Mesdames et messieurs bonjour,

Durant dix-huit mois, le RCD n’a cessé d’alerter sur l’urgence de la dissolution de la police politique, la destitution du chef de l’État en vertu de l’article 88 de la constitution, la restitution du sigle FLN à la mémoire collective, la mise en place d’une constitution pérenne et l’installation d’une commission permanente et indépendante d’organisation et de gestion des élections pour garantir le libre choix du citoyen. Ces offres politiques du RCD sont désormais au cœur du débat public. Elles constituent en effet des conditions nécessaires pour un exercice politique juste, crédible et efficace.
Conscient qu’en politique il ne s’agit pas d’avoir raison seul mais plutôt de travailler de sorte à partager ces propositions avec d’autres acteurs, le RCD s’est engagé dans une initiative inédite où des partis politiques d’obédiences diverses ont conjugué leurs efforts dans le cadre de la coordination des partis et personnalités pour le boycott afin de disqualifier un scrutin dont le taux de participation officiel de 50,70%, soit un recul de 23 ,54%  par rapport au taux de participation officiel de 74,24 % en 2009, est déjà un aveu et une confirmation de l’impact de l’appel au boycott. En vérité, la participation, selon nos estimations confirmées par celles recueillies par d’autres instances, partis ou comités citoyens, ne dépassent pas les 17%.
Le 17 avril 2014, l’Algérie a raté, encore une fois, l’occasion de  se doter d’un président légitime choisi à travers une élection libre et transparente. A la place, un chef de l’État impotent et grabataire a été désigné par un consensus fragile et temporaire entre clans du système et confirmé par un conseil constitutionnel habitué à la validation des viols de la loi.
Mais au-delà des chiffres, la prise de conscience collective chez de larges franges de la société sur le danger que fait peser le système en place sur le pays est un message d’espoir pour les mois à venir. L’importante affluence  des citoyens aux marches, meetings que nous avons organisés et l’empêchement par des citoyens de plusieurs meetings organisés par les animateurs de la campagne du candidat fantôme est un signe qui ne trompe pas sur l’engagement politique de la population pour la construction de nouveaux rapports de force. C’est cette mobilisation citoyenne qu’il faudra amplifier et accompagner pour fragiliser plus encore le système en place dans la perspective de l’organisation d’un dialogue national ouvert à tous les acteurs politiques et sociaux.
Le chef de l’Etat, au courant du taux de participation réel de 17% et conscient de son illégitimité, tente de s’acheter une crédibilité en lançant des initiatives désespérées. Les échecs se multiplient. Le gouvernement d’union national voulu au départ a fait place à un gouvernement de pacotille sans programme et sans vision où l’essentiel de sa composante a été recruté parmi les clientèles de la justice. La sonnette d’alarme tirée par des experts sur le danger que fait peser à court terme sur le pays l’hyper dépendance aux hydrocarbures ne semble pas inquiéter un pouvoir passé maître dans les détournements et dilapidations de milliards au lieu de les investir dans l’avenir de nos enfants.
Les consultations décidées autour d’une révision consensuelle de la constitution, avec notamment la classe politique, ont essuyé un cinglant rejet de l’opposition.
Le projet de constitution adressé aux partis politiques confirme le manque de sérieux de la démarche et l’inconsistance des amendements proposés. Aucun problème fondamental n’a été abordé. Ce sont les mêmes acteurs responsables du viol de la constitution en 2008 qui avaient présenté la levée de la limitation des mandats comme une grande avancée démocratique qui expliquent aujourd’hui que le retour à la limitation des mandats présidentiels à deux est une exigence et un fondement essentiel de la démocratie.
Le passage de la verticalité du pouvoir à la séparation des pouvoirs, la réforme territoriale, l’officialisation de langue amazigh sont encore une fois ignorés.
Parler de la liberté de la presse tout en polluant l’espace médiatique par des organes maffieux et refuser de garantir l’accès à l’information est un leurre. La démocratisation de l’information est une condition de la démocratie. Pour nous, la chose publique doit être conduite dans la transparence. Il appartient au peuple de décider de son avenir constitutionnel. Pour cela, la revalorisation de l’Etat et ses principaux organes nécessite des mécanismes électoraux adéquats et une intégrité sans faille des dirigeants pour arriver à construire une confiance du citoyen dans les institutions politiques.
Plus que jamais convaincu qu’aucune personnalité et aucun parti politique ne peut à lui seul sauver l’Algérie, le RCD s’est engagé dans une dynamique d’échange, de convergence et d’action à travers la coordination pour les libertés et la transition démocratique. Le pouvoir a pendant longtemps nourrit le sentiment de haine et de rancœur qui, désormais, doivent disparaitre pour laisser place à l’intelligence et au débat argumenté. La conférence nationale que projette d’organiser cette coordination est ouverte à tout acteur acquis à la perspective d’une transition démocratique. Elle sera l’occasion de définir et d’énoncer les cadres, méthodes et règles qui doivent prévaloir pendant la période de transition.
Il s’agit désormais d’être de toutes les initiatives qui peuvent converger.
Nous savons tous que même si la nuisance de la police politique est atteinte, elle n’a pas pour autant disparu. L’initiative qui regroupe des partis et personnalités d’horizons divers est une entreprise inadmissible pour un pouvoir qui a fait de la scène politique une chasse gardée. Toute relation horizontale autonome entre acteurs politiques est vécue comme  un danger immédiat pour le système qui se réserve le droit de contacter et d’orienter dans le sens de ses seuls intérêts le débat public. Vous avez d’ailleurs pu noter que les plumitifs des services ont commencé leur propagande. Dans la presse ou sur la toile, on retrouve les slogans qui dénoncent les relations entre partis qui devraient s’affronter, étant entendu que ces mêmes partis quand ils décrétaient que la démocratie était impie étaient des partenaires du pouvoir.
La vérité est que la coordination pour les libertés et la transition démocratique est la réponse la plus adaptée à la situation actuelle. Elle fixe les règles démocratiques qui s’imposent à tous les participants à la transition, elle travaille à l’élaboration de conditions de la libre expression politique jamais tolérée dans notre pays. Une fois ces conditions arrachées, chaque organisation souhaitant se présenter devant le peuple est libre de le faire seule ou avec d’autres partenaires. Mais nulle compétition ne peut prétendre régler la crise qui menace la nation si les fraudes électorales ne sont pas éradiquées. C’est la première fois depuis 1956 que des sensibilités politiques différentes se rencontrent en terre algérienne pour définir le minimum qui doit permettre au peuple algérien de décider de son destin. La CLTD fait écho au principe de la Soummam qui a rassemblé le pays sur le minimum  qui peut libérer le peuple d’un ordre politique inique. Hier c’était le colonialisme aujourd’hui c’est l’arbitraire militaro-tribal.
La transition démocratique est une innovation politique qui n’appartient pas au registre politique du système. C’est pour cela qu’elle ne peut être ni assumée, ni récupérée, ni managée par les dirigeants en poste. Nous avons fait l’effort de contacter tout le monde par loyauté et pédagogie.  Mais il faut bien savoir que les acteurs qui ont pour habitude de prendre le pouvoir par la force, de l’exercer sans contrôle et de le confisquer par la fraude et la corruption auront du mal à participer au nettoyage moral et politique de la vie publique avant de prendre part à des élections régulières.
C’est pour cela que si nous devons, par principe,  inviter tout le monde  il faut nous préparer à ce que cette entreprise soit menée à son terme par une génération qui ne fait pas de la présence de parrains un préalable à la réussite de la transition.
Mesdames messieurs,
La conduite et le succès de la transition démocratique est une condition de sauvegarde de la nation algérienne. Nous y travaillons avec nos partenaires avec détermination et loyauté.
Nous ne devons pas pour autant laisser de côté le travail quotidien qui élargit l’audience de notre parti à travers le renforcement permanent de sa base organique, la formation du militant et la communication interne et externe. Nous le savons tous : un RCD fort est le meilleur gage du succès du combat démocratique dans notre pays. Le rassemblement a produit une littérature politique dont nul parti ne peut se prévaloir. Il a lancé la quasi totalité des initiatives qui ont permis à l’esprit de novembre et de la Soummam de devenir des messages audibles et actualisables. Nous avons un capital politique inestimable. C’est le moment de le faire découvrir au grand public pour le mettre au service de l’Algérie démocratique et sociale.
Je vous remercie.

Alger,le 23 mai 2014
Mohcine Belabbas
Président du RCD