure discipline et assuré un meilleur encadrement aux populations, les participants au congrès de la Soummam anticipaient déjà sur la nature du futur Etat.
En effet, en préconisant la primauté du politique sur le militaire, de l’intérieur sur l’extérieur et en affirmant que l’Etat algérien sera démocratique et social, loin de toute tutelle étrangère, Abane et Ben M’hidi ont projeté la construction d’une Nation de progrès, de dignité et de liberté. Hommes politiques visionnaires, ils ont pressenti les dangers qui la guettaient et voulu lui épargner les dérives qui la bloquent aujourd’hui.
Chers amis,
C’est parce que la plateforme de la Soummam a été occultée, l’indépendance  confisquée et le peuple dessaisi de sa souveraineté que  le système politique qui a été instauré en 1962 continue de sévir et de reproduire l’échec.
La crise perdure, s’aggrave et atteint tous les domaines de la vie nationale parce qu’elle n’est pas liée à une circonstance ou conjoncture ni même le fait d’un seul dirigeant.
La crise est permanente parce que le système politique qui l’a générée est toujours en place.
Si les hommes en charge de l’autorité de l’Etat privilégient le statuquo et n’arrivent pas à s’adapter c’est parce qu’ils sont incapables d’ambition pour le pays. Leur ambition est personnelle, elle se nourrit de la disponibilité de la rente.
Chers amis,
Otage de l’exploitation des ressources en hydrocarbures,pour les tenants du pouvoir l’économie est synonyme de dépenses publiquespour acheter la paix socialeet de bradage des deniers de l’Etat. Ils découragent le travail et la création de richesses. Ils accusent les patrons et suspectent tous ceux qui ont envie de réussir. L’absence d’une économie productive combinée avec une chute brutale des prix du baril menace aujourd’hui le pays jusque dans son existence.
L’impunité voire la protectiondont jouissent les auteurs de la prédation et de la corruption  condamne à terme l’Etat algérien à la déchéance. D’ores et déjà  le sentiment d’injustice et de frustration qui en résulte engendrela révolte qui s’exprime par l’émeute à cause de la fermeture de tous les espaces démocratiques. Les syndicats autonomes et les associations de la société civile sont réprimés dans leur milieu pendant que les manifestations publiques demeurent systématiquement interdites ou sauvagement empêchées.
A ce propos, le drame de la vallée du Mzab appelle justice, solidarité démocratique et soulève, en même temps, la question du contrôle de l’exercice du pouvoir et celle d’une refonte de l’édifice institutionnel. Les événements de Ghardaïa sont un échantillon de la faillite de l’Etat et de son incapacité à assurer ses missions essentielles, à commencer par la sécurité et l’application de la loi.
Au plan plus général, les tentativesd’aspirer l’armée dans des manœuvres en violation de ses missions constitutionnelles se multiplient au moment où la mutation démocratique que la situation exige,nécessite de protéger le pays de l’emprise d’une armée qui s’implique dans le jeu politique.
Enfin, cette politique qui sape les fondements de l’Etat protecteur de la Nation trouve son prolongement dans le  déphasage de la diplomatie algérienne. Elle s’exprime par les relations conflictuelles avec tous nos voisins et l’effacement voire la soumission aux intérêts des grandes puissances à commencer par l’ex colonisateur.
Chers amis,
Nous l’avons toujours dit, ni un parti, ni une institution ni aucune personnalité ne peut seul réparer un désastre historique de cette ampleur. Vous savez tous que l’avenir commun nécessite un sursaut patriotique à la mesure de celui qui a mené au 1er novembre 1954. L’encadrement démocratique existe dans diverses catégories sociales, sensibilités et générations. L’engagement citoyen n’a jamais été autant disponible et visible.
Chers amis,
Le congrès de la Soummam a été un nouveau départ pour  la révolution de novembre. Aujourd’hui aussi, il s’agit de donner un nouveau départ à l’Algérie pour parachever le combat libérateur par l’instauration du régime de la citoyenneté. Cela suppose un compromis historique qui postule le rétablissement de la souveraineté populaire. Il ne s’agit pas de chercher un consensus suspect avec le pouvoir en place sur le dos du peuple. Un tel projet n’a pas besoin d’un médiateur. C’est au pouvoir qui détient l’ensemble des prérogatives de donner des gages de bonne volonté et non l’inverse. Il faut cesser de se poser en victime, refuser l’humiliation et l’arbitraire imposés par les dirigeants et se prendre en charge. Nous devons redevenir acteurs de notre propre histoire et regarder vers l’avenir au nom de l’aspiration démocratique en arrachant nos droits, en assumant nos obligations et en occupant chacun  sa place, toute sa place et uniquement sa place.
De tout temps le citoyen a été exclu du débat et de la prise de décision politique. Le RCD continue d’être la formation politique qui travaille à l’impliquer dans la construction de son avenir. Nous l’avons encore fait en 2013 à l’occasion des conventions régionales et convention nationale que nous avons organisées autour de notre proposition de constitution. Nous avons produit une offre politique portant nouvelle organisation électorale justement pour lui redonner sa souveraineté. Nous avons initié avec d’autres acteurs politiques la coordination pour les libertés et la transition démocratique, espace de dialogue constructif,pour nourrir les débats et lesespoirs.
Le RCD continuera de porter un message de vérité et d’ambition pour le pays. Il est encore aujourd’hui à l’écoute de vos commentaires, analyses et suggestions.Pour notre part nous nous engageons à multiplier ce genre d’initiatives.
Chaque période a ses exigences aucune phase ne se duplique dans la similitude mais tout peuple a un socle de vérités historiques qui constitue sa mémoire et sa force. Ce sont ces repères que nous devons retrouver, réexaminer et comprendre pour bien asseoir nos analyses. Nos invités qui ont tous un vécu qui autorise une lecture fine et pertinente de notre histoire vont nous entretenir de l’événement qui aura le plus marqué la guerre de libération et dont on a si peu ou mal parlé. Par les documents auxquels ils ont accédés, les témoignages qu’ils ont recueillis ou l’expérience qu’ils ont éprouvée tous peuvent nous aider à mieux comprendre un passé tourmenté pour être mieux armé à l’avenir.

Je vous remercie et déclare ouverts les travaux de ce colloque.

Bejaïa, le 21 août 2014
Mohcine Belabbas
Président du RCD