Le secrétaire national du RCD chargé de la réforme de l’Etat, Me Hakim Saheb, était invité le samedi 12 octobre 2013 à la septième session de l’université amazigh organisée à Rabat par le Mouvement populaire du Maroc sur la problématique de la diversité culturelle et son rôle dans l’émancipation démocratique.

Me Hakim Saheb a été convié à présenter une communication dans le cadre de l’une des deux tables rondes intitulées « l’amazighité comme patrimoine civilisationnel Nord-Africain » ainsi que « l’amazighité et la dynamique sociale en Afrique du Nord », animées par un panel composé d’animateurs politiques et d’universitaires marocains, tunisiens et libyens.

Il a été, en outre, chaleureusement choisi pour prendre la parole au nom de tous les participants étrangers venus de Tunisie, Libye et Algérie lors de l’ouverture des travaux de cette université aux côtés de Ouzzin Mohamed (président de l’université populaire et ministre de la jeunesse et des sports), Laenser Mohand (serétaire géneral du Mouvement populaire et ministre de l’habitat) et le charismatique Aherdane Mahjoubi (fondateur du Mouvement en 1958 et artiste peintre).
L’intervention du représentant du RCD a été saluée par des applaudissements chaleureux et très appréciée par l’assistance dont certains discernaient des positions algériennes apaisées et libérées du dogmatisme et des tabous qui imprègnent les discours officiels. Nous reproduisons ci-dessous l’allocution de Me Hakim Saheb :

Mesdames et messieurs, chers frères,azul fellawen

Permettez-moi, en premier lieu, de remercier en mon nom personnel et au nom des amis tunisiens et libyens de remercier les organisateurs et nos amis du Mouvement populaire de nous avoir invité à la rencontre d’aujourd’hui.
C’est toujours, avec un agréable plaisir, que je me retrouve, avec les autres amis, à Rabat tant l’expérience de votre pays et la mise à niveau opérée en matière de la réhabilitation de la composante amazighe lors de la révision constitutionnelle de février 2011 nous concerne à plus d’un titre
.
Cette université aura le mérite d’offrir une autre opportunité de débat et de dialogue entre les animateurs amazigh et démocrates nord-africains et d’ouvrir une réflexion sur les meilleurs moyens de (re)concevoir notre espace commun.
C’est aussi, une occasion pour nous de saluer la présence de M. MahjoubAherdane qui reste pour beaucoup d’entre nous, notamment dans les sombres années des années de plomb et pour une génération en quête de repères, une figure emblématique du combat pour la réappropriation de l’identité amazigh.

Chers frères,

L’Afrique du nord est formée de pays dont la diversité culturelle, linguistique et géographique doit être source de fierté. Cette diversité, au-delà des contraintes socio-politiques et cantonnements à résonance pseudo-historiques et ataviques ou autres, doit être affirmée plus que toutes les autres dimensions économiques et politiques.

La globalisation conduit inéluctablement à la construction de grands ensembles régionaux. Les pays du Maghreb n’ont pas d’autres choix que de s’intégrer dans leur ensemble naturel : l’Afrique du nord méditerranéenne. Un existant historique annoncé durant les dures épreuves de la nuit coloniale, largement consacrée, pour ce qui est de l’Algérie,par la plate-forme de la Soummam en 1956 et réitérée par la Conférence de Tanger en 1958 qui faisait de la Fédération du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie un objectif immédiat parachevant leurs indépendances.
Conçu sur le modèle d’un syndicat de chefs d’Etat, comme le proclame notre Rassemblement depuis son congrès de 1990, l’UMA telle que mise en place ne cesse de vivre selon les humeurs et intérêts étroits des dirigeants et ne permet pas de créer les conditions d’un développement durable. Cette union n’a pas été imaginée comme une nécessité vitale pour les Etats et les peuples qui la composent et n’a pas su intégrer la diversité culturelle et la pluralité linguistique, civilisationnelle, cultuelle et géographique qui caractérisent l’espace nord-africain.

Pour en sortir, il est fondamental d’impliquer dans sa réalisation les opinions publiques maghrébines. C’est dans ce but que le rapprochement des démocrates des pays de l’Afrique du nord s’impose. Et qu’il faudra, par la suite, reprendre sur de nouvelles bases la construction d’une union fondée essentiellement sur la complémentarité et l’intégration économique déterminées par la communauté de destin.

Mais faudrait-il encore que la démocratie politique soit le déterminant, un moyen et une fin. La démocratie avec toutes les exigences du respect des libertés individuelles et collectives, de la diversité culturelle et linguistique,  des droits de l’homme, de la pluralité d’opinions et de justice sociale est un préalable à la réussite de tout projet de société visant à assurer la promotion du plus grand nombre.

Dans ce contexte, la problématique de l’amazighité occupe une place majeure. Il y a deux façons d’appréhender la donnée identitaire et civilisationnelle en Afrique du nord, pour reprendre les termes utilisées par Dr Said Sadi lors de la sixième session de votre université, il y a trois (3) ans de cela. Soit on la considère comme un reliquat de l’histoire qu’on aborde avec condescendance et défiance et ce qu’il charrie comme réaction de repli et d’intolérance au détriment de la sérénité et de la convivialité. Le reniement et la falsification de l’histoire ont couté trop cher à nos pays respectifs. Soit on la prend en charge avec lucidité et honneur qui permet de saisir l’amazighité comme un socle structurant pour l’avenir et un atout dans la construction d’un « vivre ensemble » qui nous ouvre les portes du progrès et du développement.

De ce fait, Il est essentiel d’intégrer l’amazighité comme un impératif démocratique qui veut que la différence et l’altérité ne soient pas perçues comme un élément de vulnérabilité, voire de division mais, au contraire, un puissant ferment de confluence et de dynamisation de la pensée et de l’action. Il est aujourd’hui admis qu’aucune nation ne peut prétendre à la respectabilité internationale si elle institutionnalise sa propre mutilation.

C’est ici le lieu idoine de rappeler que l’espérance née de la dynamique de réappropriation de l’amazighité comme dimension commune du printemps d’avril 80, aura largement contribué à la reconfiguration géopolitique nord-africaine et permis à ses peuples de redécouvrir le substrat culturel, identitaire et civilisationnel amazigh et le saisir comme un levier du renouveau politique, économique, social et culturel avec des incidences décisives aux plans national et régional.
Ce sont autant de questions qui sont à l’ordre du jour de cette université.
Tout en vous souhaitant un franc succès pour vos travaux, je vous remercie.