Déclaration préliminaire à la conférence de presse du président du RCD du 11 mai 2012

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Dans le fond, le scrutin législatif de ce 10 mai est à l’instar de tous les rituels électoraux qui ont eu lieu depuis 1962 : un funeste message politique de plus. Dans la forme, il a été plus vulgaire que ce que les Algériens avaient eu à subir jusque-là. Pour occulter un rejet populaire sans précèdent et une profonde désaffection des citoyens, le régime politique algérien s’enferme, encore une fois, dans des opérations de maquillage de l’un des plus cuisants échecs politiques de ces cinquante dernières années et dont les causes remontent à la confiscation de l’indépendance par le coup d’Etat de 1962 perpétré par le clan qui sévit toujours dans notre pays.
Ni les manifestations et les grèves quotidiennes, ni l’incurie étatique de l’hiver passé qui a emporté des dizaines de vies par incapacité à faire face à une chute brutale de température, ni les irrépressibles révoltes qui secouent notre région ni le discrédit et l’isolement sur la scène internationale n’ont provoqué un sursaut de lucidité chez des dirigeants déterminés à faire couler le sang et répandre la misère tant qu’il restera une goutte de pétrole dans notre sous-sol pour entretenir les clans et s’acheter quelques complicités auprès d’une communauté internationale qui éprouve ses relations avec Alger comme une famille subit un délinquant en son sein.
Les lois liberticides votées par l’assemblée à la fin de l’année 2011, la production de partis-croupions qui mettent aux enchères publiques les places susceptibles d’être éligibles, l’opposition exclue des médias publics pendant la campagne annonçaient la dégénérescence politique et morale du 10 mai.
Exécutés plus grossièrement que par le passé, parce que l’administration est en plein délitement, les bourrages des urnes, les bus de faux électeurs, le dopage du taux de participation qui s’emballe en fin de journée, c’est-à-dire au moment où il n’y a plus grand monde dans les centres de vote, les dépouillements à la sauvette ont été reproduits avec une confusion aussi pathétique que ridicule.
Le taux de participation, tel que noté par les commissions communales, pourtant soigneusement filtrées par l’administration, n’a pas dépassé les 18%.
Une providentielle présence de l’Union européenne, qui a passé outre ses standards, pour se faire tolérée dans un pays fermé, n’a pas permis de sauver une campagne marquée, comme jamais auparavant, par le défi et la contestation de la jeunesse algérienne.
Au moment où le peuple demande l’alternance, le pouvoir se dope par le bourrage des urnes et la dilapidation éhontée du trésor public.
Lorsque le citoyen exige la transparence, les derniers despotes d’Afrique du nord lui opposent une désinformation, une opacité et une concentration des leviers de gestion politique digne de l’époque coloniale.
Pendant que l’Algérien lutte quotidiennement pour le changement, des dirigeants autocrates peaufinent une assemblée de marginaux et de repris de justice pour organiser entre parrains la succession dans la secte.  .

En ce 10 mai, le pouvoir vient d’apporter une fois de plus la démonstration qu’il n’a ni la crédibilité ni la légitimité ni même la capacité pour s’orienter vers une sortie de crise qui appelle nécessairement et par définition à son dépassement.
Perdant la maitrise des instruments qui lui avaient garanti un redoutable savoir-faire par le passé, la gérontocratie et ses affidés affichent une décadence politique que dévoile un bricolage irrationnel des chiffres et des procédures. L’évolution des taux de participation officiellement annoncée entre 10 h et 12h passant de 4 % à près de 15% est un indicateur trahissant l’inanité de ce spectaculaire écart et la décision des officines d’imposer sa fraude insensée dans une cité algérienne qui a connu une vacuité digne d’une grève générale. Faire faire aux taux de participation des bonds allant par endroit du simple au double en fin de journée et, qui plus est, dans des wilayas rurales où le citoyen, quand il consent à voter, accomplit son acte électoral aux premières lueurs du jour, dénote une dégénérescence que seule une déstructuration et une décomposition avancées des appareils peut expliquer.
Les exemples des wilayas de Tipaza ou d’Alger où les taux de participation sont passés de 20 à 25%, tels qu’annoncés à 17 heures, à 35 puis 45%, lors de la clôture des bureaux de vote à 19 heures – soit des taux dépassant en 02 heures de temps  ceux enregistrés durant la journée- sont édifiants.
En Kabylie, des milliers de militaires, affectés en 2004 dans la région et qui ont été depuis réorientés sur d’autres sites, n’ont pu être rayés des listes électorales malgré les démarches et les protestations des élus locaux.
Dans le grand sud, les troupes de l’armée, inscrites en dehors des délais, dépassent en nombre, dans certaines daïras, l’ensemble des populations locales.
La grotesque est à la mesure des dangers que des responsables hors service font courir à la patrie.
Méthodiquement, inlassablement, le citoyen algérien délivre son verdict. Après une campagne électorale sans relief et boudée, sinon franchement rejetée et chahutée par la jeunesse algérienne, il a été constaté, à travers l’ensemble du territoire national, que la majorité des bureaux de vote étaient peuplés des candidats et de leur proches quand ils n’étaient pas désespérément vides la plus grande partie de la journée.
L’abstention a été si massive et si manifeste que certains observateurs croyaient que, pour une fois, il serait impossible de recourir aux vieilles méthodes de bourrage des urnes et de traficotage des chiffres. Des partis politiques artificiels, sans assise sociologique, ont été fabriqués en trois mois dans l’objectif de créer une embolie politique dans  la vie publique et encombrer les partis disposant d’un parcours, d’un discours et d’un ancrage réel et qui luttent pour une alternative démocratique. C’est là l’ultime manœuvre d’un système qui végète dans l’indignité parce qu’il n’a ni l’intelligence ni l’énergie ni le courage de voir ses turpitudes et d’appréhender un monde qui lui échappe et avec lequel il n’est plus en résonnance.
Sur un plan plus politique, la proclamation officielle de résultats incohérents et farfelus signe l’incapacité du système algérien à accepter l’alternance et l’émergence d’une nouvelle élite politique capable d’impulser une gouvernance audacieuse et qui inscrive l’intérêt national comme priorité de son agenda politique.
Le discours du chef de l’Etat à Sétif, survenu après la clôture de la durée légale de campagne, portant sur le passage de témoin à la jeunesse et avouant que sa « génération a fait son temps », est une ruse maintes fois exprimée et régulièrement démentie par les décisions et actes politiques. Cette sortie est une parfaite illustration du dilemme algérien : le gang est périmé mais il s’impose sur le marché politique,  exposant la collectivité nationale aux pires avanies.

L’ère des bricolages politiques et du bourrage des urnes est révolue.  L’opération du 10 mai a également eu le mérite de démystifier les bazaris du sacrifice des démocrates et de clarifier les enjeux. La jeunesse algérienne a pris son essor. Dans les partis, les associations, les universités ou la rue, elle a amplifié et accéléré son émancipation durant cette campagne. C’est cette dynamique que le RCD a anticipé et c’est dans ce seul registre qu’il investit son expérience et ses énergies. Désormais, chacun est positionné. Les prémices du nouveau combat sont apparues à tous. L’insulte du 10 mai peut et doit précipiter la rupture qui conditionne la renaissance algérienne qui passe par le changement en dehors et contre le système.

Alger, le 11 mai 2012