Mesdames et messieurs bonjour,
L’examen de la situation générale dans le pays durant l’année écoulée montre que si elle a été singulière et tragique au regard des différents événements qui l’ont marquée, elle ponctue, au fond, dans la confusion et l’incertitude trois mandats qui ont ébranlé et profondément déstructuré le pays.
Au plan sécuritaire, l’attaque terroriste qui a ciblé le site gazier de Tiguentourine en janvier dernier renseigne sur l’insécurité qui continue de régner sur nos frontières en l’absence d’un service de renseignement qui accomplit ses missions de contre-espionnage et de lutte contre le crime économique au lieu de sévir en tant que police politique. Le terrorisme même s’il a baissé en intensité, menace toujours. Les affrontements entre populations devenus récurrents et qui ont atteint leur apogée dans la wilaya de Ghardaia pose le problème de l’inadaptation des règles politiques et administratives conçues dès l’indépendance pour encadrer et soumettre les populations au lieu de leur assurer leur épanouissement.
Au plan politique, l’hospitalisation de plus de trois mois du chef de l’Etat dans un hôpital français a aggravé l’état de convalescence politique dans lequel est rentré le pays depuis sa première admission dans le même établissement en 2005. Le débat sur la révision de la constitution annoncé depuis le 15 avril 2011 a été réduit aux artifices permettant de prolonger la durée de vie d’un système condamné par l’Histoire. L’assemblée nationale issue de la fraude électorale d’avril 2012 est devenue une structure budgétivore sans aucune influence sur le cours des événements. Le conseil de la nation est transformé en maison de retraite pour les acteurs de l’échec.
Au plan économique, l’inflation galopante, l’éloignement de l’administration vis-à-vis du citoyen sont autant de problèmes qui appellent des solutions urgentes si l’on veut éviter l’épuisement du potentiel national. Les rentrées financières provenant de la rente pétrolière, mises au service de l’entretien de clientèles, doivent servir à élaborer une politique de refondation économique afin d’arrêter le déclin de la nation entrainant l’écrasement chaque jour des plus démunis et qui projette le pays dans la dépendance aux importations et la précarité. En 2013, et malgré le renchérissement du baril, les dépenses ont dépassé les recettes, provoquant de larges ponctions du fonds de régulation des recettes dans l’opacité la plus totale. Les générations futures sont exposées aux aléas d’une gouvernance condamnée par tous les observatoires internationaux.
Au plan social, l’intrusion du mouvement des chômeurs du Sud à travers des manifestations de rues dans plusieurs wilayas du pays alerte sur l’ampleur du chômage qui frappe les jeunes Algériens. Le monde du travail continue de vivre au rythme des grèves et des engagements non tenus des différentes tutelles. Un climat qui fait peser le spectre d’une année blanche aux élèves et autres étudiants. Les syndicats autonomes continuent de subir la répression au moment où le syndicat officiel, moulé dans l’affairisme, se recycle dans la défense des intérêts du patronat dont la majorité des membres se recrute dans les fournisseurs du clan dominant.
Le système de formation est des plus obsolètes et depuis le milieu des années 90 plus de 1 200 000 cadres ayant le niveau du bac ont quitté le pays, le mouvement aggravé par l’apparition de la harga s’est accéléré ces 15 dernières années. Les conséquences de ce marasme social sont terribles ; en l’absence de volonté politique, les demi-mesures et autres hésitations du gouvernement mèneront fatalement au chaos.
Au plan diplomatique, l’absence de ligne de conduite claire et réfléchie dans l’action de la politique étrangère du gouvernement a généré approximations et improvisations ayant dégradé l’image de la nation et affaibli encore plus ses capacités d’intervention dans la région. L’autorisation accordée à l’aviation militaire de l’ancien colonisateur de survoler l’espace aérien algérien est une prise de position qui rompt avec la tradition de non-ingérence dans les affaires des pays, notamment les voisins, et qui confirme la duplicité et la perte d’autonomie de nos dirigeants. La dégradation des relations avec le voisin marocain et les tergiversations au Mali, où des diplomates algériens sont otages depuis deux ans des groupes terroristes, menacent, à terme, la stabilité du pays. Les avantages économiques accordés à la France depuis le forum de partenariat tenu en mai 2011, en pleine révoltes des jeunes dans les pays voisins, posent la question du coût exorbitant que paie l’Algérie à l’illégitimité du régime. Les affaires étrangères sont systématiquement gérées pour acheter une crédibilité déniée à l’intérieur et travaillent objectivement contre les intérêts de la Nation.
L’échéance de l’élection présidentielle censée consacrer une rupture avec les pratiques frauduleuses en cours depuis 1962 par une légitimation populaire du pouvoir qui en appelle à un scrutin libre est encore une fois compromise. Le Conseil national doit se prononcer aujourd’hui sur ce scrutin en fonction des procédés qui ont présidé à sa conception, sa préparation et ses résultats annoncés. La demande du RCD de dessaisir le ministère de l’intérieur de la gestion des élections et l’institution d’une commission de gestion permanente et autonome, à l’instar de ce qui se fait chez nos voisins, bien qu’ayant été reprise par plus de 40 partis politiques et autres personnalités, a été ignorée et rejetée. Le flou et l’opacité qui ont prévalu durant toute cette période sur la présidentielle d’avril 2014 est un signe de plus sur le refus de l’alternance déjà consacré à travers le viol de la constitution en 2008. L’élection de cette année n’est rien d’autre qu’une tromperie continuellement reproduite. Ce sont les médecins d’une puissance étrangère – dont le premier ministre récemment gratifié de contrats scandaleusement préjudiciables pour l’Algérie a commis un faux témoignage envers le peuple algérien – qui délivreront le certificat médical attestant des capacités physiques et mentales du candidat du système.
Au plan des activités partisanes, le projet de constitution produit par le RCD et les conventions régionales et nationale organisées autour de notre initiative, révèlent la capacité de nos structures à mener à terme une initiative quand elle est bien préparée. L’université d’été des jeunes du parti de Yakourene et l’université d’hiver du bureau régional de Batna, en plus des différentes conférences conduites par nos structures régionales et communales sur la refondation nationale, la question de la femme, les droits de l’homme, l’histoire … maintiennent le RCD comme acteur essentiel de l’opposition démocratique et fait de nos propositions le sujet majeur du débat public et qui pérennisent le fonctionnement de nos structures dans un environnement dominé par le renoncement, les tentations ou la clientélisation. Par nos propositions et notre vigilance, nous avons gagné la bataille de l’opinion. Une fois de plus, le RCD a été l’animateur de la conscience citoyenne autour duquel s’est agrégée la résistance patriotique.
De cela le pays nous est et nous sera reconnaissant.
Une décantation s’opère. Le dialogue engagé avec des acteurs politiques de différentes sensibilités est une pédagogie qu’il faudra renforcer. La reprise de notre proposition pour une nouvelle gestion électorale par la majorité de la classe politique en est une conséquence immédiate.
La régression imposée par les nouvelles lois à la liberté d’expression, de réunion et d’organisation a accentué les frustrations chez de larges franges de la société. C’est ce vent de révolte qu’il faudra transformer en énergie en travaillant à rallier à nous le maximum de nos concitoyens pour faire aboutir notre combat. C’est pour cela qu’il devient urgent de lever l’interdiction des marches instituée depuis 2001. Comme le droit de grève, l’action de rue autorisée et réglementée est une condition de l’action politique et de l’exercice démocratique.
Nous avons déjà débattu de notre vision sur ce que doit être une élection dans un pays comme l’Algérie. Nous avons été entendus et suivis. Nous nous sommes donnés rendez vous pour évaluer la situation en fonction des réponses qui seront données à notre demande de redonner la parole au peuple. Nous voilà aujourd’hui à nouveau rassemblés pour faire le point en fonction des données qui se sont présentées au pays depuis notre dernier conseil national.
Merci pour votre attention.
La séance du conseil national est ouverte.
Alger, le 24 janvier 2014
Mohcine Belabbas