Mesdames et messieurs,
Bonjour,

Notre conseil national se tient dans une rentrée sociale d’autant plus délicate qu’elle intervient sous le règne d’un gouvernement comateux dont l’intérim a duré près de 4 mois; c’est à dire depuis des législatives présentées comme une victoire décisive pour les partis du pouvoir.

Le remaniement ministériel opéré, il y a trois jours, pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Attendre quatre mois pour nommer comme coordinateur du gouvernement un ministre qui était déjà en place et maintenir dans les mêmes fonctions les ministres qui ont géré des départements où la crise a été le plus ressentie souligne la persistance dans le renouvellement de l’échec. Echec dans le traitement de la situation sécuritaire en plus de l’augmentation de la délinquance, échec dans la gestion des finances avec comme résultat une inflation en croissance et une dépréciation du dinar, échec dans le développement d’une économie créatrice de richesses, échec dans la prise en charge des problèmes sociaux avec une augmentation de la contestation chez de larges catégories sociales, échec de la diplomatie par son fourvoiement dans le traitement des crises tunisienne, libyenne et égyptienne; le plus dramatique dérapage étant l’improvisation qui a prévalu dans l’affaire des otages algériens détenus au Mali avec une incapacité à confirmer ou infirmer l’exécution de l’un d’eux.
La reconduction et le rappel de ministres cités dans les affaires de corruption de l’autoroute Est/Ouest, Khalifa et des médicaments est une confirmation de la stratégie de gestion du pays par le chantage, la soumission et la corruption. La composante de ce gouvernement ne reflète même pas la logique électorale du 10 mai, pourtant maîtrisées de bout en bout par les décideurs. La volonté chantée pendant une année de promouvoir le rôle et la place de la femme en politique est abandonnée, signant l’échec des réformes annoncées au lendemain du déclenchement des révoltes dans le monde arabe.

Exception algérienne, les premiers mois qui ont suivi les élections sont marqués par l’inaction, l’immobilisme et l’irrésolution alors que les gouvernements dans d’autres pays lancent l’essentiel des projets contenus dans leurs programmes dans les trois mois qui suivent l’élection.

Aucune initiative allant dans le sens de la prise en charge des problèmes majeurs du pays n’a été prise par ce qui fait encore office de gouvernement depuis quatre mois, malgré les urgences critiques, les promesses annoncées et répétées et des revenus financiers importants.

Plus grave, la situation générale s’est détériorée sur tous les plans ; les libertés collectives et individuelles sont étouffées et le harcèlement judiciaire mené contre les militants associatifs et syndicaux en est une illustration quotidienne ; le monde du travail est poussé à bout et la répression violente d’une marche pacifique des gardes communaux a été une humiliation de plus à un corps qui n’a ménagé aucun effort pour affronter le péril terroriste.
Ce dossier vient nous rappeler que le sens de l’Etat est le dernier des soucis des dirigeants qui ont été formés et préparés par les pratiques et les intérêts du clan.

Dans notre pays, ces quatre derniers mois ont été vécus par la population comme une punition collective. Sinon comment comprendre les coupures récurrentes d’eau et d’électricité durant ces deux derniers mois, pourquoi des forêts entières ont été incendiées sciemment  provoquant des feux meurtriers en ces périodes de chaleur infernale, pourquoi le gouvernement n’a rien entrepris pour réduire de la flambée des prix à la veille et durant tout le mois de carême?..
Le mécontentement est général. La chute des prix du baril de pétrole, la flambée des prix et l’inflation galopante sont annonciateurs d’une forte augmentation du taux chômage et même les travailleurs qui ont encore la chance de bénéficier d’un salaire sont de plus en plus soumis  à des désordres qui les amènent légitimement à manifester leur inquiétude quant à la sauvegarde de leur emploi.
La jeunesse, déterminée à faire aboutir ses droits légitimes et à s’organiser librement, se voit opposer manœuvre et répression par un pouvoir sans projet et sans vision.

Face à ce cynisme du pouvoir qui travaille à structurer le désespoir en imposant la fatalité de l’échec, la culture de la haine, de la corruption et de l’impunité, nous devons réaffirmer notre détermination à relancer l’espoir en nous mettant plus que par le passé aux côtés du monde du travail dans la défense de ses droits et de toutes celles et tous ceux qui veulent sauver le pays et construire une alternative démocratique et sociale conforme aux attentes des concitoyens et digne des messages et sacrifices de toutes celles et ceux qui ont permis la libération du pays.
La refondation de l’Etat, de l’économie et de l’école est une perspective salutaire sur laquelle il faudra sensibiliser plus et partager avec un maximum d’acteurs économiques, sociaux et politiques si on veut éviter au pays le pire.
Notre conseil national intervient également à la veille des élections locales programmées pour le 29 novembre. Des élections importantes de par le fait qu’elles concernent le renouvellement des assemblées populaires communales et de wilaya dont la mission est la gestion des affaires de la commune pour les APC et de wilaya pour les APW à travers leurs délibérations. Ces institutions de proximité sont encore plus dépouillées de leurs prérogatives par les derniers amendements apportés aux codes qui les régissent. Elles n’en demeurent pas moins essentielles car leurs décisions engagent le cadre de vie quotidien des citoyens.
Le conseil national d’aujourd’hui est donc appelé à trancher la question de la participation de notre Rassemblement à ce scrutin. Il s’agit, entre autres, de répondre à travers nos débats à un certain nombre de questions :
Peut-on laisser la gestion des affaires de la collectivité locales à des individus qui ont montré leur absence de motivation militante et leur tentation à servir de levier au pouvoir qui utilise les structures de l’Etat pour menacer et soumettre les citoyens qui revendiquent leur droits ?
Nous savons ce dont sont capables ces charlatans, corrompus et incompétents qui n’hésitent pas à mettre en danger la cohésion sociale au niveau de la commune et de la wilaya pour satisfaire les manœuvres indignes et criminelles de leurs tuteurs ?
Peut-on ignorer les sollicitations des populations satisfaites par la gestion de l’écrasante majorité de nos élus locaux dans les communes où nous avons eu la majorité ?
Peut-on renoncer au travail fait par nos élus pour préparer l’alternative dans les communes où nous avons été dans l’opposition ?
Peut-on laisser le pouvoir local à des élus par défaut ?
Les élus locaux ont-il, malgré tout, un pouvoir d’action sur la situation sociale, économique, culturelle et environnementale de leur municipalité ?
La fraude électorale est-elle une raison suffisante pour boycotter le scrutin ?
Le vote des militaires ne risque-t-il pas de fausser les résultats des élections dans certaines localités?
La participation à ces joutes électorales ne risque-t-elle pas d’être interprétée comme une incohérence stratégique par rapport à notre boycott des dernières législatives ?
Ces questions ont déjà été abordées à l’occasion des 9 conférences des cadres organisées par notre Rassemblement durant le mois de juin dernier. Dans les débats; les militants ont surtout insisté sur l’importance d’être plus prêts du citoyen en se rendant plus visible et plus solidaire pour la prise en charge de ses préoccupations immédiates. Ils ont insisté sur l’accompagnement du mouvement associatif au niveau local sans lequel aucun rapport de force à même de hâter le changement ne pourra être construit. Les conférences organisées par les structures régionales du parti durant les veillées ramadanesques ont permis également d’avoir le pouls de la population à travers la participation d’acteurs du mouvement associatif.
Pour finir, l’évaluation organique faite au lendemain de ces activités ne prête pas à inquiétude. Il faudra, cependant, resserrer nos rangs et intensifier notre communication interne pour que tous les militants soient au même niveau d’information.
Nous sommes aux yeux de l’opinion algérienne le seul parti de l’opposition. Le rapport du NDI publié le 2 septembre parle d’un grand parti de l’opposition en traitant du RCD.
Notre programme et notre projet sont plus que jamais d’actualité. Les développements de la scène nationale et les bouleversements régionaux nous confortent dans notre démarche.
La jeunesse s’est émancipé des dogmes théocratiques et des clans du système. Elle revendique souvent dans le désordre et l’improvisation. Les femmes dont notre parti a porté les revendications peuvent et doivent être plus présentes si nous osons les impliquer.
La rentrée sociale a certes ses urgences, il faudra les appréhender et nous ne sommes pas les moins armés politiquement et moralement. Mais nous devons veiller à ce que chaque décision soit un tremplin stratégique pour les perspectives du changement auquel l’Algérie seule ne peut échapper.

Je vous remercie.

Mohcine Belabbas