Mes chers amis,

Nous tenons notre premier conseil national après notre beau congrès. L’émotion légitime qui habite chacune et chacun d’entre nous ne doit pas nous priver de développer toute l’audace dont nous sommes capables pour assumer nos responsabilités. C’est la meilleure façon de rendre l’hommage qu’ils méritent à celles et ceux qui ont consacré leur vie pour construire le seul parti algérien qui propose des solutions, dénonce les injustices et résiste aux tentations et aux pressions du pouvoir.

Permettez-moi d’abord de vous réitérer mes félicitations pour votre élection au conseil national à l’occasion de notre 4e congrès. Un congrès dont les conditions de préparation et de déroulement ont été à la mesure des attentes de notre collectif militant malgré de multiples entraves : déplacements des délégations des wilayas de l’intérieur perturbés, refus de délivrer des visas à des invités étrangers, vol de la sonorisation dans la nuit ayant précédé l’ouverture des travaux…

Des travaux de ce congrès, je tire trois conclusions:
La première est que malgré les pressions et intimidations des services spéciaux et de certains secteurs de l’administration et le retour aux pratiques des années de plomb, les militants du RCD continuent d’honorer courageusement leur mission dans leur structure où à travers les associations et les organisations socioprofessionnelles où ils activent. La mobilisation massive qui a précédé le 4e congrès, tenu dans une conjoncture où notre Rassemblement a appelé au boycott des législatives, rappelle que l’engagement de nos cadres n’est pas motivé par la gestion de carrières politiques personnelles, aussi légitimes soient elles, mais constitue un acte de foi militant en faveur de la patrie. Il n’y a pas un autre parti algérien qui peut organiser et mobiliser ses militants dans un tel contexte.
La deuxième est que la consolidation de l’unité nationale passe par une réorganisation territoriale inspirée du découpage fait lors de la guerre de libération nationale. Dans toutes les régions d’Algérie, les militants du RCD, immergés dans leur environnement culturel et politique, écoutent et relaient les aspirations de leurs concitoyens par la démocratie de proximité, donnant vie et crédit au projet de régionalisation.
La troisième est que l’alternative ne peut être figée dans le jeu institutionnel. J’ai eu à le dire dans une interview que j’ai accordée au quotidien Liberté : tous les reculs et les régressions sont venus quand le pouvoir a enfermé l’opposition dans un jeu politique institutionnel factice où il impose les termes et les objectifs du débat politique.
Le flambeau qui nous a été transmis à l’occasion de ce congrès, nous devons le mener à bon port en maintenant la flamme allumée. Par notre projet et par notre engagement citoyen nous sommes les artisans du futur.

Sur le plan politique, les élections législatives du 10 mai surviennent dans un moment de crise sociale aiguë, aggravée par la paralysie politique que connaît le pays depuis bientôt une quinzaine d’années. Les occasions de sortir de la crise sont réduites à des promesses régulièrement reniées. 50 années après le recouvrement de l’indépendance national, le pouvoir en est encore à promettre « la fin de la légitimité historique pour laisser place à la légitimité constitutionnelle ».
La voie de la répression sociale et politique ayant échoué, le pouvoir prend ouvertement le parti du pire. En décidant de s’imposer, une fois de plus, à la volonté du peuple par la fraude et le chantage à l’islamisme, le régime expose la Nation à des développements imprévisibles. Le citoyen algérien, encouragé par les évolutions de son voisinage, refusant la corruption et libéré cherche lui aussi les voies et moyens qui lui permettront de sortir du despotisme.
L’échec du système en place est d’abord dans son incapacité à s’inscrire dans une logique d’édification nationale, faite de démocratie, de respect des libertés, de justice sociale et de modernité pour accompagner les mutations qui s’opèrent à grande échelle dans notre pays et sur la scène mondiale. Le pouvoir en place fait montre d’une incorrigible inaptitude à s’adapter aux nouvelles donnes nationales et internationales, aux multiples évolutions que connaît le monde d’aujourd’hui et aux réelles aspirations d’une population particulièrement jeune. L’échec est tel que l’État n’arrive plus à réguler, corriger, protéger, résister, anticiper, investir…
La crise actuelle pose fondamentalement la question du changement de système, dont la façade pluraliste ne fait guère illusion et qui, au lieu et place d’une avancée sur les grands dossiers, s’illustre par l’immobilisme, le monologue, le retour des vieux réflexes de la censure et le recyclage de l’ancien personnel que notre histoire politique a disqualifié plus d’une fois.Sur le plan socio-économique, les quelques décisions prises se sont faites au détriment des besoins du plus grand nombre de citoyens. Ce qui a aggravé un climat politique délétère. Le régime en place a montré son incapacité à prendre les mesures adéquates pour faire face à la misère sociale qui ne cesse de s’étendre, affectant toutes les couches sociales. Les pénuries, l’inflation, l’éloignement de l’administration vis-à-vis du citoyen sont autant de problèmes qui écrasent chaque jour davantage les plus démunis. Les rentrées financières, provenant à 98% des hydrocarbures qui ne cessent d’augmenter, au lieu de servir à une politique économique créatrice de richesses en vue d’arrêter une souffrance chronique qui écrase chaque jour davantage les plus démunis, sont dilapidées dans des opérations de consolidation des clientèles de plus en plus rapaces. La corruption, encouragée pour soumettre les plus récalcitrants, est chronique, structurelle et systémique.
Les exemples de situation de désespoir qui touchent la plus grande partie de la population sont nombreux. Chaque jour, nous entendons des cris de familles brisées dans leurs vies par l’injustice, des retraités qui n’arrivent plus à boucler leur fin de mois, des smicards en détresse face aux regards de leurs enfants, des jeunes humiliés de dépendre encore financièrement de leurs parents parce qu’il devient de plus en plus difficile de trouver un emploi stable, une rémunération conséquente et un logement qui puissent leur permettre de fonder un foyer et leur ouvrir la voie de l’autonomie. De plus en plus de citoyens sont atteints dans leurs droits de se loger, de travailler, de se cultiver, de s’éduquer, de se soigner et de se chauffer quand il le faut.
La jeunesse, écrasée par la misère et la hogra, est réduite à choisir entre l’immolation, la harga ou l’émeute. Elle est encore instrumentalisée dans le discours politique à l’occasion de la campagne pour les législatives du 10 mai. Pour certains, il faut qu’elle se mobilise en masse pour la réussite du scrutin. Pour d’autres, il faut qu’elle se manifeste contre l’ingérence étrangère.La manipulation, encore et toujours…
Chaque décision, chaque déclaration émanant du système nous conforte dans notre conviction que le changement est un impératif pour sauver la nation algérienne.

Plus immédiatement et s’agissant de la célébration du 32e anniversaire d’avril 80, qui fut, il faut toujours le rappeler, l’acte de naissance des luttes pacifiques pour une Algérie plurielle, démocratique et sociale, elle intervient dans une conjoncture où nos voisins marocains ont, à travers une révision de la constitution adoptée par voie référendaire, intégré Tamazight comme deuxième langue officielle, mettant ainsi fin à un déni de l’identité et à une injustice historique. Dans le même temps, les citoyens libyens et même tunisiens sont plus que jamais à l’avant-garde du combat amazigh.
Ce réveil des populations des pays voisins est là pour nous rappeler que seule une mobilisation solidaire est à même de hâter, dans notre pays, la réhabilitation de l’amazighité à travers sa triple dimension de langue, culture et histoire. Cette amputation voulue par le régime en place est à l’origine de la perte de repères. L’Algérie, premier pays nord-africain à voir cette revendication de réconciliation avec l’Histoire à travers, notamment, l’officialisation de la langue amazigh et cela depuis 1949, est aujourd’hui à la traine. Il nous appartient, encore une fois en tant que parti qui a su construire un contrat fédérant tous les enfants d’Algérie, de prendre les devants pour relancer cette revendication pour que Tamazight soit reconnue comme langue officielle. Cela concerne tous les Algériens qui veulent offrir à leurs enfants une nation de liberté, de solidarité et de justice.
Nous avons la chance d’avoir un héritage partisan qui a posé les grands principes de luttes et tracé les chemins de vérité. Cela aide dans les moments de difficultés.

Sur le plan organique, l’engouement suscité par l’organisation de notre quatrième congrès doit nous permettre d’aller au-devant des disponibilités de larges couches de la société qui continuent à se mobiliser depuis la marche du 22 janvier 2011 en faveur du recouvrement de la liberté et de la dignité confisquées.
La restructuration portant sur les organes exécutifs régionaux doit se faire de pair avec un effort soutenu en matière de communication et de formation. Les membres du Conseil National doivent s’engager à une présence plus constante et une réorganisation efficiente pour l’animation politique à l’intérieur et à l’extérieur du parti.Il est du devoir du collectif du Rassemblement – membres du conseil national, élus, bureaux régionaux, sections communales, militants et sympathisants – de s’impliquer davantage et de se mobiliser pour réussir l’opération du boycott des élections, par la majorité des électeurs. Rien ne doit être laissé au hasard pour amener sereinement les algériens à bouder ce scrutin infâme. Car s’il faut boycotter une élection c’est bien celle du 10 mai 2012 qui voit l’indignité politique atteindre tous les sommets à travers les négociations abjectes de quotas, les marchandages vulgaires de places dans les listes qui évacue toute proposition programmatique. Boycotter c’est assumer et relayer les luttes citoyennes qui se mènent dans les rues, les usines ou les universités.
Ainsi d’ores et déjà, les assemblées générales des militants, en invitant à chaque fois le maximum de sympathisants, et les rencontres avec les élus, doivent être multipliées. Les cadres du Rassemblement doivent expliquer, autant de fois que cela s’avère nécessaire, les raisons du boycott et pourquoi ces élections sont dangereuses pour le pays.Il s’agit de marteler au quotidien par une présence massive sur le terrain (villages, quartiers, marchés, cafés, salons de coiffure, lieux de travail, stades et tout lieu de rencontre ou de regroupements), les arguments qui font que le boycott est une action citoyenne qui ouvre un chemin d’espoir pour l’Algérie. Un autre avenir est possible pour notre pays. Il faut travailler à convaincre nos concitoyens qu’ensemble nous pouvons construire et cultiver cet avenir. Nous avons le capital politique et moral, nous avons la pratique et l’expérience et nous avons la conviction. Il nous reste à mieux nous organiser et mieux communiquer.
J’ai la responsabilité de continuer la coordination d’un beau combat dans un monde de démission et de tentation. Je m’engage devant vous à tout donner pour que résonne encore plus notre message. Je sais que je peux compter sur chacune et chacun d’entre vous. Le RCD n’a jamais manqué un objectif quand il s’est rassemblé et donné les moyens de le préparer.

Mes chers amis,

Dans notre pays et en dehors d’Algérie, tout le monde sait que le changement est inévitable. Dans la classe politique il n’y a que le RCD à disposer des structures et de la crédibilité pour capter et canaliser les énergies et les intelligences capables de donner enfin le nouveau départ qu’attend notre pays depuis 1962. Notre génération est la plus indiquée et la mieux armée pour le faire.Vive le RCD,Vive l’Algérie démocratique et sociale.

Mohcine Belabbas
Président du RCD

Alger, le 13 avril 2012