A travers les élections locales du 29 novembre, le pouvoir vient d’apporter une réponse de plus quant à sa volonté de soumettre le pays en fermant le jeu politique par la corruption et l’abus d’autorité. Ce choix est dangereux, cette voie est sans issue.
Le seul endroit d’Algérie où la fraude n’a pas pu être massive et systématique, malgré le vote des corps des corps constitués,  c’est la Kabylie. Cela est une réalité. Il est bon que les Algériens le sachent et l’entendent. L’arbitraire, le clientélisme et la corruption ne sont pas des fatalités. A Haizer dans la wilaya de Bouira, les citoyens ont même empêché les militaires en stationnement dans leur commune de voter. Ce précédent doit être médité; c’est l’un des évènements les plus significatifs  quant au potentiel de mobilisation qui existe dans le peuple.
Ciblé, attaqué et stigmatisé, le RCD s’honore d’avoir, pour l’essentiel, préservé ses positions grâce au dévouement héroïque de ses militants qui ont animé une campagne de proximité permanente en dépit des entraves de l’administration.
En dehors de la Kabylie, le fichier électoral, dont le chef du gouvernement lui-même a avoué qu’il n’est ni assaini ni exploitable demeure la source de la dépossession des voix des Algériens.
Le RCD est un parti qui a ses valeurs et ses objectifs. Son histoire et son parcours lui commandent de toujours savoir dépasser les enjeux conjoncturels pour consolider la voie qui mène à l’instauration d’un Etat de droit. En ce qui nous concerne, notre engagement dans ce scrutin avait un objectif : démonter que des militants animés par une conviction personnelle, fidèles à un projet alternatif démocratique peuvent se battre et honorer leur mandat. Ce n’est donc pas un rapport de force que nous avons engagé pour provoquer un changement immédiat mais un combat éthique et politique dont la vocation pédagogique est fondamentale dans ces moments de fermeture et de violence institutionnelle. Notre but était et demeure d’entretenir l’espoir pour que la lutte pour la démocratie politique et sociale continue comme nos aînés, l’ont fait face à la répression et la clandestinité.
Ce scrutin est la manifestation d’une stratégie suicidaire. Tous les observateurs ont noté la détermination du pouvoir à promouvoir la délinquance et l’incompétence à travers ses listes, aggravant les risques d’une déstabilisation nationale. La création de néoformations, dopées par les voix des corps constitués, ne visait qu’un objectif: polluer d’avantage la scène politique, assujettir le citoyen pour le  transformer en client dépendant des réseaux mafieux qui sont, aujourd’hui plus que jamais, la substance de la représentation politique dans le  système algérien. Cette fermeture par la violence, la pollution morale et la corruption, chacun peut le voir,  a ses raisons et ses objectifs : maintenir par le pourrissement un régime qui a échoué à l’intérieur et sans voix à l’extérieur.
Plus que jamais, le RCD maintient son cap. Seule une alternative patiemment construite sur des critères clairs, cohérents et qui se distinguent de la dynamique de régression politique, morale et sociale, qui vient de connaitre son apogée dans cette campagne, peut sauver le pays.
Le pouvoir ne tire aucune leçon de ses échecs.
En 1997, la création d’un parti politique composé d’opportunistes et de repris de justice s’est vu offrir, trois mois plus tard, une majorité aux législatives et aux locales. Agrégat des clientèles sans crédit ni  conviction, ce parti sera, depuis, l’un des instruments du désastre actuel. Déchiré par des appétits insatiables, miné par des ambitions clientélistes, il finira comme toutes les aberrations  politiques dans  la poubelle de l’Histoire. Comme si cette aventure n’avait jamais existé, les officines créent ex nihilo des clones en lançant dans l’arène politique d’autres meutes prédatrices dont le rôle, le fonctionnement et les implications seront pires que tout ce qu’a généré  son prédécesseur.
On a pu dire pendant la campagne que cette élection étant une répétition de toutes les autres, c’est un tort. Cette élection est la démonstration d’une précipitation d’un désastre annoncé. Plus le pouvoir est isolé, plus il est contesté, plus il se braque.
Que peut-il rester comme crédit à un premier ministre et un ministre de l’intérieur qui déclarent quelques jours avant le vote que les militaires voteront par procuration alors que l’on constate que jamais le vote des corps constitués n’a été aussi grossièrement manipulé ?
Que pourra dire l’institution militaire qui a accepté d’être instrumentalisée de façon aussi caricaturale ?
Comment préserver un minimum de respect envers les institutions quand l’argent sale a irrigué la campagne au mépris des lois en vigueur et de la morale ?
Comment assurer un minimum de stabilité à ses institutions face à la contestation citoyenne qui ne manquera pas de repartir avec plus de violence dans une conjoncture sociale explosive?
Les élections du 29 novembre sont à la fois une opération de domestication nationale et un message d’alerte pour le peuple.
Le RCD assure les Algériens et les Algériennes que dans ce moment de détresse nationale, dans cet océan de boue et d’indignité, les municipalités qu’il dirigera seront des espaces de transparence, de rigueur et de solidarité.
Il y a, en effet, des agressions et des régressions qui sont révélatrices des intentions d’un système mais, affrontées avec courage et méthode,  elles peuvent être aussi des messages qui aident à rompre avec les supputations, les hésitations et la passivité et être le point  de départ d’une prise de conscience pour un nouvel élan. Cette élection fait partie de ces paradoxes de l’Histoire.

Alger, le 30 novembre 2012

Mohcine Belabbas