Discours d’ouverture de Mohcine BELABBAS au Conseil national du 20 septembre 2013

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Mesdames et Messieurs bonjour,
L’Algérie traverse une des périodes les plus difficiles de son histoire. Déjà menacée depuis longtemps par un enseignement régressif, des médias publics manipulateurs de l’opinion, une justice pervertie et soumise, une vie publique étouffée et, enfin, un projet socio-économique improductif et servant de cagnotte à un système prédateur ; l’Algérie, Etat, Nation et Société, est maintenant en péril.  La faillite structurelle de l’Etat se dévoile dans des comportements tribaux grotesques, voraces et opaques depuis une année, autant de réactions qui déshonorent la nation, insultent le sacrifice de notre peuple et hypothèquent l’avenir du pays.
Il y a dix mois, le RCD proposait comme premières mesures à la sauvegarde nationale la dissolution de la police politique, la destitution du chef de l’Etat en vertu de l’article 88 de la constitution et la restitution du sigle FLN au peuple. Trois acteurs responsables de l’effondrement institutionnel actuel de par l’exclusion de la volonté populaire des centres de décision depuis l’indépendance et de l’occultation totale des vrais débats.
Le dernier remaniement ministériel, loin de refléter une prise de conscience chez les décideurs sur les dangers qui guettent le pays, consacrent l’institutionnalisation de la médiocrité et du pillage, confirmant qu’il est vain d’attendre qu’une solution vienne de l’intérieur d’un régime liberticide.
Les problèmes qui divisent les dirigeants civils et militaires ne concernent pas la nature du pouvoir ou les solutions à préconiser en faveur d’une sortie de crise. Sur le fond, il y a consensus. Ils sont d’accord contre l’indépendance de la justice, la transparence, la liberté,  la presse, le citoyen. Ils sont d’accord pour l’opacité, les fraudes, l’arbitraire et la censure. C’est pour cela qu’il est vain de prendre des opérations de reclassement d’une clientèle au détriment d’une autre ou la récupération des pouvoirs d’un clan au profit d’un autre comme des solutions aux problèmes de la Nation.
Les dernières mesures prises pour neutraliser l’omnipotence du DRS – diluant la concentration de capacités décisionnelles confisquées par une officine occulte, hégémonique et inaccessible à tout contrôle – auraient pu, dans l’absolu, constituer une opération annonçant la construction d’un Etat de droit s’il n’y avait, en même temps, une offensive mettant le pays sous la botte d’une secte.  Ce démembrement est rattrapé par une colonisation tribale du gouvernement, ce qui le vide de toute prétention républicaine.
Mais il est vrai que si le pays a été livré aussi facilement à une meute sans foi ni loi, c’est qu’un travail de sape, mobilisant moyens et énergies de l’Etat, a été mené depuis des dizaines d’années par ce pouvoir occulte  pour contenir, réduire et au besoin anéantir tout effort, toute initiative, toute proposition visant à redonner à l’Algérien la maitrise de son destin.  Dans son long combat, le RCD, plus que tout autre, sait ce qu’il en coute de se battre pour la liberté et la dignité.
Aucun pays ne s’est développé avec une police politique qui est la réalité du pouvoir. Aucun pays ne s’est développé par la confiscation tribale de l’Etat.
Pour permettre à l’Algérie de construire un destin à la mesure des espérances de ses enfants, il faut que la transparence et la justice soient mises au service d’une vision et d’une volonté politiques assumant la restauration de l’arbitrage citoyen dans la vie publique. A l‘évidence, l’Algérie, confisquée par une secte n’en prend pas le chemin.
Il faut insister là-dessus ; le changement opéré au sein du gouvernement  consacre une tribalisation plus caricaturale que jamais du pouvoir en vue d’assurer l’impunité pour les auteurs d’un détournement industriel des richesses nationales ; la négation ouverte du droit étant définitivement assurée par les mutations intervenues sur les instances susceptibles d’instruire les dossiers les plus sensibles.
Aujourd’hui la boulimie n’a plus de limites. La politique du pouvoir est dédiée ouvertement à l’élimination de l’écrasante majorité du peuple. Pour que la secte survive et se reproduise, tout est bon. Eradication tribale des commis de l’Etat mal nés, confiscation du Trésor, bradage de la souveraineté, distorsion régionale dans le développement national…Il n’y a ni responsabilité, ni scrupule ni retenue. La conquête du pays doit être complète et sa soumission totale. Aucune limite morale, politique ou organisationnelle ne doit être mise à ce funeste objectif. Les provocations, d’ailleurs prévisibles, actionnant encore le salafisme depuis le mois de juillet en Kabylie, donnent la mesure de la détermination de clans irresponsables.
La nation n’existe plus. La culture et l’organisation maffieuse sont revendiquées. Ce n’est ni la conviction idéologique ni le parcours politique ni la crédibilité sociale qui détermine le recrutement ou la promotion des membres du gouvernement ; non, désormais une règle jusque-là honteusement pratiquée s’affiche comme une norme de droit : il faut être bien né et/ou corrompu pour être coopté dans le gouvernement et associé à la dilapidation de la ressource nationale.
Les dernières décisions prises par le chef de l’Etat sur une chaise roulante auront au moins servi à disqualifier le discours des courtisans qui ont passé leur temps à justifier son immobilisme ou ses échecs à répétition par une prétendue limite des marges de manœuvres d’un homme qui cumule les pouvoirs d’un chef d’Etat d’un régime présidentiel, ceux d’un chef du gouvernement d’un système parlementaire et, enfin, ceux  d’un autocrate militaire .
Ceux qui disculpaient Bouteflika de ses responsabilités devant la catastrophe nationale devront changer de registre
Si on veut faire des élections présidentielles d’avril 2014 une solution politique au désastre algérien, le rassemblement le plus large possible doit être organisé pour parvenir à un consensus républicain qui garantisse la paix civile et les libertés du citoyen. Pour cela, il est utile de rappeler qu’Il ne peut y avoir de combat démocratique équitable sans l’élimination du fléau de la fraude qui provoque ou aggrave différents éléments constitutifs de la crise qui nous endeuille. La fraude électorale pervertit l’expression citoyenne, pollue le climat politique qui dérape dans la surenchère et la confusion et discrédite et déstabilise durablement les institutions de l’Etat républicain.
Le RCD a proposé de dessaisir le ministère de l’intérieur de la gestion des élections et de la confier à une structure autonome. Il estime aussi qu’il faut impliquer la société civile dans l’observation du scrutin. A l’occasion du secrétariat national tenu le 25 juillet dernier, une commission composée de messieurs Mohamed Khendek, Saheb Hakim et Salah Belmeki, respectivement secrétaires nationaux à la coordination, à la réforme de l’Etat et aux élus et élections a été installée. Elle a travaillé durant le mois d’aout pour affiner ces deux propositions. M. Belmekki vous fera tout à l’heure lecture du rapport final.
La priorité de l’heure, la seule urgence politique qui vaille est de mobiliser pour les rassembler tous les segments politiques et sociaux, sans distinction de sensibilité, pour arracher les conditions d’une élection organisée par une instance autonome dans la transparence et la libre expression des citoyens. Faute de ce minimum, il est vain de croire à une quelconque démarche politique permettant de sauver le pays de la déchéance programmée où il s’enfonce chaque jour un peu plus et d’un chaos inévitable.
Il s’agit d’arracher et d’imposer des garanties pour le respect du choix citoyen et de pousser les candidats à solliciter sa caution et non pas quémander un adoubement ou un soutien en tant que produits du système qui doivent l’essentiel de leur carrière politique aux fraudes électorales avant d’être sponsorisés par l’armée.
Le démembrement du DRS a provoqué une réaction de panique chez ceux qui ont conçu et vécu leur action politique comme l’exécution d’une tâche ordonnée, attendue ou autorisée par les pouvoirs occultes. Ces orphelins du pouvoir de l’ombre cherchent déjà d’autres tuteurs, conditionnés qu’ils sont à n’exister qu’en tant que pupilles d’un système, incapables de voir au-delà d’un périmètre culturel et idéologique où ils ont été  confinés et conditionnés.
Plus que jamais, nous devons travailler à ce que le débat politique s’organise autour des parcours, des positions et propositions des candidats ainsi que sur le bilan des responsables sortants.
Notre travail doit permettre de mobiliser la masse des citoyens. Certes les Algériens gagnés par la lassitude née des reniements et des abus voire de trahison doutent. Cela confère encore plus de responsabilité au RCD qui a porté le flambeau de l’opposition sans relâche. Nos compatriotes, notamment les jeunes, sont toujours disponibles quand des voix crédibles s’élèvent. C’est là que se trouve le plus grand potentiel républicain.
Plus concrètement, la réforme de la Justice a toujours été au cœur des préoccupations et des revendications du RCD. Les scandales de corruption dont se sont rendus coupables des dirigeants de premier rang, dont certains siègent encore au gouvernement, et l’impunité que leurs assurent leurs chefs de clans nous interpellent plus que jamais. Le RCD qui a proposé dans son projet de révision de la constitution l’indépendance de la justice pour assoir l’autorité accordée au juge afin de lui permettre d’appliquer la loi et de veiller à la protection de la société et des libertés fondamentales, va installer une commission de réflexion pour se pencher sur les réajustements législatifs à même de garantir l’exercice de ce pouvoir et son impartialité dans l’application de la loi. Maitres Fetta Sadat et Hakim Saheb interviendront tout à l’heure pour, respectivement, focaliser sur l’affaire du scandale de Sonatrach du point de vue du droit et introduire le sujet de la réforme du système judiciaire.
Le système éducatif qui a toujours été un dossier capital de notre combat, est un autre chantier sur lequel nous aurons à travailler. Le RCD l’a toujours dit : une refonte de l’éducation nationale est le préalable à la renaissance algérienne. M. Hosna Abdelhamid, secrétaire national à l’éducation approfondira avec vous le sujet.
Censés entraîner une croissance économique régulière tout en évitant d’aggraver l’inflation, les politiques fiscales et monétaires dans notre pays n’ont jamais approché cet objectif puisque le budget de fonctionnement des institutions de l’Etat continue de dépendre pour une grande part de la fiscalité pétrolière.
Englué dans une politique fiscale opaque, illisible et souvent instrumentalisée pour des règlements de comptes, l’Etat récupère l’essentiel des taxes au niveau central sans que l’on sache qui fait quoi et qui paye quoi. Le RCD qui prône une régionalisation modulable considère qu’il est temps d’asseoir une décentralisation fiscale, condition nécessaire à une démocratie de proximité. Cela permettra de créer un lien d’affectation entre les impôts payés et les dépenses publiques effectuées au niveau local pour permettre une redistribution et un contrôle immédiats et efficients de la gestion des deniers publics.
M. Madjid Yousfi, ancien maitre-assistant à l’institut des sciences économiques et membre du conseil national nous fera une analyse de la situation économique actuelle.
Le RCD l’a toujours dit : les pays qui avancent sont ceux qui ont compris qu’il faut redécouvrir l’essence de la réflexion et de l’action politiques à travers les vertus citoyennes.
Le RCD se bat sur tous ces chantiers car ils conditionnent la performance et la crédibilité de l’Etat sans lesquelles le pays, sans souveraineté, ne sera qu’un site de convoitises de partenaires dont la coopération se réduit à soutenir un clan au détriment d’un autre pour aspirer ce dont ils ont besoin. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Des pays monnaient au prix fort une hospitalisation ou un silence dans une fraude pour asseoir leur tutelle sur l’Algérie. Le RCD sait comment et à quel prix le peuple algérien a arraché son émancipation politique. Il ne peut être complice de ces approches qui humilient et bradent la nation. Il faudra se souvenir de ces épreuves et de ceux qui s’en sont rendus complices quand l’Algérie sera rendue à ses enfants.
C’est en œuvrant à l’autonomie citoyenne que notre peuple protégera sa dignité et ses ressources.
Les Algériens savent que dans ce combat le RCD est un acteur majeur. Nous sommes plus que jamais prêts à assumer nos responsabilités. Il est important que toutes celles et ceux qui aspirent à la liberté et refusent la soumission assument les leurs.
Alger, le 20 septembre 2013
Mohcine Belabbas
Président du RCD